LES MAURES D'ESPAGNE
NOTICE
StIR FLORIAN
ET LE PR£CIS HISTORIQUE SlIK LfA MKVMS.
Fl'H-iaii est uu d'j ces liearcux écrivains qui gtmibleiit faits pour comprométttre la sévérité de la critique ; on se rçpiochei-ait , en effet , da dérolier quelque chose à crtte aimable et pure renommée. Le goût a beau s'en défendre, an l'aime encore de tout cœur , quand on ne Tadmiri plus qu'ayec réserve. C'est qu'a travers ces romanf brillantes , sous ces mœurs si souvent faiisses , on découvre partout une nature Honnête, délicate, élevée: n'est-il pas juste, d'ailleurs, toui en s'effurçant de renier cette partie des œuvres de Florian qui a été l'enchantement de nos jeunes années , de reportei sur ses fables, un des gracieux ciiefed' œuvre de la poésie du derniei' siècle , sur son délicieux poëmc de Rutk , sur quelques^ms de ses petits drames , ce qu'il y avait peutrëtre de trop excessif dans l'admiration que l'on a éprouvée, enfant, pour Numa Pompilius ou Gonsalve de Cordoue? N'j a-t-il pas aussi en tète-de ce dernier ouvrage quelques pages d'bistoire qui demandent grâce pour tant de mensonges historiques , et qui méritent de trouver place dans notre recueil î C'est le Précis sur les Maures qui sert d'introduction à Gonsalve. La Harpe en fait un sérieux éloge, et ne se cadie pas pour mettre la préface au-dessus du livre.
273 PETITS CHEFS-D CEOTU HISX0IIQIJS8.
Jean-Pierre Claris de Florian , ué le 6 mars 1755, dans un vieux cMtcau des Cévennes , à une époque on l'on ne vivait plus guère dans les cMteans , passa sous le toit de ses pères les meilleures années de son enfance, et ses premiK« amis tarent les anAnaux qu'il a chantés. II pârdit sa mère tout jeune encore , mais dans un Age cependant où déjà il pouvait comprendre la grandeur d'une telle perte : car il puisa dans le souvenii toujours présent de sa mèrf ce tour mélancolique, reroarquable chez tous les bommeb qui ont grand* orphelins. Madame de Florian était une Espagnole, et si dans les romans de son fils l'Espagne revit faiblement, il y a dn moins dans le choix du sujet quelque chose de touchant qui désarme à demi la critique.
florian ne sortit du ch&teau paternel que pour paraître à Femey, devant Voltaire, qui était alors dans toute la splendoir de sa double dictature , littéraire et philosophique. Peu de temps après, il fitt présenté à M. le duc de Penthiè\'re qui l'admit au nombre de ses pages ; c'était en 1T68, et Florian n'avait pas quinze ans. Si Voltaire représentait complètement et avec tout l'éclat, toute l'autorité du génie , une des deux physionomies du xviii' siècle, le côté sceptique et railleur, M. le duc de PenQilèvre r^résentalt un peu aussi , à sa manière , cet autre cAte , encore mal défini, qui allait s'édalrei et grandir sous l'Inspiration de J.-J. Rousseau et plos tard de Bernardin de Saint-Pierre. A Ferney on riait de tout; au château d'Anet, autour du duc de Penthiëvre , on se remettait à croire , et , sous l'influence de cet excellent prince, on recommençait à prendre la vie au sérieux. Florian méritait de vivre sous le toit d'un tel h6te. Il le quitta un moment pour suivre la carrière des armes, mais il y rentra bientât ; ces deux
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Ames avalent besoin l'une de l'autre : le bon duc aimait ù se servir de Florian pour répandre ses bienfaits; le poète y ajoutait quelque chose de la délicatesse de son ccenr. Aimant le bien pour lui-même et par le penchant de son hcnreuse nature , H le recherchait avec ardeur , H le pratiquait avec simplicité , et 11 garda toute sa vie cette grâce d'imagination dont Voltaire semble avoir voulu exprimer la candeur charmante, et peut-être aussi l'ingénuité un peu cnfantinCr par le surnom de Florianet.
