‹ Petits crayonsChapitre 8 sur 64 · LA MORT · texte numérisé non relu

LA MORT

Il me semble que M. Maeterlinck a fait bien de l'honneur aux théosophes^ spirites et autres apôtres de la réincarnation ou de la communication avec les morts^ en discutant leurs théories. Il est vrai que ce fut pour en montrer le néant. Les hommes ne peuvent pas parler sérieusement de la mort ; ils y mêlent toujours de la fantaisie^ des idées de survivance^ de promenade dans les étoiles. Il n'est pourtant pas de question plus simple ni qui prête moins au rêve. La vie est de la matière organisée ; la mort est la destruction

La Mort

de cet organisme, ranéantissement des effets qu'il produisait. Par une illusion, qui est commode pour le discours, on distingue toujours soigneusement, dans l'homme, le corps qui est matériel et l'âme qui ne l'est pas. On va plus loin ; comme il faut bien consentir à la désagrégation de l'organisme, qui est un fait, on reporte ses complaisances sur l'âme qui, n'étant pas visible, supporte assez bien l'hypothèse de la permanence. Ici a Heu l'envol vers les reUgions, les philosophies et aussi les escamotages. L'âme est un effet, c'est un produit, mais que répondre à ceux qui la tiennent pour une cause et une cause productrice. On ne peut répUquer aux immortaUstes qu'en leur démontrant qu'ils raisonnent mal, mais comme ils n'acceptent pas la critique et la retournent, ni l'un ni l'autre parti ne peut être vaincu. L'anéantissement est impossible, dit M. Maeterlinck. Mais prenez garde qu'il ne joue qu'en apparence sur les mots. Les éléments corporels sont immortels, comme la matière même. La question n'est pas l'anéan-

tissement des éléments, mais la désagrégation des éléments, à laquelle ne peut pas survivre une conscience qui était le produit de l'organisme qu'ils form^aient. Il sait cela, et c'est cela qui donne à son livre au titre brutal, La Mort, son air terrible de consolation ironique

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