AMOUR ET MARIAGE
Il paraît^ c'est ce que nous disait dernièrement un conférencier^ qu'il y a une crise du mariage. Sans doute^ et les statistiques le prouvent, on se marie beaucoup, mais on divorce également beaucoup. Il semble même y avoir des milieux où on ne se marie que pour divorcer, où du moins on ne se marie que parce que le divorce est là, prêt à ouvrir la porte. J'ai même vu un billet de faire-part de mariage où, dans un coin, figurait la sympathique chaîne avec un marteau pour la briser au be-
soin. C'est d'un extrême mauvais goût^ mais cela signale un état d'esprit qui, pour ne pas s'afficher souvent avec tant d'emphase, n'en existe pas moins. Admettons la crise. Quel en serait le remède ? L'amour, disait le conférencier qui mit à ce paradoxe beaucoup d'éloquence, puisque c'est M. Hyacinthe Loyson. Mais je crois que c'est tout le contraire et que c'est pour avoir voulu concilier l'amour et le mariage, qu'on aboutit si souvent au mariage malheureux, au mariage dont la solution la moins tragique est encore le divorce. L'amour est passager. Le mariage se présente sous des aspects d'éternité. Le mariage qui a eu, pour unique lien, l'amour, risque fort de perdre son caractère et de ne fournir qu'une carrière assez fugitive. Il est singulier de voir im homme d'âge vénérable, d'expérience et d'intelligence, confondre ainsi une fonction et un sentiment et vouloir unir cette fonction, essentiellement durable, à ce sentiment, essentiellement fugitif. Le mariage, par l'intimité qu'il impose, dévoile
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Amour et Mariage
promptement les caractères, alors que Tamour les voile, de sorte qu'on pourrait dire que le meilleur moyen de désunir deux amants serait de les marier. Amour conjugal et amour-passion ne vont pas très bien ensemble, et chaque fois que Ton veut fonder le premier sur le second, on aboutit à une catastrophe. Dans ces questions-là, il y a toujours des exceptions. Ce n'est pas sur elles qu'on peut bâtir la vie ordinaire.