DE LA MISE EN SCÈNE 1M
à force (le mâchonner, ils sentent enfin leur cœur et leur cerveau apprivoisés battre à l'unisson du nôtre; quand ils se retrouvent et que nous les retrouvons !
« Mais nous ne retrouvons qu'eux.
Notre œuvre, nous ne la retrouverons plus! Ils se seront mis trop à s'en emparer. Désormais, nous la verrons, ou grandie — ça arrive ! — ou diminuée ; trop grossièrement proche de nous, ou si lointaine, mais non plus telle que nous la possédions ! Elle a perdu sa virginité et beaucoup de sa vertu, à être ainsi partagée entre les comédiens, le directeur et le public. Et, pourtant, tous gens, nous avons besoin deux ! Et voilà pourquoi nous pouvons en médire parfois, nous sentons bien qu'ils possèdent à eux tous une force; qu'ils sont
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dos collaborateurs et nos mattres :
Puisque, sans eux. nous ferions bien une œuvre, nous demeurerions Sdèles à notre art, mais nous ne pourrions plus jouir de notre métier. Car une pièce esl faite pour être lue, certes, mais
ut après avoir été représentée; par conséquent mise en scène. Voilà le grand mot jeté.
< Or, quels que soient notre orgueil d'écrivain, notre fierté de penseur, notre délicatesse d'artiste, nous D'en menons pas large, avouons-le, à l'heure de la lecture aux comédiens; et lorsqu'il s'agit de régler la première a enti le premier « passage >, les premiers « apartés ». Surtout lorsque notre théâtre, s'orientant bien plus vers le drame intime, le> conflits intérieurs, ■•■ de la part des auteurs toute une
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science rusée de la mise en scène psychologique; et des directeurs, une grande ingéniosité à profiter des moindres mouvements de lame pour faire que les corps se meuvent entre cour et jardin. Ali! ce n'est pas commode!
E[ c'est en quoi Merlerot, pourtant, se montre, je vous le jure, incomparable.
Je ne dis pas cela parce qu'il se décide à me jouer. Du reste, il n'est pas le seul à mériter de tels éloges. Au contraire de ces misérables metteurs en scène qui, devant leurs comédiens, n'usent guère que de deux formules :
« Passez... et trichez » (ce qui signifie : gagnez du terrain sans en avoir l'air . employées, il est vrai, avec une grande autorité impertinente, il faut entendre un Antoine, un Guitry, ou un Henry Burguet — celui-là, c'est un des plus
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subtils metteurs en scène <l«i l'heure présente — extraire l'intimité secrète d'un personnage, dégager son état d'âme aduel; par une passade miraculeusement osée, un lever inattendu, un silence un peu appuyé, un geste tôt arrêté, un regard réprimé; et pour se rendre compte de ce qu'ajoutent de tels metteurs en scène à une comédie de cœur ou de sentiments.
» Le malheur veut que cette scient entraîne parfois un peu loin. J'entends qu'à force de faire qu'un mouvement corresponde à un sentiment, ils sont tentés de rendre la pensée solidaire du geste ! Alors, si le geste ne sort pas ou leur paraît gauche, c'est que la pensée doit être incomplet»', <ui même faillis font de la psychologie rythmique ou suédoise... Et cela offre bien quelque