‹ Petits chefs-d'œuvre historiques ...: précédés d'une introduction et deChapitre 4 sur 23 · DE WALSTEIN · texte numérisé non relu

DE WALSTEIN

il n'y a poiot de doute que la conspiratioa de WaUteia n'ait été une des plus Ëmeusea eotreprisea des deniiers siè< clés , et que les personnes qui se plaisent au récit des grandes actions , et qui veinent profiter des défauts ou des vertus des hommes célèbres , n'en trouieut l'biatoire très'iiécessaire et très-agréable. C'est , h mon avis , ee qui a obligé beaucoup de gens d'esprit à nous en laisser diverses relations , que j'estimerais parfaites si elles n'étaient point intéressées. Mais, certes, l'animosité des partis contraires, dans lesquels la plupart des auteurs se sont rencontrés, s'est encore insenûblement trouvée dans leurs livres; et, de cette sorte, les invec» tives ou les flatteries -y ont pris la place que la seule vérité devait occuper. Quelques-uns ont accusé l'Empereur de cruauté; plusieurs ont loué sa prudenee et sa justice ; ceux-ci ont parlé de Walstein comme d'un monstre ; ceiu-lâ comme d'un héros , pendant que le mépris des morts , les faveurs de la cour de Vienne , la>haine de la maison d'Autriche , et le dessein de plaire ou de nuire, leur ont ôté la liberté de

Voilà pourquoi il me semble que , n'étant prévenu d'aucun de ces mouvements , et me sentant également éJoigné de la irainte et de l'espérance , je ne ferai rien contre la modestie, si , après tant d'habiles gens , j'écris encore l'histoire de cette conspiration selon la vérité, au moins autant qu'il me sera possible. Mais il faut premièrement parler et des mœurs et de la puissance de cet homme,

Albert Walstein eut l'esprit grand et hardi, mais inquiet et ennemi du repos; le corps vigoureux et haut, le visage plus

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majestueux qu'agréable. Il fiit naturellement fort sobre , ne dormant quasi point, travaillaid toujours , supportant aisément le Iroid et la faim, fiiyani les déliées, et snrmontant les incommodités de la goutte et de l'âge par la tempérance et par. l'exercice; parlant peu, pensant beaucoup, écrivant lui-même toutes ses affaires ; vaillant et judicieux à la guerre, admirable à lever et à faire subsister les armées , sévère à punir tes soldats , prodigue à les récompenser, pourtant avec choix et dessein ; toujours fwme contre le malheur, civil dans le besoin; ailleurs, orgueilleux et lier, ambitieux sans mesure , envieux de la gloire d'autrui , jaloux de la sienne , implacable dans la haine , crue) dans la vengeance , prompt à la colère, ami de la magnificence, de l'ostentation et de la nouveauté; extravagant en apparence, mais ne feisant rien sans dessein, et ne manquant jamais du prétexte du bien public, quoiqu'il rapportât tout à l'accroissement de sa fortune; méprisant la religion, qu'il faisait servir à la politique; artificieux au possible, et principalement à paraître désintéressé; au reste, très-curieux et très-dairvoj^ant dans les desseins des autres, très-avisé à conduire tes siens, surtout adroit à tes cacher, et d'autant plus impénétrable qu'il aiïectait en public la candeur et la liberté, et blâmait en autrui la dissimulation dont il se servait en tontes choses. Cet homme, ayant étudié soigneusement les maqgies et la «induite de ceux qui d'une condition privée étaient arrivés à la souveraineté , n'eut jamais que des pensers vastes et des espérances trop élevée , méprisant ceux qui se contentaient de la médiocrité. En quelque état que la fortune l'eût mis , il songea toujours à s'accroître davant^e ; et enfin , étant venu à un tel point de grandeur qu'il n'y avait que les couronnes audessus de lui , il eut le courage de songer à usurper celle de Bohême sur l'empereur; et, quoiqu'il sût que ce dessein était plein de péril et de perfidie , il méprisa le péril , qu'il avait toujours surmonté, et crut toutes les actions honnêtes quand , outre le soin de se conserver, on les faisait pour ré-

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goer. Il est vrai que l'ambition et la coajoncture des aSaires et des accidents de sa fortune , iui représentant son entreprise jnste et facile , le poussèrent ensuite à la vouloir enécMter. Mais il est nécessaire , avant que d'en commencer le técit, de faire un discours de sa rie jusques au temps de ta révolte , aBn que l'on soit mieux informé des causes qui l'obligèrent à conspirer et des moyens qu'il en eut.

