‹ Petits châteaux de Bohême; prose et poésieChapitre 13 sur 22 · FABIO, MAZETTO · texte numérisé non relu

FABIO, MAZETTO

mazetto. — Eh bien! seigneur, suis-je un fourbe, un homme sans parole, un homme sans honneur?

fabio. — Tu es le plus vertueux des mortels! Mais, tiens, prends cette bourse, et laisse-moi seul.

mazetto. — Vous avez l'air contrarié.

fabio. — C'est que le bonheur me rend triste; il me force à penser au malheur qui le suit toujours de prés.

mazetto. — Peut-être avez-vous besoin de votre argent pour jouer au lansquenet cette nuit? Je puis vous le rendre, et même vous en prêter d'autre.

fabio. — Cela n'est point nécessaire. Adieu.

mazetto. — Prenez garde à la jettatura. seigneur Fabio! (// sort.)

FAB10, seul.

Je suis fatigué de voir la tète de ce coquin faire ombre sur mon amour; mais.

Dieu merci, ce messager va me devenir inutile. Qu'a -t -il fait, d'ailleurs, que de remettre adroitement mes billets et mes fleurs, qu'on avait longtemps repousses?

Allons, allons, l'affaire a été habilement conduite et touche à son dénoûment... Mais pourquoi suis-je donc si morose ce soir, moi qui devrais nager dans la joie et frapper ces dalles d'un pied triomphant? IN'at-elle pas cédé un peu vite, etsuitout depuis l'envoi de mes présents?... Bon, je vois les choses trop en noir, et je ne devrais songer plutôt qu'à préparer ma rhétorique amoureuse. Il est clair que nous ne nous contenterons pas de causer amoureusement sous les arbres, et que je parviendrai bien à l'emmener souper dans quelque hôtellerie de Chiaia; mais il faudra être brillant, passionné, fou d'amour, monter ma conversa-

oh PETITS CHATEAUX

lion au ton de mon style, réaliser l'idéal que lui ont présenté mes lettres et mes vers... et c'est à quoi je ne me sens nulle chaleur et nulle énergie... J'ai envie d'aller me remonter l'imagination avec quelques verres de vin d'Espagne.

Page 1