‹ Petits chefs-d'œuvre historiques ...: précédés d'une introduction et deChapitre 3 sur 23 · SUR SARRASIN · texte numérisé non relu

SUR SARRASIN

ET St™ LA CONSPIRATION DE WALSTKIM.

Sarrasiu a eu cet avantage sar la plupart de ses contemporains qui déjà, par la date de leurs ouvrages, appnrtienaeiit au xvii" siède , quoique leur langue surannée et leurs grâces équivoques Its relè<;uent encore dans le siècle [vécédeot, qu'il a été deux fois réimprimé de nos jours, eu 1834 et en 18SG. Moins célèbre, de son vivant, que Voiture, Benserade et tant d'auties, d'où lui est veiiu ce tardif honneur? De ce qu'il est plus naturel. Sanasin n'eut pas assez de génie pour dissiper ce faux goât, il y fallait la puissante raison de Bolleau et les clartés du grand siècle; mais il eut un tempérament d'esprit assez sain pour comprendre qu'il y avait mieux à faire, et se moquer de ce qu'on faisait, tout en se laissant aller comme les autres. Il y avait d'ailleurs dons son talent un càté séiieux par où il devait échapper à lonhii. Quelques vers heureux, de piquants bndinages n'en auraient pas sauvé le poëte ; mais il s'est trouvé que dans ce drôle de corps il y avait quelques-unes des véritables qualités de l'historien. La Conspiration de Walxlein est restée comme un fraitment distingué, et marque heureusement la transition entre le pi-écoce début du cardinal de R^. et le chefd'œuvre de Saint-Réal.

34 PETITS CHEF&-D'(E11VKE BISTOntQUES.

JeaD-Frunçois Sarrasiu naquit vers 1603 aux environs deCaen, où son père était trésorier de France. Ses étud^ terminées, il vint chercher fortune à Paris. II n'eiH tenu qu'à lui de s'en faire unC ; car M. de Cbavigny ayant discerné en lui ce tour d'esprit qui réussit auprès des princes, et connaissant d'ailleurs le faillie d'Urfiain VIII qui se piquait de bel esprit, donna au jeune homme quatre mille livres pour s'équiper, avec ordre de partir pour Borne, où il ne pouvait manquer de gagner la faveur du pontife. Sarrasin prit l'argent et le mangea avec une maltresse, mais de Borne, il n'en fut dit mot. A l'Italie il préféra l'Allemagne, et aux bonnes grâces du pape celles d'une priucesse , fdie du roi de Bohême , cette même Sophie que le commerce de Descartes avait mis en goût des belleslettres. Sarrasin gala de nouveau ces heui'cux commencements en épousant une femme- vieille et laide, dont l'humeur acariâtre le rappela promplement aux réalités de ce monde, et faillit arrêter le cours de ses Joyeux exploits. Le prince de Conti vint à propos lui oflHr un asile , et le nomma son secrétaire des commandements. Je ne sais s'il entroit alors dans les devoirs de cette charge de divertir le maître. Sarrasin le crut ainsi , et plus d'une fois ses saillies originales amusèrent le sien. On raconte, à ce sujet, des anecdotes fort plaisantes. Un Jour, entre autres, que le prince traversait une ville, l'échevin chargé de le haranguer au nom des habitants, étant demeuré court, Sarrasin sauta lestement en bas delà voiture, et ayant repris le discours où l'autre l'avait laissé, l'acheva sur le même ton et avec un sérieux qui fit beaucoup rire M. de Conti. Mais le meilleur de l'aventure, c'est que les bons magistrats en furent si reconnaissants, que te secrétaire reçut d'eux presque adtant d'honneurs que l'Altesse. Tou-

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tefeis , c'est là anprès des grands ua métier souvent dangereux. Le pauvre Santml monnit dans d'atroces doulairs des suites d'une plaisanterie de M. le duc. Sarrasin ne fut pas plus heureux. On dit que dans un moment d'humeur, le prince de Coutl s'oublia jusqu'à le frapper avec des pincettes. Sarrasin en eut un tel chagrin , qu'il finit par en mourir, en 1654, àPézenas, où, quatre ans après , Pélisson passant par là fit graver quelques vers sur sa tombe. Sarrasin n'avait encore que cinquante et un ans. Son poème improvisé de Dutot vaincu , ou la défaite des bouts rimes, porta ie premier coup k la sotte manie qui régnait alors. Il est fort à croire que Sarrasin y succomba comme tout le monde, mais il osa du moins m faire sentir le ridicule. Aujourd'hui c'est une chose bien froide que ce poème ; ne le Ibons pas , mais reconnaissons sa petite part d'utile influence dans ces difficiles commencements de notre littérature classique. C'est encore à une sorte d'inspiration analogue que l'on doit la Pompe fw nèbre de Voilure , i.igénieux mélange de prose fA de vers , où les formules d'une admiration , au fond médiocrement sincère, laissent, à chaque page, percer l'Ironie du bon goAt. Citons aussi , a\ec un sonnet charmant et quelques épigrammes d'un tour vif, une ode sur la bataille de Lens qui ne manque pas d'élévation. "Il y a dans Sarrasin, di^it Boileau, la matière d'un excellent esprit, mais la façon n'y est pas.» Elle y serait, si, moins ami du plaisir. Sarrasin l'eût été un peu {^ns du ti-avail. Mais 1^ esprits n'étaient pas encore venus se ranger sous cette sévère discipline (pii, pendant le règne de Louis XIV, a constamment maintenu les œuvres au niveau des talents. S'il fût né vingt-cinq ans pltis tard, Sarrasin eût termmé la Conspiration de Walslein, et l'histoire compterait au-

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jourd'huî àiex nous un eli£f-<l'«euvre de pKis. Tel qu'il esl cependaDt, ce morceau montre Sarrasin sous ud jour pouveau, et suMt presque pour en faire on autre homme. Daus sa relation du siège de Dunkerqne, le talent ne pouvait guère suppléer, l'int^êt absent du sujet. Autre chose étHient la guerre de Trente ans et la vie deWalslein, qui deux fois, et avec quel suctiès I ont tenté le génie de Schiller. Sarrasin avant lui voulut peindre à grands traits cette époque, et entrer dans les couseiis de. cette vaste arabitioQ mêlée de si étranges faiblesses. Il y porta le regard pL'nétrant d'un homme qui avait , lui aussi ,. traversé des temps oi-ageux. Mais il s'arrête tout ù oou^au moment où , après avoir i-amené son héros du fond de Texii à la télé de l'armée , et mai-qué fortement le but , il n'avait plus qu'à raconter en quelques pages de ce stjle net et ferme la déplorable issue dune entreprise si hardie. ■ Sarrasin méritait peut-être de vivre à une époque on l'on fit mieux que des ébauches.

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