‹ Petits chefs-d'œuvre historiques ...: précédés d'une introduction et deChapitre 6 sur 23 · C0I«SPIB1TI0« DE WALSTEIN · texte numérisé non relu

C0I«SPIB1TI0« DE WALSTEIN

■Mettre de cette autorité onéreuse , à quoi Échaniberg consentit, croyant qu'il suffisait alors de l'avoir engagé dans remploi, où les occasions d'elles-mêmes l'obligeraient peut-être à demeurer si son ambition ne le pouvait faire. Ainsi, ayant avisé entre eux ce qu'ils jugeaient utile et à propos cette lieure-là , après une résolution finale ils se séparèrent.

Walstein, étnnt demeuré seul, inquiet et rêveur, eoromence à agiter en son esprit la gmndeur et la difficulté de la chose qu'il voulait entrepr^dre , les mesurant tantôt par la crainte, qui rend tout malaisé , tantôt par l'ambition , qui ne trou%-e rien qui le soit. L'impossibilité d'usurper la domination sur un prince légitime et de soulever des peuples qui font un point de religion de l'obassance du souverain; le danger de confier un tel secret; l'infidélité ordinaire aux esprits factieux; les supplices et l'infamie s'il réussissait mal ; sinon le meurtre , le poison, et la défiance de toutes choses, l'épouvantaient. D'autre part, la colère des mauvais traitements reçus, h haine, l'appétit de vengeance , et , plus que tout, l'avidité de régner ne pouvant s'éteindre dans cet esprit immodéré, le précipitaient aveuglément. Il voyait plus de la moitié de l'Allemagne soumise au roi de Suède , le reste presque branlant et mal assuré , les potentats de l'Europe ligués avec Gustave ou malintenlionoés pour la maison d'Autricbe, cette maison sur ledéclin, et jugeait par ces conjonctures le temps très-propre à la nouveauté. Il savait bien que la seule extrémité des affaires ayant forcé le duc de Bavière et les Espagnols, puissants à Vienne, de consentir à son rétablissement, il ne devait point attendre d'autre récompense de ses travaux , s'il affermissait l'Empire , que de retourner à une condition privée et à une vie houteuse et obscure; et partant il trouvait plus juste de se servir des forces que ses ennemis lui mettaient entre les mains , pour hasarder de les ruiner et de s'agrandir, que pour les rétablir et se perdre. Il pensait en avoir l'occasion et les moyens ; il se considérait consommé dans l'expérience des choses militaires, cliéri des gens de

i>uerre , prêt à commander à une armée vénale, hardi, opulent, ioduslrieux, toujours secoura de la fortune; au lieu gue l'Empereur lui semblait oisif, peu parlé aux armes, d'un naturel doux, lent, exposé aux tromperies , et presque plus propre à dissimuler les injures qu'à les repousser. Dana ce trouble violent, lloltaut avec doute, tantôt embrassant les bonnes résolutions, tantôt les plus pernicieuses, après s'être loDgtemps tourmenté, il s'abandonna enfin aux mauvais conseils, et détermina de tenter l'usurpation de la Bohême, ne pouvant vaincre les mouvements de son esprit aigri et ulcéré , ni résister à cette cruelle passion de grandeur qui pe le laissait point en repos. Mais, voyant que l'exécution d'un tel dessein dépendait de la disposition de beaucoup de choses qui devaient Être publiques et interprétées, comme il était naturellement très-propre à dissimuler et à feindre , il se résolut , sans admettre oïors aucun confident de cette dernière résolution , de la cacher sous un profond silence , et de s'employer tout entier à agir de telle sorte que ses actions semblassent n'aller qu'au bien de l'Empire, quoiqu'elles eussent un but tout contraire , afin que son dessein n'étant point soupçonné d'abord , on n'en pdt ruiner les commencements , ordinairement faibles , et que , lorsque l'on viendrait à le découvrir, il fi\t en état de le faire réussir par la force. S'élant donc confirmé contre le péril , et résigné entièrement à quelque chose de plus puissant que sa raison, soit que vous nommiez cela fala!ilé ou génie, il commença d'acheminer insensiblement sou entreprise , pour laquelle il avait besoin d'un long temps, d'une grande fortune, et de beaucoup d'artifices. Voilà eu quel é[at étaient les choses , et quel dessein avait Walstein , lorsqu'il fut rappelé. D'abord , pour remettre en réputation les affaires de l'Empereur, qui n'en avaient presque plus , et relever ia consternation des peuples par la croyance que leur parti avait manqué de cliefs et non pas de forces ; voulant aussi établir une grandeopinion de soi, il donna les commissions de la levée de soixante régiments;

