‹ Petits crayonsChapitre 37 sur 64 · LE LENDEMAIN · texte numérisé non relu

LE LENDEMAIN

Tant qu'on ne le touche pas^ il semble qu'on voie le commencement de Tannée tel qu'une sorte de printemps de l'activité^ tel qu'un renouveau ; et quand on y est entrée on s'aperçoit que rien du tout ne s'est renouvelé^ mais que tout continue^ aussi morne que la veille^ et comme enlaidi encore par la confuse espérance déçue. La femme qu'on aime en vain semble plus ironique et celle qui vous aime^ plus décevante, car il est de règle qu'on aime ce qui ne vous aime pas et qu'on soit aimé de qui vous est indiflfé-

rent. L'an neuf n'a rien changé à ces fatalités du cœur. On attendait de grands changements en soi-même, une meilleure activité, d'ailleurs on avait pris des résolutions : rien ne se produit. On retrouve la besogne entamée et toutes ses difficultés. La perspective a seulement un peu changé et le but que l'on poursuivait et qu'on croyait atteindre se trouve un peu plus éloigné. Rien n'arrive. Il faut se remettre à fabriquer de nouveaux espoirs, puisque les anciens ne sont plus bons et qu'on ne saurait vivre sans cela. On le sent, cela va être difficile, et qu'ils seront de plus en plus chétifs, et pourtant de plus en plus tyranniques. Enfin, on est chargé et Ton se remet en marche avec son fardeau de chimères. Si on pouvait tourner la tête et les regarder, on s'apercevrait qu'elles sont toutes pareilles à celles qui vous grimpèrent sur le dos l'an passé. Avec un peu plus d'attention on découvrirait que ce sont les mêmes. Les mêmes ! Cela ferait peur, mais on ne peut pas tourner la tête, il faut regarder devant soi, et c'est bien heureux, car

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Le Lendemain

voudrait-on porter jusqu'au seuil de Tan qui vient ces vieux oiseaux déplumés ? Ils se tiennent bien tranquilles, d'ailleurs, ils ont été tellement trimballés de hotte en hotte, depuis le commencement du monde, qu'ils sont sans inquiétude. Les hommes ne leur tordront jamais le cou.

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