AU MERCURE DE FRANCE 1 6 I
eontes une matière digne d'occuper leur imagination. Ce sera, je vous assure, une nouveauté piquante, dont M^^ de Pompadour sera bien aise, car on dit qu^elle aime beaucoup les contes et qu'elle fait venir fort souvent M. de Voltaire à son chevet, le matin, pour qu'il lui lise les contes nouveaux qu'il fait exprès pour elle.
— D'ailleurs, Messieurs, reprit le jeune Grétry en rougissant, vous pourriez de temps à autre me donner de vos vers perdus, et je travaillerais de mon mieux à y faire de la musique pour les abonnés du Mercure, en attendant que M. deMarmontel ait la bonté de me faire un de ces opéras qu'il m'a promis.
— Ainsi, reprit Diderot, voilà donc tout le journal que tu feras, Jean-Jacques! Des énigmes, des charades, des logogriphes, des contes pour M"'*' la marquise, des histoires de Mallet-Dupan, des annonces de rouge végétal et de petites chansons de monsieur Grétry! Et dans tout cela pas un mot de tolérance ou de religion, rien pour tes malheureux confrères. Ainsi, tu vas préférer ton intérêt personnel à l'intérêt de l'humanité! Ah ! malheureux Jean-Jacques, mon ami, tu me perces le cœur ! »
Ici Diderot se prit à pleurer, comme c'était son habitude; mais l'assemblée, qui était faite à cela,