‹ Petits contes à ma soeurChapitre 11 sur 21 · I. \ sol i»is lu, wciii · texte numérisé non relu

I. \ sol i»is lu, wciii

joni. ri ce \\\'s\ |i:is s;iiis pciiu-, je \ (Hi^ |iirr, (lue \r MiiN |>iir\(Mni ii (IrcliinVcr cl à lr;i<luirc |K)iir \t)iis. (If l;i l:iii;4iic iniiKiiic tu li;incais moderne, le cliiipil ic siiiv;iiil. inliliilc : Coninit' (jiioi 1(1 l'<-(' (les Vlcurs fut rluui^j^cc en blduche

Un joui-, jour (le |)riiil(MHi)s cl tic noiivi'ile lune, il se (il un «;raiul mouvement clans le royaume des i(>(>s. Les sylj)hides s'éveillaient avant rani()r(> |)<>nr se paifumer avec la poussiiMV des lis: les ondines cherchaient pour se mirer Tendioit le plus clair de leur fontaine; les dames des bois oubliaient d'agacer et d'éo-arer les voyageurs, pour se couronner de violettes et danijmones; car toutes étaient conviées à une grande fête que donnait le soir même la reine des fées à son peuple. A l'heure convenue, comme vous le pensez bien, ces dames arrivèrent en foule, exactes et empressées, chacune voyageant à sa manière : l'une dans une conque de saphir attelée de

papillons; l'autre dans une feuille de rose emportée par le vent; d'autres enfin, et ce fut le plus grand nombre, chevauchant en croupe, tout bonnement, comme de simples reines, avec un chevalier de la Table Ronde. Une seule manquait au rendez-vous.

Dès le matin, l'une des suivantes de la reine, Angélina , surnommée la Fée des Pleurs à cause de sa pitié vigilante pour toutes les infortunes, était sortie furtivement du palais. L'organe de l'ouïe , chez elle plus délicat encore que chez ce fameux géant Fine-Oreille qui entendait lever le blé, dit l'histoire, lui faisait distinguer de loin les plus timides palpitations des cœurs souffrans, et jamais un appel de cette nature ne l'avait jusqu'alors trouvée sourde ou négligente. Or, des cris plaintifs, des cris d'enfant l'avaient éveillée en sursaut, et soudain elle s'était dirigée vers l'endroit d'où venait le bruit : les cheveux au vent, vêtue d'une robe flottante or et azur, tenant à la main la baguette d'ivoire, marque

LA SOrilIS lU.ANCIIK.

(](» sa pnissnnrc, ri vdllii^caiil pliilnt qu'elle lie iiiareliail sur la pointe des <^a/.(Uis cl des llems. l'ilJe avait adopte eello allure, de peur.

disait-elle à eeiix qui s'en étonnaient, de mouiller ses brodequins dans la rosée, mais, en effet, parce qu'elle craignait d'écraser ou de blesser par mégarde la cigale qui chante dans le sillon et le lézard qui frétille au soleil ;

car elle était si prodigue de soins et d'amour, la bonne fée! qu'elle en répandait sur les plus

humbles créatures de Dieu Après avoir

marché longtemps de la sorte, elle s'arrêta enfin devant une petite cabane sur la lisière d'une forêt. Il serait inutile de vous en faire la description, ma sœur, car je soupçonne fort que vous avez eu comme moi le bonheur d'y faire plus d'un voyage en compagnie de l'enchanteur Perrault. Vous croyez la reconnaître, et vous ne vous trompez pas : cette cabane de bûcheron est bien celle du Petit Poucet. Ce grand personnage historique était alors bien jeune, et ne préludait pas encore au rôle important qu'il joua depuis dans le monde. C'était lui, c'étaient ses frères dont les plaintes avaient éveillé Angélina. Leurs parens, occupés au loin dans la forêt, y avaient passé la nuit pour être prêts au travail dès l'aurore, et, ne les voyant pas revenir à l'heure accoutumée, la jeune famille avait eu grand' j)eur. La visite de la fée, que ces pauvres enfans

