‹ Petits chefs-d'œuvre de J.-J. RousseauChapitre 98 sur 116 · LB1TB · texte numérisé non relu

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au faste de mes pensées , je De sais ce que c'est ) , le zèle des maximes antiques avec la fureur d*ètabhr des nouveautés ( rien de plus nouveau pour nous que des maximes antiques ; il n'y a point à cela d*ailiftge, et je n'y ai point mis de fureur), Vobscurîté de la retraite avec le désir d'être connu de tout le monde (monseigneur, vous voilà comme les faiseurs de romans , qui devinent tout ce que leur héros a dit et pensé dans sa chambre. Si c'est ce désir qui m'a mis la plume à la main , expliquez comment il m'est venu si tard , ou pourquoi j'ai tardé si longtemps à le satisfaire. ) On Va vu invectiver contre les sciences qu'il cultivait (cela prouve que je n'imite pas vos gens de lettres , et que dans mes écrits l'intérêt de la vérité marche avant le mien ) , préconiser VexeelUnee de V Évangile (toujours et avec le plus grand zèle), dwit H détruisait les dogmes ( non , mais j'en préchais la charité, bien détruite par les prêtres) ; peindre la beauté des vertus, qu'il éteignait dans Vdme de ses lecteurs, (Ames honnêtes, est-il vrai que j'éteins en vous l'amour des vertus ? )

// s'est fait le précepteur du genre humain pour le tromper, le moniteur public pour égarer tout le monde » l'oracle du siècle pour achever de le perdre (je viens d'examiner comment vous avez prouvé tout cela). Dans un ouvrage sur l'inégalité des conditions ( pourquoi des conditions ? ce n'est là ni mon sujet ni mon titre ) , U avait rabaissé Vhomme jusqu'au rang des bêtes ( lequel de nous deux l'élève ou l'abaisse , dans l'alternative d'être bête ou méchant r ). Dans une autre prodwtion pli^ récente, il avait insinué le poison de la volupté ( eh ! que ne puis-je aux horreurs de la débauche substituer le charme de la volupté ! Mais rassurezvous, monseigneur ; vos prêtres sont à l'épreuve de l'Héloîse, ils ont pour préservatif l'Âloisia ). Dans celui-ci , il s'empare des premiers moments de Vhomme afin d'établir l'empire de l'irréligion ( cette imputation a déjà été examinée).

Voilà , monseigneur , comment vous me traitez , et bien plus cruellement encore , moi que vous ne connaissez point , et que vous ne jugez que sur des ouï-dire. Est-ce donc là la morale de cet Évangile dont vous vous portez pour le défenseur ? Accordons que vous voulez préserver votre troupeau du poison de mon livre : pourquoi des personnalités contre l'auteur ? J'ignore quel effet vous attendez d'une conduite si peu chrétienne; mais je sais que dé-

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fendre sa religion par de telles armes , c'est la rendre fort suspecte aux gens de bien.

Cependant c'est moi que vous appelez téméraire. Eh ! comment ai-je mérité ce nom, eu ne proposant que des doutes, et même avec tant de réserve ; en n'avançant que des raisons, et même avec tant de respect; en n'attaquant personne, en ne nommant personne ? Et vous, monseigneur, comment osez- vous traiter ainsi celui dont vous parlez avec si peu de justice et de bienséance , avec si peu d'égard, avec tant de légèreté?

Vous me traitez d'impie ! et de quelle impiété pouvez-vous m'accuser , moi qui jamais n'ai parlé de l'Être suprême que pour lui rendre la gloire qui lui est due, ni du prochain que pour porter tout le monde à l'aimer? Les impies sont ceux qui profanent indignement la cause de Dieu en la faisant servir aux passions des hommes. Les impies sont ceux qui , s'osant porter pour interprètes de la Divinité, pour arbitres entre elle et les hommes , exigent pour eux-mêmes les honneurs qui lui sont dus. Les impies sont ceux qui s'arrogent le droit d'exercer le pouvoir de Dieu sur la terre, et veulent ouvrir et fermer le ciel à -leur gré. Les impies sont c«ux qui font lire des libelles dans les églises. A cette idée horrible tout mon sang s'allume , et des larmes d'indignation coulent de mes yeux. Prêtres du Dieu de paix, vous lui rendrez compte un jour, n'en doutez pas, de l'usage que vous osez faire de sa maison.

Vous me traitez d'imposteur ! et pourquoi ? Dans votre manière de penser, j'erre ; mais où est mon imposture ? Raisonner et se tromper, est-ce en imposer ? Un sophiste même qui trompe Sans se tromper n'est pas un imposteur encore , tant qu'il se borne à l'autorité de la raison , quoiqu'il en abuse. Un imposteur veut être cru sur sa parole , il veut lui-même faire autorité. Un imposteur est un fourbe qui veut en imposer aux autres pour son profit : et où est, je vous prie, mon profit dans cette affaire ? Les imposteurs sont, selon Ulpien, ceux qui font des prestiges , des imprécations, des exorcismes : or, assurément, je n'ai jamais rien fait de tout cela.

Que vous discourez à votre aise, vous autres hommes constitués en dignité ! Ne reconnaissant de droits que les vôtres , ni de lois que celles que vous Imposez , loin de vous faire un devoir d'être justes , vous ne vous croyez pas même obligés d'être humains.

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Vous acCfiblez fièrement le faible, sans répondre de vos iniquités à personne : les outrages ne vous coûtent pas plus que les violences ; sur les moindres convenances d'intérêt ou d'état , vous nous balayez devant vous comme la poussière. Les unsdécrètent et brûlent, les autres diffament et déshonorent , sans droit , sans raison , sans mépris, même sans colère, uniquement parce que cela les arrange, et que Tinfortuné se trouve sur leur chemin. Quand vous nous insultez impunément, il ne nous est pas même permis de nous plaindre ; et si nous montrons notre innocence et vos torts , on nous accuse encore de vous manquer de respect.

Monseigneur, vous m'avez insulté publiquement : je viens de vous prouver que vous m*avez calomnié. Si vous étiez un particulier comme moi, que je pusse vous citer devant un tribunal équitable, et que nous y comparussions tous deux , moi avec mon livre , et vous avec votre mandement, vous y seriez certainement déclaré coupable, et condamné à me faire une réparation aussi publique que Foffense Ta été. Mais vous tenez un rang où l'on est dispensé d'être juste; et je ne suis rien. Cependant vous , qui professez TÉvangile, vous, prélat fait pour apprendre aux autres leur devoir, vous savez le vôtre en pareil cas. Pour moi , j'ai fait le mien, je n'ai plus rien à vous dire, et je me tais.

Daignez , monseigneur, agréer mon profond respect.

J. J. Rousseau *.

Motiers, le ^S novembre *762.

» Cette lettre de Jean-Jacqnes à M. de Beanmont fut pour ce dernier la massue d'Hercule ; et celui qui avait résisté aux rois et aux parlements fut atterré du coup qu'il avait indiscrètement provoqué. Aussi j*ai reinarqué que M. de Beaumont , qui parlait volontiers de Voltaire et de ses ouvrages, qui citait même les plus beaux vers de la Henriade , ne parlait jamais de Rousseau; ou « s'il en disait quelques mots, c'était pour faire l'éloge de son caractère et de ses vertus , et par opposition avec son rival de gloire... Son âme droite , ferme , bienfaisante et vertueuse avait senti le mérite du sage de Genève : il avait du respect pour sa pauvreté volontaire, son génie et sa bonne foi. ( Note de Bbizabd. )

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