DE MADAME DE GRIGNAN
plus impertinent que solide, n'ayant de Tesprit que dans la passion, et n'ayant de passion que par lueurs et par boutades; pour M"i« de Chevreuse, elle avait eu de la passion et de Tesprit beaucoup plus souvent que sa fille; M. de Lorraine, le premier, Tavait jetée dans les affaires et dans Famour, Tamour, dans ce siècle ambigu, n'allant jamais sans les affaires; M. de Châteauvieux et le comte de Hollande Ty avaient entretenue ; le brillant duc de Buckingham, dans sa fameuse ambassade, rravait pas été tellement amoureux de la reine qu'il n'eût eu des yeux pour M"^^ de Chevreuse, pourtant vieille et décrépite. M^- de Chevreuse venait, connue les autres, visiter l'appartement de M"ie Je Grignan.
Au même instant et au milieu des premières salutations, entra M. le duc de La Rochefoucauld, Fauteur des Maximes^ le premier homme qui ait proclamé Tégoïsme comme un principe; homme de cour, homme d'esprit, homme de cœur; riche et beau gentilhomme plein de bonté et de douceur dans ses mœurs privées; peu guerrier, mais très bon soldat, ce qui en avait fait un mauvais chef de parti : tel était M. de La Rochefoucauld.
A la vue de ses anciennes complices de la Fronde, il ne put s'empêcher d'avoir un agréable souvenir, d'autant plus qu'à l'empressement avec lequel il
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alla saluer ces dames, on pouvfiit juger quMl avait eu avec elles des rapports de plus d'un genre.
« En vérité, Mesdames, s'écria-t-il, ne dirait-on pas que nous sommes revenus au temps de M. le Premier et que nous conspirons encore contre M. le Prince? »
Puis, prenant un air sentimental :
a O mon vénérable ami ! ô grand cardinal de Retz, mon divin coadjuteur, que n'es-tu là! »
Disant ces mots, et comme par enchantement, on entendit rouler dans la cour un vaste carrosse; bientôt après, les pas d'"un homme montant vivement les marches firent ouvrir les deux battants avec fracas. Que devint la belle M^'^^ de Longueville quand elle aperçut le petit corps, moitié épée et moitié rabat, la figure grêle et mince, la taille droite et bien prise, en un mot tout le cardinal de Retz en personne, qui revenait exprès de Rome pour payer les dettes du coadjuteur de Paris.
Le cardinal de Retz, en trouvant si bonne compagnie assemblée dans Tappartement de M^^ de Grignan, ne parut nullement étonné. C'était un homme qui ne s'était jamais étonné de rien , et qui dans sa jeunesse n'avait pas plus reculé devant une jolie femme à enlever que devant toute une légion de diables , comme il le fit bien voir un jour en allant dans le bois de Meudon.