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CHEVAUX ET FEMMES

Il paraît qu'un maquignon dupa, Tautre jour, un client, lui vendant un cheval au sabot de gutta-percha. Les tours des maquignons sont célèbres. Il n'est pas une maladie des chevaux qu'ils ne savent masquer, pas une robe qu'ils ne savent imiter, une allure qu'ils ne savent imposer à la bête. Comme la femme, le cheval est souvent un animal truqué ; on lui impose l'hypocrisie que la femme s'impose à elle-même pour duper l'homme, son éternel désir et son

Chevaux et Femmes

éternel ennemi. Aussi doit-il y avoir quelque part un dicton de ce genre : « Il ne faut se fier ni à un cheval ni à une femme. » N'étant plus à la mode, le cheval ne nous préoccupe plus guère, mais la femme est toujours à la mode. Malgré l'habileté des maquignons, le cheval se vendant nu, il y a une limite à son truquage ; celui de la femme qui se vend habillée n'en a pas. Une femme quasi tout entière factice allume fort bien la convoitise des connaisseurs et d'autant mieux que la femme refaite par les couturiers, les coiffeurs, les dentistes et les bandagistes est presque toujours d'aspect supérieur à la femme naturelle. Le factice va même plus loin que l'extérieur : il n'y a pas de perruques que pour la tête ! Que d'amants ont caressé de magnifiques cheveux blonds morts depuis peu sur la tête d'une phtisique d'hôpital. Que d'amants ont été troublés par le rythme bien ordonné d'une poitrine qu'ils avaient peut-être déjà vue, mais muette, à la vitrine d'un marchand de caoutchouc. La pudeur, une pudeur farouche, n'est pas sans

ajouter au charme de la femme factice. Elle se dérobe et se défend avec désespoir. Ce n'est pas elle qui laisserait vérifier sa gutta-percha, conmie le pauvre innocent cheval !

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