Ce fat dans le calme hienfdsant de cette vie douce et retirée que Florian écrivit la plupart de ses ouvrages. Il publia Galatée en 1788, IVuma Pompilius en 1786, et deux ans après Estelle. Cette même année il entrait à l'Académie. Gonaalve de Cordoue parut en 1791. Mais le théâtre et les fablet furent partienliërement éwlts sous rinsplratii^n de la vie d'Anet et de Sceaux. Le due de Penthièvre devenait triste en vieillissant , et les approches d'une révolution inévitable entretenaient en lui de plus en plus cette disposition mélanco. liqne. Ce fut pour l'égayer que Florian Imagina ces petites comédies dont Arlequin est le héros. Le duc se plaisait aux récits dialogues de cette bistoire naïve dont la comédie italienne s'accommodait aussi assez souvent. Mais c'était oicore le Qié&trc, et leprincsflnitparsefiilre scrupule de ces profanes diverUssements : changeant alors de scène et de personnages , Florian écrivit ses fables.
Toute SB vie reçut ainsi le refiet de celle de son auguste patron, et ce rapprochement n'est pas le moindre charme de ces deux existences que la postérité ne doit plus séparer. Banni en 1793, Florian ne revint de l'exil que pour assister aux derniers moments du duc de Penthièvre. Bientôt Iniméme il est enfemié à ta Bourbe; terrible dénoûment de
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taot de di'ames innocenta. " Il ue manque qu'une chose sqk bei^eries de M. de Floriau, disait M. de Thiard , c'est un lonp. " L'expérience de ses dernières années apprit dureinent au jjanvre fabuliste qu'il s'était fait de la société nue image incomplète. Oublié dans cette froide prison, pu tl s'efforça vainement, en composant Guillaume Tell, de trouver la langue de l'époque , il en sortit le 9 thermidor; maiscefiit seulement pourmenei'un-dei-nier pèlerinage à Sceaux , où naguère encore il écrivait Étiézer et Nephlali. Il y mourut le 13 septembre 1794 : il n'avait pas quarante ans. Combien d'nuvres cependant pour une carrière si courte I
Florian , s'il eût vécu , aurait peul^trc quitté pour l'histoire sinon la poésie ell^méme, au moins le romaa poétique. Le spectacle de la révolution , api'ès avoir attristé son cœur, aurait, à la longue, ouvert d son esprit des perspectives plus larges. L'auteur d'ËttéEer aurait compris que ce n'était plus le temps ae. se placer, comme le bon Ducis l'avait dit de lui et de son ami , sous les tentes des patriarches, dans le désert, wx milieu de leurs troupeaux. Le Précis sur les Maures était peut-être l'esstû d'une voie meilleure, «t comme un adieminement à des (Euvres plus graves. «Ce précis, dit la Harpe, est un e&cellfait moiv ceau, où il y a d« la méthode, du cbotx , du jugement,, où l'auteur sait se resserrer sans sécheresse , et quelqueims s'étendre à propos , de manière à montrer qu'il connaît le style de l'histoire , qu'il sait écrire , raconter et réfléchir. Seraient-ce là uniquement les qualités de l'âge màr auquel Florian était parvenu? Pourquoi n'y pas recounaltre aussi la marque d'une vo«ition nouvelle? Florian avait commencé par les Maures, parce que c'était encore l'Espagne, le pays de ses prédilections et de ses rêves ; il eût fini sans
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doute par se tourner vers l'Espagne elle-même , qui était la patrie de sa mère, dont tl savait la langue, doat il pouvait lire dans l'origiiiaries chroniques et ces romances qui sont aussi des chroniques. On regrette qu'il ait trop peu vécu pour le faire, et ce regret est aujourd'hui uoe partie de sa gloire.
A. DE L
PRÉCIS HISTORIQUE
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