REVOLUTION DE RUSSIE
■n L'uaiie nti.
NOTICE
SUR RULHÎÈRE
Le Discours sur les Disputes est nn morceau à part dans notre poésie; les Anecdotes sur la révolution de Russie ea tTC2 méritent d'occuper dans la prose une place non moins distinguée. C'est aussi un petit clierd'œuvre qui dut à la sincérité même du narrateur et à l'intérêt trop vif du sujet de rester ion^mps manuscrit. Il ne fut Imprimé que quelques années après la mort de l'auteur.
C lande- Carlom an de RulMère naquit à Bondy en 1735. Celui qui devait raconter avec des détails d'un intéiét si particulier l'avènement de Catherine TI, vint au monde l'année même où mourut Vertot, l'historien delà révolution stnguliËre qui mit sur le trône de Portugal le duc de Bragance.
Après d'assez brillantes études au collège de Louis, le Grand , le Jeune Hulhièi-e entra dans les gendarmes de la Garde et passa quelques années à Bordenux. Celui fut une introduction toute naturelle auprès du maréchal de Richelieu , gouverneur de la Guienne , et de sa flile , ta comtesse d'Egmont, qui plus tard le sollicita d'écrire sa curieuse histoire de la révolution de Russie. R dut au baron de Breteuil l'occasion d'en être le témoin. Nommé en )ï60 à l'ambassade de Pétersbourg, M. de Breteuil attira
1&3 PETITS CUEFS-d'CEUVBB BISTORIQUSS.
Bulhière dans cette «ille , pour en faire d'abord son secrétaire et ensuite son ami. Nul ne pouvait donc être mieux placé pour observer le grand événement de 1T6S. Ce qne Ruihière ne vit pas de ses propres yenx ou ne recueillit pas iinr te place publique et dans les salons de Pétersbourg , 11 l'apprit de la boucbe même de ([nelques-uns des acteurs du drame : il le sut par M. de Breteuil , et une foule d'incidents étranges lui furent révélés par d'anciens secrétaires des autres ambassades , un surtout, instruit par une expérience et un séjour en Russie de quarante années à juger avec certitude ce qui se passait dans Cette cour. De tous ces renseignements précieux > il se forma dans l'esprit de Rnlliiére un ensemble de faits et de conjectures qne cbaqne jour une observation attentive venait confirmer, rectifier, compléter. De retour en France, interrogé sur ce tragique épisode de l'histoire contemporaine , il dit ce qu'il en savait. On se plaisait à l'entendre . et il aimait à le raconter, La comtesse d'Egmonty prit goût plus que personne , et pressa Rulhièra de rédiger ces anecdotes, pendant qu'elles étaient encore si présentes à sa pensée. Il le fit , mais sans oser publier ce qu'il avait écrit, n se contentait de le iii-e. Ce devint une mode ; on eut Bulhière et ses anecdotes , comme au siècle précédent on avait eu Molière avec lartuiTe.
CeMvers 1768 que Ruihière composa son opuscule. Dès cette époque , il quittait les gendarmes , avec le titre de capitaine dt cavalerie. Le succès de ces lectures, ce premier voyage de Pétersbourf où les talents de RuUiièi-e avaient été apprécié! des amitiés illustres, semblaient devoir lui ouvrir une nouvelle carrière , et on commençait À parler de lui pour une mission en Pologne. Il fut simplement chargé d'écrire pour l'insti-uction du Dauphin
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l'histoire des troubles de cette monarchie , avec tin traitement de six mille livres, qui , un moment interrompa , lui fut continué Josqn'à sa mort.
Le Discotirs sur les Disputes, inséré en ITTl dans un ouvrage de Voltaire , vint étendre et entretenir la réputation de son auteur, et donner un nouvel élan aux lectures. Jusque-là même que la cour de Russie finit par s'en émouvoir. Mnis vainement essaya-t-elle de faire supprimer le dangereux manuscrit. Ses offres, soutenues des insinuations menaçantes de la police française , échouèrent contre la fermeté de Ruihiëre , qui n'y perdit même pas les bonnes grAces de la cour de France ; car nommé chAàlier de Saint-Louis en 17 75, il obtint pm de temps après le titre de secrétaire du comte de Provence, depuis Louis XVIll, qui y Joignit la survivance du gouvernement de la Samaritaine.
Cependant il ne'perdait pas de vue son grand travail sur la Pologne. Ce fiit sans doute pour recueillir aux sources mêmes les renseignements que les livres ne lui donnaient pas, qu'en 1776 il parcourut l'Allemagne, p«itêtre la Pologne, Les années qui suivent le montrent uniquement occupé de rédiger son œuvre , dérohant à peine quelques instants pour le monde, où il avait des amis nombreux parmi les grands et les écrivains en renom. Elu lui-même à l'Académie, il y iiit reçu le 4 Juin 1787. Il n'y eut plus pour lui d'autre Joie. Surpris tout à coup par une révolution , quand II ne demandait que des réformes , il ne vit pas sans terreur le mouvement irrésistible qui emportait le siècle , et dès lors il se i-egarda comme n'ap- . partenant plus à l'ôge présent. Ses dernières aimées furent tristes et volontairement cachées dans la solitude. Il y mourut subitement, le 30 janvier 179t, avec le pressen-
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titneiit â6i erfmès et dieâ iiiBlHeuré qui allaient suivre, se reprochant peiit-étre d'avoir en lui-même un moment de coupable faiblesse pour ces opinions philôsopliiques qui avaient été le point de départ de la révolution.
Les oavrages de Bulblëre ont été analysés et appréc'és d'une manière supérieure par M. Dannon , dans tes remarqoables noticea auxquelles nons' avons emprunté tt peu de chose près tous les filits de la nfttre. Nous n'y reviendrons pas. Mais les Anecdotes mr la révolution de Jtussie apparteAaieât dé droità ce rècoeil. Le titre modeste de ce petit livre ne lui Ate ritsi de ses qualités sérieuses. S'il parait oevoir être rang^parmi les mémoires pour la singularité piquante des détails et la sAreté des informations , c'est une histoire aussi par l'étendue des considérations généralea et par l'impartiale ferrneté des jugements. Le style en est «f et animé, encore qu'un peu oretoire parfois. Trop de soin çti et là nnit au mouvement et à la rapidité du récit. Mais celte recherche de l'élégance n'est pas sans charme non plus, et on l'accepteriiit volontiers comme une garantie nouvelle des scrupules de l'historien dans la poursuite de In vérité.
A, DE L
HJSTOIRE