‹ Petits éléments de morale [microform]Chapitre 19 sur 48 · DE LA RESPONSABILITÉ MORALE · texte numérisé non relu

DE LA RESPONSABILITÉ MORALE

Taction, il l'augmente au contraire, puisqu'il fait des efforts pour écarter violemment tous les scrupules ou les hésitations qui auraient pu précisément arrêter le crime.

« 3* A rimpossible nul n'est tenu. » D'après ce principe, il est évident que l'on n'est pas responsable d'une action, si l'on a été dans l'impuissance absolue de l'accomplir. Ainsi on ne peut en vouloir à un paralytique, à un enfant, à un malade de ne pas prendre les armes pour défendre la patrie. Cependant il ne faut pas s'être mis volontairement dans l'impossibilité d'agir, comme feraient par exemple, ainsi qu'il arrivait souvent à Rome, ceux qui se coupaient le pouce pour ne pas porter les armes. De môme le débiteur qui par des circonstances indépendantes de sa volonté (incendie, naufrage, épidémie) est mis hors d'état d'acquitter ses obligations, est excusable; mais s'il s'est engagé sachant qu'il serait dans l'impuissance de s'acquitter, cette impuissance ne serait pas une excuse.

4® Les qualités naturelles ou les défauts de l'esprit et du corps ne peuvent être imputés à personne, ni en bien ni en mal. Qui ferait des reproches à un homme, parce qu'il est aveugle de naissance ou parce qu'il l'est devenu à la suite d'une maladie ou d'un coup? Ainsi des défauts de l'esprit : nul n'est responsable de n'avoir pas de mémoire ou d'avoir peu d'esprit. Cependant comme ces défauts peuvent se corriger par l'exercice, on est plus ou moins responsable de ne pas faire d'efforts pour y remédier. Quant aux défauts ou difformités qui résulteraient de notre faute, par exemple, de nos passions, ïi est évident qu'ils peuvent nous être imputés à juste titre.

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Les qualit(^.s naturelles ne sont pas davantage imputables à la personne. Ainsi Ton ne doit pas faire honneur à quelqu'un de sa force physique, de sa santé, de sa beauté, ou même de son esprit; et personne ne doit se vanter ou se faire honneur à soi-même de tels avantages. Cependant celui qui par une vie sage et laborieuse a réussi à conserver ou ;à développer sa force physique, ou qu;, par ses efforts de volonté, a cultivé et perfectionné son esprit, mérite des éloges; et c'est ainsi qu'indirectement les avantages physiques et moraux peuvent devenir matière légitime à l'imputation morale. 5« Les effets des causes extérieures et les événements, quels qu'ils soient, ne sauraient être imputés à quelqu'un, ni en bien ni en mal, qu'autant qu'il pouvait et devait les amener, les empêcher ou les diriger, et qu'il a été soigneux ou négligent à leur égard. Ainsi on met sur le compte d'un laboureur une bonne ou mauvaise récolte, selon qu'il a bien ou mal travaillé à la culture dont il est chargé.

e*» Une dernière question est celle de la responsabilité que rhon?me peut avoir dans les actions d'autrui. En principe, sans doute, nul homme n'est responsable que de ses propres actions. Mais les actions humaines sont tellement liées les unes aux autres qu'il est bien rare que nous n'ayons pas quelque part directe ou indirecte dans la conduite des autres. Par exemple : 1' On est responsable dans une certaine mesure de la conduite de ceux r qui nous sont soumis : Par exemple, un père de ses aq. fants, un maître de ses serviteurs, et dans une ceriame mesure un patron de ses ouvriers ; 2** on est responsable iusqu'à un certain point des actions qu'on aurait pu em-

pêcher, lorsque par négligence ou paresse on ne l'a pas fait. Par exemple : si vous voyez un homme près de se tuer et que vous ne fassiez aucun effort pour l'en empêcher, vous n'êtes pas innocent de sa mort, à moins, bien entendu, que vous n'ayez pas deviné ce qu'il allait faire ; 3" vous êtes responsable de l'action d'autrui lorsque vous y avez coopéré soit par vos instigations, soit même par une simple approbation.

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