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il traita avec Vladislaiis, roi de Pologne, |)our la levée de vingt mille cosaques; il négncia avec le duc de Lorraine pour l'engager à la guerre; il envoya jusques en Italie fair» achat des meilleures armes , et sema partout des bruits ttèsavantageux pour son parti. Et aOn que les effets ne trompassent point entièrement l'atieuie publique , et qu'avec plus de facilité il assenibliU ses troujies, desquelles dépendait la ressource de sa grandeur, il choisit les eavirons de Znaïm pour y former son corps d'armée , porté à cela par la commodité de la situation , sur les contins de la Moravie et des provinces héréditaires , où depuis la guerre suédoise l'abondance et la paix étaient encore, et où la fureur ennemie et le mal domestique des quartiers d'hiver n'avaient point pénétré. En ce lieu, pendant qu'il écrit civilement aux colonels, que, dissimulant sa Gerté naturelle , il s'emploie pour eux avec des marques de courtoisie et d'amitié , qu'aux bons accueils il joint la largesse et la profusion , qu'il n'épargne ni soin ni at^ent, les soldats accourant en foule sur son crédit, il leva dans trois mois une armée , sinon aussi nombreuse que la renommée l'avait promise, au moins beaucoup plus forte que l'on ne l'avait attendu , aidé en cela des présents du roi d'Espagne et de la contribution volontaire des jirincipaux ministres de Vienne, grande pour des particuliers, mais peu considérable dans une telle nécessité; suppléant surtout par son bien à secourir les pauvres ofQciers, et par son adresse engageant les riches à faire des troupes de leur argent , sur l'espoir de recouvrer leurs avances dans l'opulence du butin et des garoisous.

Après qu'il veut toutes choses assez préparées , se ivjetant dans ses artifices ordinaires , il écrit à Vienne qu'il avait satisfait à sa promesse et qu'il se voulait refirer; que l'armée était prête, mais qu'il souhaitait la paix domestique ; qu'on envoyât un général ; qu'on lui accordât le repos bien assuré. II savait pourtant que ce qu'il demandait n'était pas possible ; car, remettant dans l'emploi les capitaines qu'il avait entre-

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tenus dans sa disgrâce, donnaot deux on trois régiments a chacun de ses parents ou de ses anciens aflidés, avec ce prétexte d'épargner les payes principales et d'aguerrir les nouveaux soldats sous de vieux chefs; obligeant les colonels dont il s'assurait le moins, de hasarder leurs biens sur la seule espérance de ses paroles ; gagnant les principaux ofTiciers par les hautes cliarges ; corrompant les soldats par les présents , et généralement lout le monde par l'attente de sa fortune , il avait fait en sorte que cette armée ne pouvait subsister sans lui , et réduit l'Empereur a une nécessité absolue de lui en conserver le génératat.