Ceui qui ont dit que li fortune avait tiré Walstein de la boue , et que sa naissance était obscure , ont failli par malice ou par ignorance; carson père était baron des conSns de Bohême, c'est-à-dire l'un des plus grands seigneurs de ce royaume-là, auquel il n'y a ni ducs, ni marquis, et bien peu de comtes; les barons y étant si jaloux de leurs dignités que, quand un duc étranger veut se faire naturaliser Bobénie, ils l'obligent à quitter sou titre et à se contenter du leur. Mais de plus, comme ilg mesurent la grandeur des familles par l'and^meié, quelques auteurs ont compté celle des Walstein entre les principales , encore qu'eUe ne fût pas des plus accommodées. Son père l'éleva en la religion protestante , dont il faisait profession , et voulut qu'il apprit les lettres ; mais , son esprit turtHilent n'étant pas propre su repos des muses, les maîtres le cbassèrent de l'école , parce qu'au lieu d'élu* dier, il ne s'occupait qu'à faire des ligues contre ses compagnons et à les soulever contre l'obéissance et la discipline , tant le naturel a de force en cet âge , auquel il n'est ni caché par la dissimniation ni corrigé par la prudence. Cela contraignit ses parents de le mettre à la cour plus tât qu'ils n'avaient délibéré, et de le donner page au marquis de Burgau, fils de l'archiduc Ferdinand d'Inspruck. En cette condition , étant tombé sans se blesser d'une fenêtre fort élevée , sut laquelle il s'étaitendormi, il se fit catholique; et, s'imaginant qu'après cet heureux accident il était réservé à quelque chose de grand , il sortit de page pour voyager et se rendre digue de ce que le destin semblait lui promettre. H vit l'Allemagne, l'Angleterre , la France ; s'accommoda aux mœurs et aux ha-

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bits de ces pays; s'instniisit de leur situation, de leurs lois el de leurs forces ; prit de chacuD ce qu'il jugea de meilleur, et eoûn s'arrêta à Padoue, ayant curieusement visité le reste de l'Italie. Ce fut là qu'il se repenlit d'avoir négligé les lettres, absolument nécessaires à un grand homme, et qu'il se rendit capable des nrts , s'il ne s'y rendit pas savant; mais particulièrement il s'nttaclia k l'étude de la politique et de l'astrologie, qui étaient selon son génie et ses desseitjs, se plaisant infiniment à ces maximes, qui sont détestées en public par ceux qui les pratiquent en secret , et se figurant dans les astres des grandeurs immodérées gu'il ne laissait pas pourtant d'espérer, encore que la raison sembISt l'en éloigner tout-à-rait. Ainsi , s'en étant retourné chez lui l'esprit rempli de vastes prétentions , et voyant qu'avec son peu de bien il ne lui était pas possible d'entreprendre aucune des choses qu'il s'était imaginées, il se résolut, pour s'accommoder, de rechercher en mariage une venve fort riclie et d'une illustre naissance. Il se mit si bien auprès de cette femme par son adresse, qu'elle le préféra en l'épousant h quantité de trèsgrands seigneurs qui étaient engagés devant lui en cette recherche , et encore même après son mariage elle en demeura, à ce que l'on dit, si éperdunient amoureuse et si jalouse, qu'elle le pensa tuer, lui ayant baillé à boire un de ces filtres qui troublent l'esprit au lieu de le gagner, et font d'étranges ravages dans les corps qui en souf&ent la violence; venins d'autant plus inévitables qu'ils tiennent lieu à ceux qui les donnent de marques d'affection, 11 n'était pas encore bien guéri de l'effort de ce poison, lorsque sa femme, venant à mourir sans enfants et l'ayant institué son tiéritier, le laissa maître d'un très-grand bien. La gneire de l'archiduc Ferdinand et des Vénitiens ayant commencé un peu après dans le Frioul , il embrassa l'occasion quil avait si fort souhaitée et qu'il croyait si nécessaire pour lui , s'imaginant qu'aux habiles le chemin des armes était le plus assuré et le plus cuurt pour aller à la grandeur ; au lieu que la paix pouvait bien

