‹ Petits contes de FranceChapitre 19 sur 69 · LA FÉE · texte numérisé non relu

LA FÉE

Le boucher regarde longuement la vache, puis il dit:

— Je vous donne trois cent cinquante francs, s La pauvre femme répond tristement :

— Emmenez-la.

Le boucher prend son porte-monnaie et paye trois cent cinquante francs.

— Maintenant, dit-il, en route ! 10 Il attache la vache à l'arrière de la voiture,

monte sur son siège et claque son fouet. Le cheval tire et tîte, mais la voiture ne bouge pas. La pauvre bête, attachée derrière, reste immobile. Elle résiste. Elle tourne la tête tristement vers la is maison. Elle mugît. Son mugissement est un appel désespéré.

Le boucher, furieux, prend son fouet.

— Non ! Non ! crie la femme, ne battez pas la pauvre Babet ! Attendez ! 20

Et elle appelle :

— Petit Pierre !

Un petit garçon de douze ans apparaît. Sa

figure est toute rouge et ses yeux pleins de larmes.

— Ne pleure pas, mon petit homme, dit la mère. Marche à côté de Babet et elle suivra.

— Babet ! dit le petit.

5 A ce mot, la vache, calmée, le regarde.

— Viens ! dit Tenf ant.

Le boucher claque son fouet et la voiture part. La pauvre femme les regarde longuement. Bientôt ils disparaissent. Elle entre dans la maison, tombe losur ime chaise et sanglote.

Babet avait donné son lait aux Simon pendant dix ans. Quelle joie dans la famille, le jour de son arrivée! Pour de pauvres campagnards l'arrivée d'une vache était un événement. Comme

15 il était fier, le père Simon, de montrer son trésor aux voisins ! Il avait acheté la bête pour le petit Pierre. L'enfant était faible et il avait besoin de bon lait.

Grâce à Babet, il était maintenant im garçon

20 robuste.

Et les Simon, qui adoraient leur fils, vivaient heureux dans leur humble petite maison. Mais cette tranquillité ne dura pas. Le père mourut subitement.

as La mère, qui était maintenant très pauvre, parlait souvent de vendre la vache, mais le petit

La Fée 23

Pierre ne voulait pas. Babet aimait le petit. Elle était son amie. Quand la mère parlait de vendre la vache, il pleurait.

Pierre était un petit paysan, mais il avait une âme de poète. Sa mère le voyait souvent revers dans im coin, tout seul. Il pensait aux jolis contes de fées qu'elle lui racontait le soir. .

Quand il voyait sa mère tourmentée pay Tidée de Tavenir, il lui disait :

— Pourquoi es-tu triste, maman? Nous sommes 10 pauvres, mais une bonne fée nous aidera peutêtre im jour.

— Hélas ! mon pauvre petit, répondait la mère, il n'y a plus de miracles aujourd'hui.

Mais le petit espérait toujours. 15

Il espérait, mais les fées ne venaient pas. Le

boulanger refusait le crédit. Alors la mère vendit

Babet au boucher.

Babet, sentant son petit maître avec elle, avance doucement. 20

— Retourne à la maison, petit, crie le boucher. La vache est loin de son étable ; elle suivra sans toi.

Pierre regarde la pauvre bête tristement. Il veut accompagner sa chère Babet. 25

— Elle suivra, dit le boucher.

L'enfant part. Cependant Tanimal comprend que son maître l'abandonne. Elle s'arrête et la scène du départ recommence.

Le boucher prend son fouet et la cingle. Mais selle ne bouge pas. Plus il la cingle, plus elle mugit. Avec une énergie sauvage, le petit Pierre se jette sur l!homme pour prendre le fouet. Le boucher lève la main pour le frapper. Il entend un bruit. Quelqu'un sort des bois. C'est une lo belle jeune fille sur un magnifique cheval.

— Comment, Boulard, dit-elle, vous battez un enfant?

^ Le boucher reconnaît la demoiselle du château.

— Pardon, mademoiselle ! dit-il timidement.

15 C'est cette bête. J'ai payé cette vache trois cent

cinquante francs et. . . .

— C'est bien, dit la jeune fille, mais cet enfant, pourquoi pleure- t-il?

Le petit Pierre la regarde, ébloui. Qui est cette 20 jolie demoiselle? Pourquoi Boulard est-il si embarrassé devant elle? Est-ce une fée? Les fées sont belles . . . elle aussi. Les fées sont bonnes . . . elle aussi, puisC[u'elle vient au secours d'un enfant qui pleure. Alors il lui raconte l'histoire 25 de Babet.

— Boulard, dit-elle, je vous donne quatre cents francs de cette bête.

Les Sabots du Petit Albert 25

Le boucher consent. Elle lui donne l'argent.

— Et toi, petit, prends la vache et rentre à la maison.

Le petit Pierre détache son amie et rentre.

La jeune fille le suit. s

— Ah! mon Dieu! crie la mère Simon en voyant Pierre et la vache.

La jeune fille arrive devant la maison et descend de son cheval.

— Cet enfant aime cette bête et la bête aime 10 Tenfant, madame. J'ai donc acheté Babet et je la donne au petit Pierre.

Elle embrasse l'enfant et pa^t.

La mère Simon pleure. Le petit Pierre tout joyeux lui dit : is

— Tu vois, maman . . . il y a encore des fées.

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