Quand on sut à Vienne qu'il continuait à témoigner du dégoûi pour le service , les ministres d'Espagne et ceux de Bavière tentèrent derechef de lui âter le commandement. Les premiers, quigouvernaientleroi de Hongrie parle moyen de sa femme, absolue sur son esprit , et dépendant entièrement de leurs conseils, voulaient prendre cette occasion pour rendre ce prince maître des armes et des affaires. Le duc de Bavière appréhendait derevoir l'autorité entre les mains de celui qu'il en avait dépouillé. Ils apportaient , les uns et les autres, ponr raison, que la pui^ance de Walstein ayant soulevé l'Allemagne la confirmeraient dans sa rébellion si elle lui était renouvela , et ferait peut-être songer à la révolte ceux qui jusques alors étaient demeurés lidèles; que la présence du roi de Hongrie ramènerait à leur devoir les princes et les peuples , honteux de porter les armes contre le fils de leur souverain, et qui le devait être un jour lui-même; autrement, quelle opinion aurait l'Europe du successeur de l'Empire si cet emploi lui était ôté ; et quelle plus grande marque de la faiblesse de cet empire, que s'il fallait recourir honteusement à un homme qu'on venait de disgracier? Que c'était condamner d'imprudence les derniers conseils, et s'exposer de nouveau à des périls volontaires ; que , sous prétexte du bien public , on ne devait pas se fier à Walstein ni le mettre eu état de venger les offenses qu'il croyait avoir reçues , princi-

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paiement quaod , avec te désir de cette venneance, le dessein de la dominatioD pouvait se trouver ml!lé, qui sont deux choses dont DOtre fidélité se défend inalaJsémeDt ; que cet esprit était superbe et immodéré; qu'il laissait tous les jours écliapper de nouvelles marques de son indignation , et que dans la retraite de Prague il n'avait médité que des dessàns daogereux et vastes , que de la dissimulation et de la colère.

Mais ces coiisidéralions , quoique pressantes , cédaient à la nécessité de l'employer pour conserver la nouvelle armée , principal soutien du parti impérial. Ferdinand même, se ressouvenant dans la calamité présente de l'état formidable où ce chef l'avait fait régner, comme c'est l'ordinaire des malheureux de se laisser aveugler aux plus faibles espérances, se flattait du retour de cette grandeur et se rassurait par les craintes qu'on lui donnait. Ses conseillers, outre cela , Jaloux de la direction desaffaircsd'AiIemagne,quelesEspaga(ds voulaient usurper, espérant que Walstein en s'unissant avec eux affermirait leur crédit, favorisaient sa cause et puhliaient quela maison d'AuUiclie eu avait besoin, qu'il fallait réserver l'Empereur pour une dernière extrémité , et ne pas exposer aussi le salut de ses États à la jeunesse et au courage de son fils , particulièrement dans une conjoncture où il n'était plus permis de faillir deux fois, et où toute l'expérieuce de l'art militaire sufQsait a peine. Ils ajoutaient que le duc de Bavière ne s'opposait aaxbons desseins que parce qu'il est naturel de haïrceuxque l'on a offensés; qu'il préférait ses inimitiés privées à l'utilité générale , et qu'il voulait dénuer l'Empire de son meilleur appui , lorsque peut. être il trahissait lui-même l'Empire , car aussi en ce temps ia fidélité de cet électeur devint suspecte, et par des lettres interceptées on découvrit qu'il ménageait la paix avec le roi de Suède,

Ainsi on destinait à Walstein le soin de la guerre ; mais comme il n'avait feint tant de froideur que pour obtenir les avantages qui devaient servirde fondements à son usurpation, voyant ou'on n'agissait point sincèrement , et que la haine de

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ses ennemis cédait au seul désespoir de leurs affeires, prête à éclater encore toutes les fois qu'ils pourraient le ruiner avec moins de péril ; que la bonne volonté de Ferdinand semblait contrainte, et ses paroles d'autant moins certaines qu'elles étaient plus véhémentes et communes dans la terreur, il se confirmait de plus en plus à maintenir l'autorité par l'artifice et par la force , et croyait qu'on ne pouvait rien cohnmettre d'ij)juste contre ses mortels ennemis.