I,\ SOUMIS in.WCIIK

('(MiMiiissniciil (Irj.-'i , I'.-iiihmim pour niichnic temps l;i |);ii\ cl l;i |nic (|;ins l;i cahMiic. A la cliiilf (lu |nuf. .\u<;clinii se soiiniuI (|uc I;i IrtC :ill:ii! (-*>uiuuMii-(-|-. cl vouiul |):ii°lii'; uuiis tous, rendus hiuiilicis |);ir sa couinlaisaiwc, la rai)- |i('laieiil et la rciciiaiciil. à I (Mi\i, (|ui |):ii' un pan (le sa rohc. (pii j)ar iiiu' tresse de ses cheveux, (|ui |)ai- \v houl de sa |ja<j^uctte ma- ;;i(pu': et la bonne fée résistait un peu d'al)or(L puis soniiait et cédait. Cependant, un grillon, venu on ne sait eoninient du palais des fées ilui-inènie en était une peut-être), se mit à crier dans làtre : « A table, Angélina! Le prince Charmant vient d'arriver, on n'attend plus personne et le banquet solennel commence : on verra figurer au dessert les nèfles et les noisettes dont le prince Myrtil a fait, lautre jour, hommage à la reine. A table! à table! car, de mémoire de grillon, jamais on ne vit plus beau festin. »

Puis voilà qu'un papillon du soir vint danser autour de la lam])e en répétant. « Au bal,

Angélina! La salle est déjà pleine d'harmonie et de lumière; j'ai failli tout à l'heure m'y brûler les ailes à certaine lampe nierveilleuse qu'un beau jeune homme vient d'apporter d'Arabie. Au bal! au bal! car, de mémoire de phalène, jamais on ne vit plus brillante soirée. »

Et Angélina voulait partir; mais les enfans la retenaient avec des cris et des pleurs. « Oh ! ne nous quittez pas encore, disaientils ; et que deviendrions-nous , bon Dieu ! seuls, la nuit, quand la lampe s'éteindra, quand le loup montrera ses grands yeux à travers les fentes de la porte, et que nous entendrons dans la clairière siffler les vents et les voleurs ? »

Et la bonne fée souriait et cédait toujours ; mais enfin les esprits de l'air, troublés, lui apportèrent à la hâte les sons d'une voix tonnante : « Angélina! Angélina! « C'était la reine des fées qui l'appelait, irritée d'une si longue absence. Ejîouvaritée , Angélina se

I,\ snl It IS Itl. WCIIK.

(Irhiirrassa (1rs pclilcs mains (|iii rcricliaînaicnl r\ sortit nIIc. 'riop vile. Iirlas! car. dans s(in t nuiMc , elle oiiMia sa l)a<;u{'n(' ,

dont le plus jeune des enfans s'était fait, sans sonsrer à mal, un hochet dans son berceau. Or, vous saurez, ma sœur, qu'une fée qui

loo PETITS CONTES A MA SOEUR.

perd sa baguette est une fée perdue. La pauvre Angélina ne s'aperçut de son malheur qu'à l'explosion de murmures qui salua son retour au palais ; car ce fut un grand scandale pour toutes les fées, et une grande joie pour les vieilles, enchantées d'humilier enfin une compagne dont les charmes et la bonté faisaient ressortir leur malice et leur laideur. Quelques jeunes gens aussi, princes, sorciers et enchanteurs, dont Angélina, toute bonne qu'elle était, n'avait pu s'empêcher de railler quelquefois la suffisance, triomphaient de sa confusion. « Parole d'honneur, répétait aux jeunes fées le prince Myrtil, qui n'était pas sorcier, avec ses grands airs de vertu, votre Angélina n'est qu'une bégueule. Ah! elle a perdu sa baguette ! . . . Eh bien ! figurez-vous, mesdames, qu'un jour je m'avisai de toucher à cette baguette maudite, et que la petite masque m'en donna sur les doigts si fort, si fort, que je fus un mois sans pouvoir me servir d un cassenoisette. »

