‹ Petits chefs-d'œuvreChapitre 120 sur 130 · CHANT SECOND · texte numérisé non relu

CHANT SECOND

etinqu:et du soleil et de la poussière, comme une mère qui ramène son enfant chez la nourrice, et craint pour lui les injures de l'air. Déjà Ton découvrait la ville de Jébus à main droite, et ses murs, aussi vieux que les siècles, leur offraient un asile aux approches de la nuit. Le serviteur dit donc à son maître : Vous voyez le jour prêt à finir ; avant que les ténèbres nous surprennent , entrons dans la ville des Jébuséens , nous y chercherons un asile ; et demain , poursuivant noire voyage , nous pourrons arriver à Géba.

A Dieu ne plaise, dit le Lévite , que je loge chez un peuple infidèle, et qu'un Ghananéen donne le couvert au ministre du Seigneur ! Non : mais allons jusques à Gabaa chercher l'hospitalité chez nos frères. Ils laissèrent donc Jérusalem derrière eux ; ils arrivèrent après le coucher du soleil à la hauteur de Gabaa, qui est de la tribu de Benjamin. lisse détournèrent pour y passer la nuit : et y étant entrés, ils allèrent s'asseoir dans la place publique ; mais nul ne leur offrit un asile, et ils demeuraient à découvert.

Hommes de nos jours, ne calomniez pas les mœurs de vos pères. Ces premiers temps , il est vrai , n'abondaient pas comme les vôtres en commodités de la vie ; de vils métaux n'y suffisaient pas à tout; mais l'homme avait des entrailles qui faisaient le reste : l'hospitalité n'était pas à vendre , et l'on n'y trafiquait pas des vertus. Les fils de Jémini n'étaient pas les seuls, sans doute, dont les cœurs de fer fussent endurcis : mais cette dureté n'était pas commune. Partout , avec la patience , on trouvait des frères ; le voyageur dépourvu de tout ne manquait de rien.

Après avoir attendu longtemps inutilement , le Lévite allait détacher son bagage pour en faire à la jeune fille un lit moins dur que la terre nue , quand il aperçut un homme vieux revenant sur le tard de ses champs et de ses travaux rustiques. Cet homme était comme lui des monts d'Éphraïm, et il était venu s'établir autrefois dans cette ville parmi les enfants de Benjamin.

Le vieillard, élevant les yeux, vit un homme et une femme assis au milieu de la place , avec un serviteur, des bêles de somme et du bagage. Alors , s'approchant , il dit au Lévite : Étranger, d'où éles-vous ? et où allez-vous ? Lequel lui répondit : Nous vevenons de Bethléem, ville de Juda ; nous retournons dans notre demeure sur le penchant dûment d'Éphraïm, d'où nous étions ve-

LE LÉVITE d'ÉPHRAIM.

nus : el maintenant nous cherchions l'hospice du Seigneur; mais nul n'a voulu nous loger. Nous avons du grain pour nos ani maux , du pain , du vin pour moi , pour votre servante , et pour le garçon qui nous suit; nous avons tout ce qui nous est nécessaire, il nous manque seulement le couvert. Le vieillard lui répondit : Paix vous soit , mon frère ! vous ne resterez point dans la place : si quelque chose vous manque, que le crime en soit sur moi. Ensuite il les mena dans sa maison, fit décharger leur équipage, garnir le râtelier pour leurs bêtes ; et , ayant fait laver Ifs pieds à ses hôtes , il leur fit un festin de patriarches , simple et sans faste , mais abondant.

Tandis qu'ils éU^ient à table avec leur hôte et sa fille promise à un jeune homme du pays, et que , dans la gaieté d'un repas offert avec joie, ils se délassaient agréablement , les hommes de cette ville , enfants de Bélial , sans joug , sans frein , sans retenue, et bravant le ciel comme les Gyclopes du mont Etna, vinrent environner la maison , frappant rudement à la porte , et criant au vieillard, d'un ton menaçant : Livre-nous ce jeune étranger que sans congé tu reçois dans nos murs ; que sa beauté nous paye le prix de cet asile , et qu'il expie ta témérité. Car ils avaient vu le Lévite sur la place , et , par un reste de respect pour le plus sacré de tous les droits , n'avaient pas voulu le loger dans leurs maisons pour lui faire violence ; mais ils avaient comploté de revenir le surprendre au milieu de la nuit; et ayant su que le vieillard lui avait donné retraite , ils accouraient sans justice et sans honte pour l'arracher de sa maison.

Le vieillard, entendant ces forcenés, se trouble, s'effraye, et dit au Lévite : Nous sommes perdus : ces méchants ne sont pas des gens que la raison ramène, et qui reviennent jamais de ce qu'ils ont résolu. Toutefois il sort au-devant d'eux pour tâcher de les fléchir. Il se prosterne , et , levant au ciel ses mains pures de toute rapine, il leur dit : 0 mes frères, quels discours avez-vous prononcés! Ah ! ne faites pas ce mal devant le Seigneur; n'outragez, pas ainsi la nature, ne violez pas la sainte hospitalité. Mais voyant qu'ils ne Técoutaient point, et que, prêts à le maltraiter

' Dans l'usage antique , les femmes de la maison ne se mettaient pas à table avec leurs hôtes, (\nmd c'étaient des hommes; mais lorsqu*'^ y avait des femmes, elles s*y mettaient avec elles.

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