C'est pourquoi , lorsgu'après beaucoup d'instances il eut enfin déclaré qu'il était prêt de faire ce que l'on voudrait, pourvu qu'on lui donnât ce qui lui faisait besoin , Ëchamberg et réïêque de Vienne, qui étaient retournés le trouver avec un ample pouvoir de lui accorder toutes choses , le pressant de proposer ce qu'il souhaitait, commes'il edt accepté une cbar^e onéreuse et demandé seulement les choses qui pouvaient lui aidera en surmonter les difficultés, il leur dit, parlant hardiment , que beaucoup de raisons l'eussent détourne du commandement où il s'engageait si l'amour de sa patrie et le désir de servir son prince ne les avaient toutes surmontées; qu'il avaitdéjàemployé son bien, qu'il était prêt de hasarder encore sa vie; qu'on voulait qu'il ajoutât son honneur, qu'il estimait au-delà des richesses et de la vie; qu'il était sur le point de commencer une guerre , en laquelle il y avait de la témérité d'espérer un bon succès contre un roi belliqueux et habile , ari)itre jusques alors de la victoire et de la fortune , auquel il n'opposait que des soldats nouveaux ou vaincus; qu'il ne pouvait rien attendre de la faiblesse de l'Empire, de la division de son conseil , de l'inSdélité de ses alliés ; qu'il se trouvait lui-même en butte à la haine et à l'envie ; que cependant, en cet état où tout lui était contraire et où il n'avait que sa vertu pour le soutenir, on attendait avec impatience comment réussirait son emploi ; que si les bons lui en souhaitaipnt l'issue heureuse, parce qu'il allait travailler au iMen public , ses ennemis en espéraient sa mine, qu'ils préféraient, à leur pairie, préparés h l'accuser comme coupable s'il man-

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quailà Are heureux, et à lui imputer pour des crimes des fautes de la fortune ; que pour œs raisons il fallait qu'il s'efforçât à faire que les gens> de bien ne se trompassent point , que son honneur se conservât entier, et que la malice demeurât vaine; et qu'il était juste que ceux qui malgré lui l'appelaient à de si grandes difOcultés lui accordassent les choses qu'ils jugeraient aussi bien que lui nécessaires h l'état présent, et sans lesquelles il ruinerait les affaires de l'Empire et sa réputation.

Après ce discours, d'autant plus vraisemblable qu'il paraissait libre et d'un homme désintéressé., il leur donna des articles qui contenaient qu'on le fit générahssirae des armées d'Autriche et arbitre de la paix , avec un pouvoir entièrement absolu et indépendant ; que le roi de Hongrie ne se trouvât jamais à l'année ; qu'il pilt de son autorité privée, et sans la participation des couseiI$de Ferdinaud ni de la cliambre de Spire, disposer des confiscations des rebelles, des permissions et des grâces , et que les pays héréditaires lussent destinés à ses troupes pour y prendre leur quartier d'hiver.

Ces conditions étaient dures , et Walstein , pour les exéculer, alléguait que les grandes entreprises n'avaient presque jamais réussi que sous la conduite d'un homme, que souvent la fin en avait été malheureuse lorsque plusieurs s'en étaient mêlés; que les Romains , qui avaient cbassé leur roi. s'étaient vus contraints , dans les dangers de leur république , de créer des dictateurs; que Gustave agissant seul, après de faibles commencements , se trouvait victorieux au delà de ses espérances ; qu'au contraire la multitude des maîtres venait de perdre les meilleurs soldats du monde et de mettre l'Empire près de sa subversion ; que cet exemple touchait assez pour persuader combien l'autorité devient faible aussitôt qu'elle est partagée ; que la crainte de la honte et le désir de la gloire nous faisaient agir \jgoureu sentent lorsqu'elles ne regardaient que nous; quand ces choses étaient com-

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S4 FXTITS CHBrS-DOBUVItB BISTOBIQUES.

