LES SABOTS DU PETIT ALBERT
Le petit Albert avait sept ans. Il demeurait dans un village du nord de la France. Il était orphelin et vivait avec une vieille tante. Elle était sévère et avare. Elle n'embrassait son neveu 20 qu'au Jour de l'An; elle soupirait chaque fois qu'elle lui donnait un morceau de pain.
Comme les habitants du village savaient qu'elle avait beaucoup d'argent, elle n'osait pas envoyer
son neveu à Técole des pauvres. Cependant elle avait réussi à payer très peu pour lui. Le maître d'école était vexé d'avoir \m élève si mal vêtu et payant si peu. Il ne l'aimait pas et excitait même s ses camarades contre lui.
Le pauvre petit était donc bien malheureux.
Il était toujours triste. Aux fêtes de Noël, il pleurait.
Une fois, la veille du grand jour, le maître d'école
lo conduisait ses élèves à la messe de minuit. L'hiver était très rigoureux cette année-là. Il neigeait beaucoup. Les écoliers étaient chaudement habillés. Seul, le petit Albert avait ses habits de tous les jours. Il n'avait aux pieds que
xs de lourds sabots. Ses méchants camarades riaient
de sa triste mine, mais l'orphelin ne les entendait
pas. Ses pauvres petits doigts étaient gelés. Il
pleurait.
Les écoliers bavardaient; ils parlaient des ré-
20 veillons de leurs familles; ils énuméraient les
cadeaux du petit Noël. Ils parlaient aussi des
souliers qu'ils laisseraient dans la cheminée ce soir-là.
Le petit Albert savait bien, par expérience, que
sa tante l'enverrait au lit sans souper. Mais il
95 était certain d'avoir été très sage et très laborieux toute l'année. Il espérait naïvement que le petit Noël ne l'oublierait pas.
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La bande entra dans l'église. Dans leurs prières, les enfants demandèrent des cadeaux, beaucoup de cadeaux.
Après la messe de minuit, ils sortirent de Téglise.
Sous le porche, il y avait, endormi sur \m banc s de pierre, quelque chose comme \m enfant. Il était couvert d'une robe blanche et ses pieds étaient nus malgré le froid.
Les écoliers bien vêtus passèrent indifférents, mais le petit Albert, sortant de Téglise le dernier, 10 s'arrêta devant l'enfant qui dormait.
— Hélas! dit l'orphelin, c'est affreux! Il fait froid ! Et le pauvre petit n'a pas de souliers ! Il n'a pas même un sabot à laisser dans la cheminée pour le petit Noël. %$
Le petit Albert retira un de ses sabots, le posa devant l'enfant et retourna à la maison.
— Vaurien ! cria la vieille. Où est ton sabot, petit misérable?
Le petit essaya de raconter son aventure. 20
— Ah, tu as donné un de tes sabots à un mendiant ! Eh bien ! laisse l'autre sabot dans la cheminée. Le petit Noël y mettra un bon fouet. Et demain tu auras du pain sec et de l'eau.
La méchante femme le battit, puis l'envoya au 25 Kt.
Mais le. lendemain, quand la vieille descendit —
Le Trésor 29
6 merveille — elle vit la cheminée pleine de jouets et de bonbons, et devant ces trésors, les deux sabots.
Le petit entendit les exclamations de sa tante et descendit. Comme ils admiraient ces splendides s cadeaux de Npël, le curé entra avec une dame, et expliqua tout. . . .
Cette dame, qui habitait un château voisin, était venue le voir, la veille. Elle avait apporté des cadeaux pour le meilleur enfant du village. 10 Alors, pour décider lequel aurait les jouets, ils avaient placé une grande poupée devant Téglise. Les écoliers avaient passé devant avec indifférence. Le petit orphelin avait pris la poupée pour un enfant et lui avait laissé son sabot. is
Albert, par son bon cœur, avait donc gagné tous les cadeaux.
La dame était très riche et n'avait pas d'enfants. Elle exprima le désir d'adopter le petit. La tante, très contente, consentit, et le petit Al- 20 bert ^lla vivre dans le château de sa bienfaitrice.