DU PERFECTIONNEMENT DE SOI-MEME
n'est pas exempt de noblesse ; mais c'est néanmoins une des passions les plus terribles par ses conséquences.
La colère est une passion naturelle qui semble avoir été mise dans les êtres animés pour leur donner de la force contre le péril; c'est l'effort de l'âme résistant au mal qui veut l'opprimer. Mais cette inclination est une de celles qui sont le plus promptes à nous faire perdre la possession de nous-mêmes et à nous jeter dans une sorte de folie passagère. Cependant, quoiqu'elle soit un emportement dont les conséquences peuvent êtrelatales, elle n'est pas nécessairement accompagnée de la haine (comme on le voit par le soldat qui combattra avec fureur et qui, subitement, après la bataille ou pendant la trêve, offrira la main à son ennemi). La colère est donc un eflort de la nature qui se défend; c'est une fièvre, et en cela elle est une passion fatale et coupable, mais elle n'est pas un vice.
La colère devient la haine lorsque, pensant au mal que nous avons fait ou que nous pouvons faire à notre ennemi, nous nous réjouissons de la pensée de ce mal : elle s'appelle le ressentiment ou la rancune lorsqu'elle est le souvenir haineux du mal reçu ; elle devient enûn \^ passion de la vengeance (la plus criminelle de toutes) lorsqu'elle est le désir et l'espoir de rendre le mal pour le mal. Une sorte de raffinement dans le plaisir du mal d'autrui, même sans haine, est la cruauté,
La haine devient le mépris lorsqu'il s'y ajoute l'idée de la bassesse et de l'infériorité de l'objet méprisé Le mépris est un sentiment légitime, comme nous l'avons vu, lorsqu'il a pour objet des actions basses et coupables ; il est une passion mauvaise et blâmable, lorsqu'il
s'adresse à une prétendue nifériorité, soit de naissance, soit de fortune, soit de talent ; c'est une ramification de r orgueil. L'orgueil n'est pas toujours accompagné de mépris. On voit des hommes, pleins d'une haute satisfaction d'eux-mêmes, qui savent cependant traiter avec politesse et courtoisie ceux qu'ils regardent comme trèsinférieurs à eux ; d'autres, au contraire, écrasent leurs inférieurs et les traitent comme des brutes. Chez eux, le mépris s'ajoute à l'orgueil. Une forme adoucie du mépris est le dédain, sorte de mépris plus délicat et plus dissimulé. Le mépris, lorsqu'il fait ressortir, non les vices, mais les travers des hommes et cherche aies rendre ridicules, devient la raillerie ou Y ironie.
CUAPITRE XIII
{Suile du précédent.)
Telles sont les principales afTections de l'âme que Ton peut considérer comme des maladies.
Cherchons-en les remèdes, - Pour se guérir de ses passions, on sait bien sans doute qu'il suffit de le vouloir ; mais rien n'est plus difficile que de vouloir, lorsque Tàme est occupée par la passion. Pour y réussir il ne faut pas la prendre en face, mais autant que possible détourner son esprit sur d'autres