I, \ soi 11 i>> 111, \ M II i:. I..I

Krcl. 1,1 <-()ii|);iMi' lui liMiliiih- ilcN.iiil lin tril)im;il préside |);ir l;i iciiic <l cniniHtsc i\i- \icillcs lecs. (Ion! I;i li;imicllc, (lr\ en ne \tr- <|iiill(-. hiisiiil |)ciii' ;iii\ ('iil;iiils. (|iii ii :i\:iiciil ^ardc (I \ l( Michel'. L;i l)i»iiiie l /^^r/r ess;iv;i \:niieiiieiil (|iiel(|iies ohsei'x :il kmis en liixciir (le sa |euMe amie : le delil elait lla^;iaiil «M la loi pi'éeise; or. eelle loi |)oilaiL eoiilre la eoii- (lamiiée une peine siiinwlièrt* : elle devait eoiiiir le monde un siècle diiranl, sous la lorme d un animal à son elioix. — An<^élina lui (|ind(|ue temps indécise : rossignol, elle eût clianté sous la lenèlre de la jeune fille cpii veille et (|ui travaille au elievet de sa mère malade; rouge-gorge, elle eût donné la sépulture sous des feuilles aux enfans égarés et morts dans les bt)is; chien d'aveugle, elle eût présenté raumônière avee une grâce capable de toucher le cœur le plus dur et d'ouvrir la main la plus avare; mais le privilège exclusif de pénétrer dans les greniers et les prisons la tentait surtout et la décida. Et voilà, ma

sœur, comme quoi la Fée des Pleurs fat changée en blanche sourette, et c'est ainsi qu'elle se promenait, depuis quatre-vingt-dix-neuf ans et plus, du palais à la prison (deux prisons bien souvent!) et de douleur en douleur, rongeant sans pitié tous les mauvais livres (on n'en voit plus, de ces sourislà!) et grignotant parfois des arrêts de mort jusque dans les poches de Tristan.

Ce digne compère de Louis XI ne tarda pas à revenir au château, et son maître avec lui, et avec eux la défiance et la terreur. Cependant le prince n'en continua pas moins ses visites au prisonnier. Elles devinrent de jour en jour plus longues et plus fréquentes, et même, ce qui n'eût pas manqué d'éveiller les soupçons d'un en-

i,\ soinis iiLWCiii loj

fanl ni(>insran(li(l(* que le dauphin (".liailc^. le ^•(M>licr, (|iii jiis(jiral<ns n a\ail rlc(|ii a rc;^rcL cl (|M (Il I rcinhlaiil «oiiiplicc «le <<'s fiili'C- NiU's, scMiiMail iiiaiiilciianl les ciicf uiia^cr et les nroN (xiiicr nar s;i (((mplaisaïKc.

In soir, ils caiisaiciil ((tmiiic à I ordinaii'o, Charles accoiidc sur la |»ail ic saillaiih" du ^iii- «lu'I. »'l Ulanchcllc IrollariL de I nii a I aiilic cl leur dislrihiiaul ses caresses a\i'c iiiic édiiiaiile iinparlialilé. I.a conversation, lon<^tcm|)s \ ai^alxMidc. hniiha cnliii cl s aricla sur les |)i()|els de (Ihailes pour son i'ei;ne liiliir. « Voyons. (|ue Icrcz-vons (|uand vous serez roi? » dit gaiement le |)iisonnicr. c[wi, plus vieux d'années et surtout de malheurs, avait dans la conversation une supériorité marquée sur son jeune ami. — « Belle demande! Je ferai la guerre. » Nemours sourit tristement. — « Oui, poursuivit le dauphin en se frappant le front de Tindex, depuis longtemps j'ai mon projet là. D'abord j'irai conquérir l'Italie : l'Italie, vois-tu. Nemours, c'est un pays mer-

io4 PETITS CONTES A MA SOEUR.

veilleux, on les rues sont pleines de musique, les buissons couverts d'oranges, et où il y a autant d'églises que de maisons. Je garderai l'Italie pour moi; puis j'irai prendre en passant Constantinople pour mon ami André Paléologue; et enfin, avec l'aide de Dieu, je compte bien délivrer le Saint-Sépulcre. — Et après? dit malignement le jeune duc. — Dame! après..., après..., répéta l'ignorant dauphin, quelque peu embarrassé, j'aurai le temps peut-être de conquêter encore d'autres royaumes, s'il y en a. — Et le soin de votre gloire vous fera-t-il négliger votre peuple? ne ferez-vous rien pour lui, monseigneur? — Si vraiment! et d'abord, avant de partir, je donnerai Olivier et Tristan au diable, s'il en veut ; je supprimerai les bourreaux. »

Et comme Blanchette, à ces mots, frétillait plus joyeuse et plus caressante que jamais : (( Je ferai , poursuivit-il gaiement , quelque chose aussi pour toi, Blanchette : je supprimerai les chats. »

Page 1