LART DE DIALOGUER
maitre, au nom d'un amour que tu ne connais pas.
Nelvilette. — La douleur t'égare.
Laure. — Dis qu'elle me rend clairvoyante.
Neuvilette. — Tais-toi, tu te perds.
Laure. — Je me retrouve, au contraire ! Ah! Dieu! Et quand je pense à ce que j'ai souffert... Partout... Partout... j'ai pleuré partout... Chez moi... quand je te voyais entrer, l'air absorbé, le regard faux... Dans le monde, où chacun m'épiait, semblait me railler, ou me mépriser, ou me plaindre !... Chez toi... quand j'arrivais la première, haletante, fiévreuse, bouleversée, palpitante; et que j'attendais un amaut auquel faire atlsndre «me femme semblait sans doute un jeu nécessaire à son métier cruel, a son art tortureur. Et moi je médisais: « Où est-il ? Quefaitil à cette heure?... Pense-t-il qu'il y a là, dans une pièce, un être qui se meurt d'amour, qui devient folle ?
Nelvilette. — Tais-toi...
Laufe. — Non, je ne me tairai pas...
Évidemment, elle ne peut pas se taire; avant que l'auteur lui ait fait dire tout ce qu'elle a dans le cœur ; tout ce qu'il lui a fallu entendre, lui, souvent d'une femme légitime ou d'une maîtresse, parfois vingt ans durant. Aussi, je ne lui en voudrais pas trop, à l'auteur, s'il prenait soin de varier l'ardente monotonie de telles énumérations ; au cours desquelles la principale intéressée n'oublie vraiment pas assez de choses: alors que son partenaire, toujours un peu trop misérable en l'occurrence, balbutie de vagues onomatopées qu'on pourrait peut-être lui choisir avec plus de soin!... Et tout ceci m'irriterait moins pourtant que cette réplique sur laquelle s'achève le troisième acte; et qui fait pousser aux critiques des cris d'admiration. La voici :