PREMIÈRE LETTRE
Roasseau hait soayeraitiement Tinjustice. 11 est né paresseux et pour la solitude; de sorte quMl ne se fût pas cru trop malheureux à la Bastille. Son yœu est d*étre connu des hommes tel qu*il est.
Montmorency , le 4 janiier 1762.
J'aurais moins tardé , monsieur, à voua remercier de la dernière lettre dont vous m'avez honoré , si j'avais mesuré ma diligence à répondre sur le plaisir qu'elle m'a fait. Mais , outre qu'il m'en coûte beaucoup d'écrire , j'ai pensé qu'il fallait donner quelques jours aux importunités de ces temps-ci , pQur ne vous pas accabler des miennes. Quoique je ne me console point de ce qui vient de se passer , je suis très-content que vous en soyez Instruit, puisque cela ne m*a point ôté votre estime; elle en sera plus à moi quand vous ne me croirez pas meilleur que je ne suis.
Les motifs auxquels vous attribuez les partis qu'on m'a vu prendre f depuis que je porte une espèce de nom dans le monde , me font peut-être plus d'honneur que je n'en mérite ; mais ils sont certainement plus près de la vérité que ceux que me prêtent ces hommes de lettres qui , donnant tout à la réputation , jugent de ^es sentiments par les leurs. J'ai un cœur trop sensible à d'autres attachements pour l'être si fort à l'opinion publique; j'aime trop mon plaisir et mon indépendance pour être esclave de la vanité au point qu'ils le supposent. Celui pour qui la fortune et l'espoir de parvenir-ne balança jamais un rendez- vous ou un souper agréable, ne doit pas naturellement sacrifier son bonheur au désir de faire parler de lui ; et il n'est point du tout croyable qu'un homme qui se sent