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LES MUSÉES ET LA VIE

A la suite de l'aventure du Louvre, on va beaucoup parler des musées et les uns vont se prosterner devant ces sanctuaires de Tart, tandis que les autres, avec irrévérence, vont hausser les épaules devant ces vastes repaires du bric-àbrac. Pour visiter avec fruit le Vatican, qui est le plus vaste et le plus riche musée du monde, on estime qu'il faudrait deux ans. Peut-être faudrait-il un peu plus pour se mettre dans l'œil les autres musées d'Italie, y compris les Églises et encore omettrait-on fatalement, si on dispo-

sait de si peu de temps, bien des coins curieux. Mettons qu'en cinq ans on en vînt à bout, ces cinq ans ne seraient-ils pas mieux employés à vivre, à fréquenter les hommes intelligents, les femmes belles, la nature vivante, à étudier les ressorts secrets de la Société, si difficiles à bien comprendre et qui pourtant devraient nous intéresser avant tout ? Il est convenu, entre gens cultivés ou qui se croient tels, que l'étude des musées est indispensable à une bonne éducation. Sans doute, mais ce n'est qu'une convention. Si l'on réfléchit, on s'aperçoit assez vite que la contemplation de tant de choses peintes ou sculptées n'est pas d'une grande ressource pour l'intelligence. La manière dont un homme a interprété la nature n'est qu'un fait fort secondaire. Allez dans les musées, si l'œuvre d'art vous donne du plaisir, mais prenez garde aussi d'y fausser votre jugement, dont vous avez besoin pour participer à la vie. J'ai toujours observé que les amateurs frénétiques de peinture, c'est-à-dire d'artificiel, avaient un grand

Les Musées et la Vie

dédain pour la vie ou ne la jugeaient qu'en comparaison avec l'art, qui en diffère tant. Avezvous entendu de ces gens qui disent devant un paysage : « Un vrai Corot ! un Ziem ! un Monet !» — et n'avez-vous jamais eu envie de les étrangler ? Ne vous semblait-il pas que la magnificence des choses se rapetissait en prenant un nom ? « Regardez ce coucher de soleil, disait-on à un marchand de tableaux. — Oui, c'est bien, mais ça manque de cadre ! »

LES EUGÉNISTES

C'est la première année qu'on s'occupe d'eux. Il y a pourtant longtemps déjà qu'ils écrivent, qu'Us se réunissent et qu'ils parlent. Ce sont des gens qui ont quelques idées déplaisantes et qui veulent les imposer aux autres personnes. La plus grave est l'intrusion de la science dans l'amour. Et ils ne prennent pas la chose au point de vue humoristique, comme Charles Cros qui a précisément écrit la Science de Vamour. Non, la principale idée eugéniste, c'est la Science dans l'Amour, ce qui n'est pas du tout la même chose.

Les Eugénistes

Bref, ils voudraient que Ton s'occupât de la reproduction humaine avec le même soin que Ton s'occupe de la reproduction chevaline, ovine, bovine, voire porcine. Permet-on, par hasard, à un étalon, à un taureau, de se promener par les herbages et d'élire celles qui lui donnent dans l'œil ? Non pas. Outre qu'on a choisi avec soin l'animal qu'on destine au noble rôle de reproducteur, on l'entoure encore de soins particuliers, puis on le surveille, pour qu'il ne se galvaude pas, enfin on l'enferme et on lui amène une par une ses petites épouses. L'espèce humaine n'est soumise à aucune discipline de ce genre. Il y a bien des endroits où ce sont les épouses momentanées qui sont parquées en attendant la visite nuptiale, mais, malgré les apparences, ces lieux ne sont pas destinés à la reproduction. Parmi l'humanité, les unions se font au hasard et, en principe, tout homme peut épouser toute femme et lui faire un enfant sans nulle autorisation. Les eugénistes trouvent cela déplorable. En effet, parmi les hommes qui se

destinent d'eux-mêmes au noble état susdit, il y a des quantités de malades, tuberculeux, alcooliques et autres, qui n'obtiennent qu'une progéniture médiocre et tarée comme leurs parents. Les eugénistes voudraient mettre fin à cela. Ce sont eux qui ont inventé le certificat d'aptitude au mariage.

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