DE LA VIE DU DUC DV\LBE
E plus horrible instant de ma vie.... »
reprit le duc d'Albe.
A ces mots il se fit un grand silence dans l'assemblée, et, quoiqu'elle se composât en grande partie de vieux seigneurs espagnols habitués au sanglant despotisme de Philippe, leur attention fut vivement éveillée quand ils entendirent Tami, le confident, Tâme damnée de ce farouche despote, le duc d'Albe, en un mot, parler sérieusement du plus horrible instant de sa vie; il se fit donc, comme je vous l'ai dit, un de ces silences qui interrompent un homme aussi bien quMne exclamation.
UN MOMENT AFFREUX lOD
Voilà pourquoi le duc dWlbe recommença son discours.
c( Le plus horrible instant de ma vie, reprit-il en caressant sa longue barbe blanche taillée en pointe, fut celui où, par Tordre du roi mon maître, j'allai recevoir aux frontières de nos Espagnes la jeune Elisabeth de France, qui d'abord avait été fiancée au fils de notre maître et seigneur.
a J'étais alors plus jeune que je ne suis, avec une barbe noire, d'épaisses moustaches et un crâne moins osseux et moins dépouillé. J'avais toujours, il est vrai, ces larges mains, que m'eût enviées Alexandre le Grand pour manier son cimeterre; mais au total, quand j'étais armé et qu'on m'avait assis sur un beau genêt d'Andalousie, quand surtout je prenais mon sourire affable et que j'étais paré de ma Toison d'or, je pouvais passer pour un des seigneurs les plus agréables de la cour.
« Mon seigneur et maître, l'empereur Philippe, consentit donc à me perdre pendant trois jours pour m'envoyer au-devant de la reine, afin que je pusse lui rapporter exactement tout ce que je pourrais lire sur le visage de cette jeune princesse, ou deviner dans le cœur de ceux qui l'accompagnaient : car le roi a toujours aimé tout savoir, et souvent, en me frappant sur l'épaule, ce grand monarque m'a fait l'honneur de me dire qu'il ai-