‹ Petits crayonsChapitre 49 sur 64 · LA BEAUTÉ DE PARIS · texte numérisé non relu

LA BEAUTÉ DE PARIS

Paris est-il une belle ville ? Sans doute. Mais il ne faut pas exagérer et confondre ce qui nous est utile, ce qui nous plaît par l'accoutumance, avec ce qui est beau, absolument. J'entendais dire à un Américain de Washington que Paris manquait de verdure et que ses rares pelouses étaient bien étriquées. Il est certain que le faubourg Montmartre est plutôt dénué d'espaces libres, mais un Parisien ne prend guère garde à cela. Au conseil municipal, on considère que l'avenue de l'Opéra est de la plus belle esthé-

tique^ et Ton voudrait bien fabriquer un Paris tout en avenues de l'Opéra. Pensez donc^ on pourrait y lancer des milliers d'autobus à la fine silhouette. D'autres, il n'y en a pas beaucoup, regardent la ligne des quais du jardin des Plantes à l'Aima, comme un des plus beaux paysages urbains qui soient au monde. Je le croirais volontiers ; aussi projette-t-on un pont monumental qui en coupera en deux la perspective ! On n'a pas pu encore se mettre dans la tête, en France, qu'un pont doit être tout uni, que sa beauté est de passer inaperçu. Oh ! cette garniture de foyer pour géant enrichi qu'est le pont Alexandre III ! Paris, en somme, serait une assez belle ville si on en pouvait raser les monuments absurdes qui la déparent et ployer un peu trop de rues rectilignes qui la raidissent et qui l'ont aplatie. Le sol de Paris était mouvementé, il n'y a pas encore si longtemps ; mais quand on nous parle de la butte des Moulins, il nous est bien difficile de nous la représenter entre le Théâtre-Français et l'Opéra. Si les vrais

La Beauté de Paris

amis de Paris savaient ce que Haussmann lui a enlevé de pittoresque, comme sites, comme vieilles et nobles architectures ! J'ai trouvé, Tautre jour, sur les quais, un mauvais album du vieux Paris. Je n'ai pas osé Tacheter : cela me faisait trop de peine.

Page 1