‹ Petits contesChapitre 15 sur 37 · LE SERAIL · texte numérisé non relu

LE SERAIL

Ou plutôt que ne m'est-il donné de descendre sur un vaisseau rapide tout le Bosphore de Thrace ! Que ne puis-je, à Pextrémité de cette nappe verte et transparente, apercevoir dans le lointain ces montagnes bleues chargées de linottières, ces fraîches collines, asile du solitaire, ces minarets dorés, ces temples consacrés au croissant, ces felouques légères, tout ce luxe de TOrient, tout le repos de cette terre chérie du ciel, toutes ces roses, tout ce sommeil. Constantinopleestla ville par excellence, Fancienne rivale deTancienne Rome; ce n'est que là qu'on sait dormir; là seulement on sait aimer et être tranquille; là tout est murmure, tout est prière, tout est fraîcheur; chaque maison est un sanctuaire habité par de jeunes femmes qui n'ap-

LE VOYAGE IMAGINAIRE Sq

partiennent qu'à leur époux, et qui, parmi les hommes, ne connaissent que lui seul. Que tu me plais, jeune sultane, quand, retirée au fond du harem et mollement couchée sur des tapis de Perse, un enfant suspendu à ton sein, un enfant couché à tes pieds, un enfant devant toi appuyé sur sa nourrice, tu prêtes Toreille à la lecture des Mille et une Nuits, rêveuse et riante tour à tour, et pensant à part toi que tous les enchantements qu'on te raconte n'égalent pas dans sa réalité tout le bonheur dont tu jouis^!

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