LA TAVERNE
Je sais bien qu'il y a deux terres pour les voyages : une terre d'industrie et un monde poétique;
la riche Angleterre, le pays de Topium et de Pessence de roses; et toi, Amérique, jeune monde, noble berceau de la liberté! Dans lequel de ces deux mondes dois-je aller pour être plus loin de toi, Charlotte?
Pour moi, j^aime les cabarets de la joyeuse Angleterre, quand le port est plein de vaisseaux, quand le matelot, après une longue course, baise le rivage adoré. Alors le mouvement augmente, la vie circule, Por et Targent abondent, les richesses desdeux mondes se heurtent sur le même sol. Vivent Findustrie et le commerce ! Le commerce est le lien des nations ; le commerce est Tambition de Fhomme raisonnable. Oh î transportez-moi tout à coup, simple armateur, au milieu du désordre de Parrivée ou de la tristesse du départ; je vois déjà la maison de Thôte, sa vieille mère près du foyer de tourbe, sa jeune fille indifférente aux mouvements qui se passent autour d'elle; tout le ménage de la maison suspendu au plancher, le chien domestique , les bouteilles vides, le poisson fumé en Hollande, la rive dans le lointain, de riches marchands sur le devant de la scène qui comptent de Por ; tous ces détails qui font un bon tableau flamand, excepté Phom.me tourné contre la muraille que vous retrouverez si souvent chez les peintres de Flandre. Oui certes, voilà les spectacles
qui attendent mon voyage, voilà les distractions puissantes que je rêve; et que me faut-il, à moi, pour t'oublier, Charlotte? Du mouvement, et rien de plus. Le mouvement? il est en Amérique ou en Angleterre ; il est partout où Thomme espère et travaille; c^est aussi là que je veux aller...