PAYSAGES
« Pourquoi nous trompez-vous, beauté des paysages ?... w, demande Mme de Noailles dans un de ces vers où tous les mots semblent rêver. Mais, est-ce vrai que les paysages nous trompent et que nous ayant promis tout ils ne nous donnent rien ? Sans doute, ils ne nous donnent pas le bonheur, mais peut-être que pour un instant, qui peut se prolonger et se renouveler, ils nous en donnent l'illusion, et plus que l'illusion, le sentiment. Ce ne sont pas des promesses ; les visages humains nous donnent des promesses
de bonheur et savent bien rarement les réaliser. Le visage des paysages souvent se dévoile soudain et nous apparaît comme un fait dont l'intensité nous enivre. Je n'ai jamais été trompé par un paysage, et même, ceux que j'ai regardés, je me suis toujours reproché de ne pas les avoir pénétrés assez profondément. Ils auraient pu, peut-être, me donner quelque chose de plus, mais s'ils ne l'ont pas fait, ce n'est pas leur faute, c'est la mienne. En somme, cela vaut mieux ainsi. Je ne les ai pas épuisés. Ils ont gardé pour moi une jeunesse et une fraîcheur éternelles et je les prendrais toujours dans une possession toujours nouvelle. C'est que si rien n'est plus matériel qu'un paysage, rien n'est plus spirituel que le contact que nous en ressentons. Non, ils ne m'ont pas trompé les paysages que j'ai aimés, et même il m'a semblé qu'ils m'aimaient aussi. Il se fait une communion entre l'être qui sent la beauté et la beauté elle-même, encore qu'insensible, et elle frémit à notre émotion. Rétractezvous, poète, laissez que nous ayons un recours
Paysages
contre l'amour des êtres dans Tamour des paysages et que nous soyons sûrs de trouver dans leur calme beauté la paix que d'autres sentiments avaient troublée. Car pouvons-nous vivre sans paix ?