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cnridùr beaucoup de gens, mais qu'elle n'en élevait que trèspeu. Si bien qu'ayant enrôlé à ses dépens trois cents cavaliers bien faits , il vint offrir son service et cette troupe à l'afchiduc, au siège de Gradisquê, où, par sa libéralité a tenir table pour les officiers et à seconrir les soldats dans leurs nécessités , par sa conduite à la guerre, souvent heureuse et toujours particiitière , faisant des actions signalées. Jouant celles des autres, parlant peu de soi-même, agissant avec vigilance et soin, tenant ses troupes dans l'abondance quand toute l'armée pâtissait, il se mit en réputation d'un homme qui, parmi beaucoup de bonnes qualités, en avait d'extraordinaires , et acquit , avec l'amitié de Ferdinand , b charge de colonel des milices de Moravie.

Les troubles de Bohême ayant suivi , et les grands de ce royaume conspiré contre l'Empereur, Walstein demeura fidèle, quoique les révoltés le sollicitassent d'entrer dans leur parti par l'offre des premiers emplois et par l'espérance des récompenses de la guerre. Mais lui, n'en prétendant |}as moins de l'Emph^ , et préférant encore le certain et l'honnête auxchosesdonteuses et tumultuaires, après avoir tâché vainement de réprimer la sédition de Prague , comme il vit qu'il ne pouvait conserver les troupes de Moravie dans l'obéissance, et que ses compatriotes avaient confisqué ses biens, il enleva ce qu'il put de l'aident public et se retira à Vienne , où il fut pourtant obligé de le restituer, ne lui restant pour toute chose que douze mille écus qu'il en avait détournés , et dont il leva mille cuirassiers, il ne &ut pas que j'omette ici une particularité que je trouve écrite , et qui marque bien le soin particulier que ta fortune prenait de eet homme : c'est qu'au commencement de ces pren^èrs troubles, et devaDt que les séditieux eussent eutre|His la guerre, les princîpaui de ce parti étant entrés en armes , et sans permission , jusque dans le cabinet de Ferdinand,' et là Ivi ayant fait leurs propositions avec une telle insoletiee foe le comte de la Tour, portant la main sur Va garde de son épée , osa dire que ceUe

.,Got>gL-

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qu'il tenait satisferait à leur demande si on les refusait; dans la terreur et la surprise de Ferdinand , Walsteio arriva par hasard avec une troupe d'élite qu'il avait levée et qu'il voulait lui faire voirj ce qui obligea ces audacieux, qui se crurent trahis et perdus, de se jeter aux pieds de ce prince, auquel depuis il fut toujours agréable jusques au dernier temps de &a faute. Cependant les belles choses qu'il exécuta pendant cette guerre , et entre autres six mille Hongrois qu'il défit avec quinze cornettes de cavalerie , lui attirant ensemble une extrSme gloire et une extrême envie ( car personne n'a encore pu séparer ces deux choses ) , le prince de IJ^chteustein , commis pour juger les rebelles de Bohême et pour gouverner ce royaume repris sur le Palatin , l'accusa à Vienne ; mais lui , qui connaissait parfaitement la nature de la cour, où ral>sence est criminelle quand elle n'est point défendue, et ou on trouve toujours la sûreté si on a de quoi l'acheter, se rendit à Viemie avec soixante mille écus, et non-seulement y fit louer son innocence , mais encore , y voulant acquérir des gens d'autorité qui pussent le protéger et soutenir sa fortune , outre que l'artifice et l'intérêt lui gagnèrent beaucoup des ministres, il épousa une ûlle de Charles d'Arach, principal conseiller et favori de Ferdinand, et de plus, par le crédit de son beau-père et le secours d'argent qu'il bailla a l'empereur dans ses pressantes nécessités, il obtint, outre ses cuirassiers , deux régiments d'infanterie, et se lit pourvoir de la charge de sergent-major de bataille.

Les victoires de ce parti et la faiblesse des révoltés ayant en apparence assoupi la guerre, Walstein, qui voyait où tendaient les choses, qui connaissait que la rébellion était dissimulée plutôt qu'éteinte , et que tes ligues qui se faisaient par toute l'Europe contre la maison d'Autriche la pourraient surprendre dépourvue , entreprit une chose aussi mémorable qu'extraordinaire, et dont l'exécution semblait imposable pour un particulier qui n'avait de crédit parmi les gens de guerre que celui que ses bonnes qualités lui avaient acquis.

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