mtines, qu'on négligeait la réputation et le blfinie où l'on prenait peu de part. Il employait les mêmes raisons sur le sujet des négociations de la paix , où le- nombre nuit au secret, où les différents intérêts et la conduite diverse aveuglent la prudence , retardent ou détournent les occasions de traiter. Il ajoutait qu'il ne semblait pas arantageuic que le roi de Hongrie ramjnandât dans l'armée , ni bienséant qu'il obéit ; qu'il n'était point utile que les gens de guerre abandonnassent le service peut aller chercber la récompense de leurs travaux à la cour, où leurs visages étaient peu connus, et où d'ordinaire la brigue et les flatteries falsifiaient la vérité, décriaient les bonnes actions, prenaient la place du mérite ; qu'il fallait que les bienfaits et les châtiments fussent présents dans les armées si on voulait conserver l'ordre et y gagner l'affection; qu'on ne trouvait point de soldats qui combattisse i)t pour la gloire infructueuse ; que l'envie du gain et de la grandeur les attirait à la guerre ; que leur saii^ était le priï de leur fortune ; que l'emportement des passions causant nos fautes , le plaisir de se satisfaire tournait ces crimes eu habitude lorsqu'on ne les châtiait pas sévèrement ; que, sous l'espérance de l'impunité, les mauvais s'endurcissaient, les bons se corrompaient, la discipline était ruinée; qn'il ne voulait la permission d'établir les quartiers d'hiver dans les pays héréditaires que pour s'en servir à l'extrémité , et pour maintenir l'armée réduite à cette retraite pendant que les antres terres de ta Germanie se trouvaient désolées et occupées par les ennemis; qu'il tâcherait bien par tous moyens d'hiverner ailleurs ; mais si le sort des armes, demeurant douteux, tirait la guerre en longueur comme il y avait apparence, ou même que la fortune continuât a favoriser rapidement le mauvais parti , qu'il se faudrait résoudre à soulTrir cette incommodité modérée si l'on ne voulait plutôt voir les troupes suédoises piller les provinces , et l'héritage des Césars devenir la proie des barbares.

Tout cela paraissait utile et innocent ; les pensées de Wal-

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sl«in étaient bien autres : il tendait a prendre la dictaiure daDs r£mpire, aQn de rendK méprisable Ferdinand, dépouillé de sa majesté et réduit à une oisiveté entière, et ensemble d'accoutumer les gens de tïuerre à le reconnaître seul maître, chacun attacbant d'ordinaire la servitude à la craijile ou à ruQlité présente , et ne s' étonnant guère de voir usurper la souveraineté par celui qui en fait les actes s«ir <^elui qui , s'en étant comme démis volontairement, semble l'atoir cédée au plus digne.

Or, pour mieux cacher ce qu'il machinait, et ténioiiiner ' que ses desseins n'excédaient point les pensées d'uu humiue privé, après les propositions qui regardaient les affaires ucnérales,ilenfitpour lui-même, pressant aveu instance qu'on lui assignât dans l'Autriche la récompense des services qu'il rendrait, et que la paix ne se pût traiter sans y comprendre sa restitution au duché de Mechlenbourg, témoignant par-ià qu'il ne songeait qu'à s'attacher de nouveau et à dépendre plus que jamais de la maison d'Autriche , et qu'il limitait son ambition et se^ espérances au seul recouvrement de son ancienne dignité; demandant de plus que si on l'ôtait du service, il en filt averti six mois devant, pour se préparer, disait-il, à se retirer sans désordre , soit qu'il tSchilt de persuader que , tenant soa autorité indifférente et mal affermie , il était éloigné des pensées de la conserver par la force ; soit qu'il fût bien aise d'avoir ce temps-là pour presser sans précipitation la fin de son entreprise s'il s'y trouvait obligé.

