IV. — Actrices des Folies
Personnel de la Gaité.
M. Marty (aujourd’hui maire de Charenton).
Le vaudeville triomphant sur toute la ligne des boulevards.
Délassements-Comiques, ancien titre,
nouveau théâtre. — Les classiques de la parade.
Il y a de charmantes actrices aux Folies-Dramatiques. Madame Legros est une blonde toute céleste, qui joue les amours et qui serait plutôt leur mère; mademoiselle Florentine joue les rôles décolletés et danse à ravir la polka. MM. A. Villot, Belmont, Palaiseau et Potier réussissent à divers titres dans le personnel masculin.
>assons encore devant la Gaîté, l’ancien théâtre de Nicolet. Ce théâtre est aujourd’hui déplacé sur le boulevard du Temple et devrait avoir suivi l'Ambigu, son rival naturel, emporté dans le rayon d’une autre
zone dramatique*. Les Mystères y ont implanté en-
core un rejeton vivace sous le titre de la Bohémienne de Paris; mais le public du Marais voudra bientôt en revenir aux émotions innocentes de la Grâce de Dieu et du Sonneur de Saint-Paul. C’est un public qui pleure si bien! La Gaîté n’échappera jamais au contraste de son nom, c’est une de ces vicilles plaisanteries dont le Parisien ne démord pas.
Mesdames Mélanie, E. Sauvage*, Gautier (la sœur de Bouffé), Fréneix et Léontine embellissent plus ou moins cette scène, qui vient de perdre son diamant, mademoiselle Clarisse *, et qui ne possède, en acteurs distingués, que MM. Delaistre, Saint-Mar et Surville; espérons que le mélodrame y triomphera bientôt du vaudeville en cinq actes, que mesdames Mélanie et Clarisse ont soutenu trop longtemps. Car
où s’arrêtera-t-1il, le vaudeville ? Il a envahi le théâtre
de madame Saqui, — que cette ombre lui soit légère! — perverti les Funambules et agrandi le Pe-
tit-Lazzari, qui s'intitule maintenant Lazzari tout court. Aux Funambules, pour arriver à Debureau, il faut subir trois vaudevilles, qui ne sont pas plus mauvais ni plus mal joués que d’autres, malheureusement! Car c’est une chose à remarquer : s'il est vrai, comme l’a dit un trop spirituel critique, qu'il n'y à jamais eu qu'un seul vaudeville, — le premier, — il faut bien ajouter qu'il n’y à jamais eu qu’une manière de jouer le vaudeville, — probablement la première.
Chaque théâtre, ici, a sa Déjazet, son Arnal, son
Bouffé en herbe; laissez-les où ils sont, ils demeurent inconnus ; déplacez-les, ce sont de grands acteurs qui valent les autres, la réclame aidant. Que j'en ai vu sortir de ces pépinières théâtrales, qui, toutefois, avaient profité de leur plus suave primeur! — je parle des femmes, — actrices, cantatrices, danseuses, que la splendeur des grands lustres attire comme des oiseaux. Il s’en est envolé encore une, ces jours derniers, une autre après Clarisse, mademoiselle Laverny, beauté décente qui avait appris la comédie de mademoiselle Mars, et qui a dù l’aller désapprendre au boulevard, pour être jugée digne d'entrer au Vaudeville, où elle est maintenant. Les Délassements-Comiques conservent mesdemoiselles Bruneval et Bergeon, en qualité de jolies amoureuses, et madame Cécile Darcourt, un talent formé, cantatrice, danseuse, tout ce qu'il faut pour tout. Fanchette, naïve enfant, courtisane sans le savoir; Æ?igolette encore, — celle des Mystères, — voilà ses triomphes du moment. Dans les Pages de Louis XV, pièce intéressante, il y a tout un espalier de jolies filles en costume de pages, fraîches beautés qui fleurissent pour les lions du Marais, car ce théâtre coquet a sa loge infernale et ses premières musquées où l’on ne figure qu’en toilette — du Marais.
Mais l'esprit du vaudeville me gagne moi-même ; rentrons aux Funambules, et nourrissons-nous d’art
sérieux, en présence de Debureau. La parade est un
canevas classique, le vaudeville est un chiffon. Charles Nodier a fait le Bœuf enragé et le Songe d’or ; le Lutin femelle, que Debureau jouait hier, est de l’auteur du Philosophe sans le savoir.