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LOGIQUE DE LA MODE

C'est pendant que les femmes élégantes ne sont plus à Paris qu'il faut parler de la mode. On risque moins de leur déplaire et un homme qui parle de la mode déplaît toujours auxfemmes. Il y a une autre raison pour choisir ce moment, c'est qu'on juge mieux des choses à quelque distance que lorsqu'on les a directement sous les yeux. Donc hier, en regardant se coucher le soleil derrière les arbres du Luxembourg, j'apercevais aussi passer quelques robes étroites, courtes et claires qui revêtaient, selon une mode

Logique de la mode

assez stricte, des femmes de mauvais ton, et je remarquai combien Tenveloppe, encore que sans beaucoup de grâce, faisait ressortir, renouvelait, pour ainsi dire, leur hypothétique beauté. Vêtues comme les femmes se vêtaient Tan passé, leur âge assez marqué serait d'abord apparu aux yeux fâchés. Habillées, au moins d'intention, à la mode la plus récente, elles paraissaient littéralement rajeunies. Et voilà, sans aller plus loin, l'utilité pour les femmes de suivre la mode. La mode, et il faut insister là-dessus, quelle qu'elle soit, est un rajeunissement. Si, les dieux écartent ce présage ! la mode voulait des jupes larges, cerclées, ramagées, et même la crinoline, eh bien, les femmes qui ne s'y soumettraient pas paraîtraient immédiatement plus vieilles ou moins jeunes que leur âge. Leurs robes auraient-elles la forme la plus seyante, la plus esthétique, la mieux accommodée au corps féminin, elles auraient avec cela l'air de sortir des anciens temps, Tair d'avoir été ressuscitées par quelque magicien maladroit ou l'air d'arriver des pays où les

modes sont toujours périmées, ce qui donne Tair gauche et presque revêche à la plus alerte jeunesse. Les femmes, qui veulent plaire, sont donc obligées logiquement et à suivre la mode et à changer de mode le plus souvent possible. C'est une nécessité de leur état de femme. Les caprices de la mode, quelle bêtise ! C'est la logique de la mode qu'il faut dire. Et cette logique-là, les femmes la comprendront toujours.

LE BAHAISME

Je n'ai jamais vu ce mot écrit et je ne Tai jamais entendu prononcer que selon la prononciation anglaise, mais je l'ai entendu si souvent que je suis sûr au moins de sa sonorité. C'est le nom d'une religion nouvelle qui a quelques fidèles à Paris et dont le chef, un beau vieillard persan, est en ce moment parmi nous. La Perse est un foyer religieux. Beaucoup de religions, qui eurent leur heure, sont venues de là, dont les fondateurs ou les réformateurs furent Zoroastre, Manès, Ali le Bâb, tant persécuté. Le

Bahaïsme prolonge le Bâbisme^ mais avec encore moins de rites, de formes, d'extérieur. Il se présente sous l'apparence d'une philosophie très douce et très simple, qui veut réunir les hommes dans la paix et dans l'amour, d'une philosophie à la fois naïve et douce, contre laquelle on cherche en vain des objections. Elle me fut enseignée hier par le Maître, en un langage riche de fleurs orientales, que M. H. Dreyfus-Barney transplantait dans le parterre français avec une aisance qui m'émerveillait presque autant que le Bahaïsme lui-même. Le patriarche éloquent nous disait les joies primitives que l'on éprouve dans la cité Bahaïste, joies bien faites pour enchanter les cœurs dociles, l'éternel printemps, la floraison perpétuelle, la permanente éclosion des lis, des violettes et des roses, le sourire des femmes, la gravité heureuse des hommes dans l'air parfumé d'amour. Et il nous parla de la grande Vérité qui domine toutes les vérités passagères et dans laquelle se fondent et se transforment les petites erreurs humaines, comme les querelles

Le Bahaïsme

disparaissent à l'ombre de la grande Paix. Et on sentait une ferveur au fond de la voix un peu saccadée, rythmée rudement par les sonorités gutturales de la langue persane, mais rythmée doucement aussi par des phases de rire musical. Car le prophète est gai et tout respire en lui la gaîté d'être un prophète, sur lequel quarante ans de prison n'ont point laissé de traces. Il avait près de lui un bouquet de violettes ; il l'offrit à une de ses visiteuses, la plus rebelle à son enseignement et qui a eu l'audace de lui tenir tête : les violettes de Parme lui servent d'arguments comme son rire cordial, comme ses belles comparaisons poétiques et la simplicité de sa robe persane. On l'entendra, paraît-il, dans ime controverse à la Sorbonne, où il aura pour partenaires M. Loyson, un abbé et un indépendant, si on en trouve. Il ne faudra pas manquer cette fête.

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