Après qu'on lui eut tout accordé, les Espagnols, s'accommodant aux affaires , et selon le temps feignant de la joie de son rétablissement , lui envoyèrent leur ordre de la Toison pour une marque publique d'honneur et de bienveillance. Afin toutefois qu'il ne pdt pénétrer que leur procédé eilt rien de dissimulé ni de faible, et qu'ils ne semblassent pas abandonner tout à &it leur prétention de dominer en Allemagne , ib proposèrent qu'après que la Bohême serait reconquise, le roi de HonKrie fît séjour à Prague avec «ne armée capable

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de défendreceroyaiime et de le maintenir fidèle et tranquille. Walsteln applaudit à cette ouverture , quoiqu'il vit assez où elle tendait, bien certain d'en détourner l'exécution, et y condescendit de peur qu'on n'augurât quelque chose de mauvais de son refus. Le duc de Bavière , appréhendant de son câté d'attirer sur ses pays la vengeance implacable de son ancien eoneml , ploya aussi durant la nécessité , et , choisissant le moindre mal , rompit l'accommodement qu'il projetait avec le roi de Suède, et se soumit de nouveau à la fortune de " l'Empire,

Cependant la cour de Vienne s'occupait a des processions publiques , et par des vœux demandait à Dieu qu'il favorisSt des armes qu'on destinait en effet à sa ruine; au lieu que Walstein, persuadé qu'en n'agissant point on s'ailressait vainement au ciel , qui haïssait les supplications des fainéants. et qu'au cimtraire toutes choses ne manquaient jamais de réussir quand on s'employait avec vigilance, diligence et liagesse, s'occupait seulement h hâter les préparatifs de son dessein , et attendait sa bonne fortune de lui-;néme.

La mention que j'ai faite des Espagnols de Vienne m'avertit d'en dire quelque chose en peu de mots , et seulement pour l'éclaircissement de la matière. Lorsque Charles -Quint eut partagé entre les siens PEmpireet le royaume d'Espagne, :ies successeurs demeurèrent dans l'union, croyant qu'il était de leur intérêt de faire même paix , même guerre , d'avoir même alliance, et que tout ce qui regardait la grandeur de leur maison leurétait commun. Et quand ils avaient consulté ensemble pour l'utilité publique, ils agissaient ensuite séparément, et chacun faisait ses affaires. Rodolphe et Mathias en usèrent de la sorte ; mais les troubles d'Allemagne ayant obligé Ferdinand à implorer plus fortement qu'à l'ordinaire la puissance des Espagnols , ceux-ci se servirent de sa facilité ' et d'une occasion si pressante pour empiéter sur la fonction desesministres.et voulurent diriger eux-mêmes les secours d'hommes et d'ai^ent dont ils l'assistaient. Comme cette

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première usurpation leur eut réussi , ils se fortifièrent dans le conseil de l'Empereur par les pensions el par les présents, et dès lors rien ne s'y fit sang leur entremise. Leur ambassadeur eut depuis un conseil particulier pour déliliérer sur ce qui se devait proposer dans le général , où la plupart des résolutions suivaient ses projets, non sans une extrême jalousie de ceux d'entre les ministres allemands qui, possédaut les bonnes grâces de Ferdinand et voulant gouverner seuls , tenaient à honte que des étrangers se mêlassent de l'admimitration de l'Empire. Ainsi les deux factions étaient opposées etTEmpirediversement agité. Cela nous suffit.

Walsiejn, ayant jeté si heureusement les fondements de sa révolte , délibéra de tirer la guerre en longueur, afin d'avoir le temps de gagner a soi l'armée , de laisser ruiner le duc de Bavière par les Suédois, d'affaiblir lui-même les provinces héréditaires dans le quartier d'Iiiver, et de s'accommoder à loisir avec les ennemis de sou maître. Sans le succès de ces choses il ne pouvait rien , et ces clioses pour réussir ataieot besoin de beaucoup de temps; il résolut néanmoins d'user d'une extrême diligence â reconquérir la Boliéme, afin qu'après une si prompte expédition on eût peine à le soupçonner de la lenteur de la guerre , et qu'il pdt comme insensiblement s'assurer de ce royaume. Je ne me suis rien moins proposé que de réciter le détail des gestes militaires de Valstein. Plusieurs , qui de dessein formé ont écrit l'histotre de la dernièrt guerre d'Allemagne , les ont soigneusement et élégamment racontés. J'eji dirai seulement ce qui semblera nécessaire A mon sujet

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