‹ Petits chefs-d'œuvreChapitre 122 sur 130 · CHANT TROISIÈME · texte numérisé non relu

CHANT TROISIÈME

Cependant vous eussiez vu tout le peuple de Dieu s'émouvoir, s'assembler, sortir de ses demeures, accourir de toutes les tribus à Maspha devant le Seigneur, comme un nombreux essaim d'abeilles se rassemble en bourdonnant autour de leur roi. Ils vinrent tous, ils vinrent de toutes parts, de tous les cantons, tous d'accord comme un seul homme, depuis Dan jusqu'à Bersabée, et depuis Galaad jusqu'à Maspha.

Alors le Lévite s'étant présenté dans un appareil lugubre , fut interrogé par les anciens devant l'assemblée sur le meurtre de la jeune fille , et il leur parla ainsi : « Je suis entré dans Gabaa ,

CHANÏ TROISIÈME.

» ville de Benjamin , avec ma femme , pour y passer la nuil ; et « les gens du pays ont entouré la maison où j'étais logé , vou- « lant m'outrager et me faire périr. J'ai été forcé de livrer ma « femme à leur débauche , et elle est morte en sortant de leurs « mains. Alors j'ai pris son corps , je l'ai mis en pièces, et je « vous les ai envoyées à chacun dans vos limites. Peuple du Sei- « gneur, j'ai dit la vérité ; faites ce qui vous semblera juste devant « le Très Haut. «

A l'instant il s'éleva dans tout Israël un seul cri , mais éclatant, mais unanime : Que le sang de la jeune femme retombe sur ses meurtriers. Vive l'Éternel I nous ne rentrerons point dans nos demeures , et nul de nous ne retournera sous son toit, que Gabaa ne soit exterminé. Alors le Lévite s'écria d'une voix forte : Béni soit Israël , qui punit l'infamie et venge le sang innocent ! Fille de Bethléem, je te porte une bonne nouvelle; ta mémoire ne restera point sans honneur. En disant ces mots , il tomba sur sa face , et mourut. Son corps fut honoré de funérailles publiques. Les membres de la jeune femme furent rassemblés et mis dans le même sépulcre, et tout Israël pleura sur eux.

Les apprêts de la guerre qu'on allait entreprendre commencèrent par un serment solennel de mettre à mort quiconque négligerait de s'y trouver. Ensuite on fit le dénombrement de tous les Hébreux portant armes, et l'on choisit dix de cent, cent de mille , et mille de dix mille , la dixième partie du peuple entier, dont on fit une armée de quarante mille hommes qui devait agir contre Gabaa, tandis qu'un pareil nombre était chargé des convois de munitions et de vivres pour l'approvisionnement de l'armée. Ensuite le peuple vint à Silo devant l'arche du Seigneur, en disant : Quelle tribu commandera les autres contre les enfants de Benjamin ? Et le Seigneur répondit : C'est le sang de Juda qui crie vengeance ; que Juda soit votre chef.

Mais , avant de tirer le glaive contre leurs frères , ils envoyèrent à la tribu de Benjamin des hérauts, lesquels dirent aux Benjamites : Pourquoi cette horreur se trouve-t-elle au milieu de vous? Livrez-nous ceux qui l'ont commise, afin qu'ils meurent, et que le mal soit ôté du sein d'Israël.

Les farouches enfants de Jémini , qui n'avaient pas ignoré l'assemblée de Maspha, ni la résolution qu'on y avait prise, s'étant

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