‹ Petits éléments de morale [microform]Chapitre 21 sur 48 · DU PERFECTIONNEMENT DE SOI-MÊME. - DES PASSIONS · texte numérisé non relu

DU PERFECTIONNEMENT DE SOI-MÊME. - DES PASSIONS

Nous avons vu que l'homme doit et peut perfectionner son caractère, corriger ses mauvaises habitudes, vaincre ses passions. C'est là une entreprise difficile qui demande beaucoup d'efforts et une volonté bien dirigée. Nous allons indiquer les moyens par lesquels l'homme de bonne volonté parvient à se corriger et se perfectionner dans le bien.

Expliquons d'abord quelles sont nos principales passions, et comment elles deviennent coupables, de légitimes et d'innocentes qu'elles sont naturellement.

On peut dire en général, que nos passions passent par trois états distincts ; elles sont d'abord des affections naturelles et inévitables de l'âme : ce sont les inclinations, les penchants; elles deviennent des mouvements violents et désordonnés, ce sont les passions proprement dites ; elles tournent en habitudes et s'incorporent au caractère et deviennent ce que Ton appelle des vices.

Par exemple , Vinstinct de conservation ou amour de la vie est d'abord une affection naturelle, iégitime, mévitable du cœur humain; mais, sous l'empire de certaines circonstances, sous l'influence de l'âge, de la maladie, du tempérament, elle s'exagère jusqu'à l'état de passion et devient ce que l'on appelle la ;;eMr; ou

bien elle tourne en habitude et devient un vice sous le nom de lâcheté.

La conservation corporelle donne naissance à deux appétits que l'on appelle la faim et la soif. Ces deux appétits, sollicités outre mesure, deviennent des passions, qui, elles-mêmes, peuvent devenir des vices : ce sont, d'un côté, la gourmandise^ de l'autre, Vivi^ognerie; l'un et l'autre, et en général l'abandon exagéré aux plaisirs des sens, prennent le nom à' intempérance.

Le principe de toutes nos inclinations personnelles est l'amour de nous-mêmes ou amour de soi^ instinct légitime quand il est modéré; porté à l'excès et devenu exclusif et dominant, il devient un vice que l'on appelle éyoïsme.

L'estime de soi tournée en passion devient Vorgueit quand il s'agit de grandes choses, vanité s'il s'agit de petites.

L'amour de la liberté dégénère en esp7'it de révolte; l'amour légitime du pouvoir en ambition; Vinstinct de propriété devient avidité, cupidité, passion du gain, et donne naissance subsidiairement à Va passion du jeu ou désir de gagner par le moyen du hasard. Le désir de ^ii^n^v QU'^QUiXrQXdi crainte de perdre, et cette dernière passion, tournée en vice et en manie, devient Vavarice.

De même, pour les inclinations relatives aux autres hommes. Nous voyons par exemple, le désir de plaire ou bienveillance conduire à une lâche complaisance^ le désir de louer à la flatterie ^ et le désir de l'estime à V hypocrisie.

Il est encore deux sentiments qui, en eux-mêmes, ne sont pas nécessairement coupables, mais qui, portés a

Texces donnent souvent lieu aux plus affreuses passions : ce sont V émulation et la colère.

L'émulation n'est pas, en elle-même, une inclination malveillante. Nous pouvons vouloir égaler et surpasser les autres, sans par cela même leur vouloir du mal. Nous pouvons éprouver du plaisir à les vaincre, sans précisément nous réjouir de leur défaite ; nous pouvons souffrir d'être vaincus par eux, sans pour cela leur en vouloir de leurs succès.

L'émulation est donc un sentiment personnel, mais non malveillant; il devient malveillant et vicieux lorsque les dispositions précédentes sont interverties, lorsque, par exemple, nous souffrons, non pas de notre échec, mais de l'avantage de nos rivaux, et que nous ne pouvons supporter l'idée du bien d'autrui; ou encore lorsque, inversement, nous éprouvons plus de plaisir à leur défaite que de joie pour notre victoire. Ce sentiment ainsi perverti devient ce qu'on appelle ïeiivie; et en général l'envie est la peine que nous fait éprouver le bien d'autrui; c'est donc le désir implicite du malheur des autres; c'est pourquoi c'est un véritable vice, aussi bas

qu'odieux.

Vmvie se distingue de la jalousie, avec laquelle elle a des analogies. La jalousie est une sorte d'envie qui porte surtout sur les affections dont elle ne souffre pas le partage; l'envie porte sur les biens matériels ou abstraits (la fortune, les honneurs, la puissance) ; l'envie s'applique aux biens que l'on n'a pas; la jalousie se refuse à partager ceux que l'on possède, et, par là, c'est une espèce d'égoïsme, moins bas que l'envie, puisqu'il s'agit de biens d'un ordre plus élevé, et qui même quelquefois

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