‹ Petits contesChapitre 26 sur 37 · ET NINON DE L ENCLOS I · texte numérisé non relu

ET NINON DE L ENCLOS I

soumis qui Taimera d'égal à égal et qui ne se pliera pas à la minutieuse étiquette d'une cour? Mais je vous prie, si M^^ de Montespan s'en va, quelle est la malheureuse qui la remplace ? »

A cette question inattendue et pourtant si naturelle, M^^^de Maintenon parut accablée; elle devint froide et tremblante comme un accusé devant son juge : sans doute, sous le regard actif et pénétrant de son amie, elle vint à se rappeler que cette belle de Montespan, qu'elle supplantait aujourd'hui, avait commencé sa fortune, l'avait tirée delà misère, l'avait présentée au roi, l'avait défendue contre les répugnances, lui avait confié l'éducation de son enfant, et tant d'autres souvenirs que le remords attire en si grand nombre dans un cœur coupable d'une mauvaise action qu'on est souvent en peine de savoir d'où vous viennent à la fois tant de souvenirs.

A la fin, reprenant la parole et les yeux baissés :

« Cette malheureuse c'est moi, ma chère Ninon, et voilà le secret qui me pesait tant à te confier !

— Toi la maîtresse de Louis XIV ! toi succéder à M"'-- de Montespan ! toi si régulière dans tes moeurs ! toi, toi, ma belle amie, renoncer à ton âge à tout ce qui a fait ta gloire ! toi, prendre ainsi le génie du combat au milieu delà journée ! et pour qui, je te le demande? pour un hoiiime vieux et

impotent, qui, après les premiers jours de votre union, te laissera là, déshonorée, comme il a laissé toutes ses maîtresses, sans que tu aies leurs illusions, ou ton amour, à donner pour excuse !

— Ah ! mon excellente amie, toi qui es habituée à parler en reine, que tu as peu compris cette puissance d'un roi qui se soumet à des prières, qui vous demande de faire son bonheur et qui, pour lever vos scrupules, vous propose de vous épouser en secret ?

— S'il t'épouse, reprit Ninon sans avoir le visage étonné, ce qu^attendait peut-être son amie, si le roi t'épouse, ma chère, je ne vois là qu'un malheur plus grand, puisqu'il est sans espoir. Etait-ce donc pour cela, ma pauvre amie, que tu avais fait ton apprentissage chez notre bon et cher Scarron ?

— Scarron î ah! silence là-dessus, je te prie; voilà un nom que le roi ne veut déjà plus entendre prononcer; je m'appelle chez lui M^^ d'Aubigné.

— A la bonne heure. Madame; mais il n'en est pas moins vrai que tes années les plus heureuses se sont passées chez Paul Scarron.

a C'était là un pauvre diable bien jovial et bien innocemment amoureux, ne songeant qu'à te plaire et à te faire des contes pour te divertir. Quoi donc ! parce qu'on veut le dépouiller de son nom

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