DEVOIRS DE FAMILLE. — LE MARIAGE
cette intimité, et ce partage commun des biens et des maux qui fait la beauté morale du mariage , entre un maître et plusieurs esclaves qui se disputent ses regards el ses caprices? Il est de toute évidence que l'égalité de l'homme et de la femme ne peut subsister là où celle-ci est obligée de disputer à d*autres le bien commun de raffection conjugale.
De là rinstitulion du mariage qui a été inspirée par l'intérêt de la femme, et qui est la protection du plus faible. Il s'ensuit évidemment qu'elle est tenue, de son côté, à la même fidélité qu'elle a droit d'exiger. L'infidélité conjugale, de quelque côté qu'elle vienne, est donc une polygamie déguisée , et encore une polygamie irrégulière et capricieuse, très-inférieure à la polygamie légale : car celle-ci au moins laisse subsister certaines règles, et fixe d'une manière précise la condition des diverses épouses. IMais l'adultère détruit tout rapport régulier et précis entre les deux époux ; il introduit dans \Q mariage l'usurpation ouverte ou clandestine des droits jurés ; il tend à rétablir l'état primitif et sauvage, où le hasard et le caprice décident du rapprochement des
sexes.
La fidélité est un devoir commun et réciproque aux deux époux. Ils ont en outre chacun les leurs. Nous insisterons surtout sur ceux du mari. Le premier de tous, et qui enveloppe tous les autres, est la protection.
(( L'homme, étant le chef de la famille, en est le protecteur naturel. L'autorité lui est dévolue par les lois et par l'usage. Mais cette autorité ne serait qu'un privilège insupportable, si l'homme prétendait l'exercer sans rien faire, et sans rendre à la famille en sécurité ce qu'elle
lui paye en respect et en obéissance. Le travail, voilà le premier devoir de l'homme , comme chef de famille. Cela est vrai de toutes les classes de la société, tout aussi bien de celles qui vivent de leurs revenus, que de celles qui vivent de leur travail. Car les uns ont à se rendre dignes de la fortune qu'ils ont reçue par de nobles occupations, et, au moins, de la conserver et de la faire fructifier par une habile administration ; et les autres ont, sinon une fortune à acquérir, but très-rarement atteint, au moins un objet bien plus pressant, celui de faire vivre tous ceux qui reposent sous leur tutelle. »
Un sage de l'antiquité, Socrate raconte en ces termes la conversation d'ischomachus et de sa femme, deux jeunes mariés dont le mari instruit sa femme des devoirs domestiques.
« Quand elle se fut familiarisée avec moi, et que l'intimité l'eut enhardie à converser librement , je lui fis à peu près les questions suivantes: a Dis-moi, femme, « commences-tu à comprendre pourquoi je t'ai choisie, a et pourquoi tes parents t'ont donnée à moi... Si la ik Divinité nous donne des enfants, nous aviserons en- <c semble à les élever de notre mieux : car c'est un bon- « heur qui nous sera commun , de trouver en eux des « défenseurs et des appuis pour notre vieillesse. Mais « dès aujourd'hui , cette maison nous est commune. <i Moi, tout ce que j'ai, je le mets en commun, et toi, tu a as déjà mis en commun tout ce que tu as apporté. Il « ne s'agit plus de compter lequel de nous deux a fourni « plus que l'autre; mais il faut bien se pénétrer de ceci, « que celui de nous deux qui gérera le mieux le bien <i commun , fera l'apport le plus précieux. »
. A ces mot., Socrate, ma femme me répondit : « En „ quoi pourraHe Vaider? De quoi sms.jecap^le ?To^^^
« Lie sur toi. Ma mère m a dit que ■»» ^^^^^^^^ «J^ „ me bien conduire. - Om, Im «l'^J« ' «\ """^ « aussi me disait la môme chose ; mais > «^^ ^u Jevmr « d'un homme et d'une femme qm se conduisent tuen 1 faire en sorte que ce qu'ils ont prospère le mieux sis: et qu'il ?eur arrive en outre des biens nou- « Lux par des moyens honnêtes et justes. Le bien de la famme et de la maison exige des travaux au dehors tal^^dedans. Or la Providence a d'avance appropne « la nature de la femme pour les soins « »«« ^^^^^ « l'intérieur, celle de l'homme pour les soms et les : ;!:uxd; dehors. F-ids, chaleurs, .W^^^^^^^^^^ « le corps de l'homme a été mis en état de tout sup
tt ceux qui voudraient nuire.
Tcomme la nature d'aucun d'eux n'est par ^ n « tous points, cela (ait qu'ils ont besoin 1 un de 1 autre , „ ei leur union est d'autant plus utile que ce qm manque « à l'mi, l'autre peut le suppléer. Il faut donc femme, ; qu'inslruits des fonctions qui sont assignées a chacun „ le nous par la Divinité, nous nous efforcions de nous ,. acquitter le mieux possible de celles qm mcombent a u i'un comme à Tautre. .
« I, est toutefois, di^e, «ne de tes fonctions qui peu^- . être t'agréera le moins: c'est que si quelquun de tes . esclaves tombe malade, tu dois, par des soms, dus à
DEVOIRS DES PARENTS
€ tous , veiller à sa guérison. — Par le ciel ! dit ma « femme , rien ne m'agréera davantage , puisque , ré-- <t tablis par mes soins , ils me sauront gré et me mon-!^ a treront plus de dévouement que par le passé.' » Gette réponse m'enchanta, reprit Ischomachus, et je lui dis: « Tu auras d'autres soins plus agréables à prendre, quand « d'une esclave , incapable de filer , tu auras fait une (c bonne fileuse; quand d'une intendante ou d'une femme et de charge incapable, tu auras fait une servante capa- « ble, dévouée, intelligente...
(c Mais le charme le plus doux sera lorsque, devenue^ ft plus parfaite que moi, tu m'auras fait ton serviteur ; a quand, loin de craindre que l'âge, en arrivant, ne te ft fasse perdre de ta considération dans ton ménage, tu « auras l'assurance qu'en vieillissant tu deviens pour u moi une compagne meilleure encore, pour tes enfants « une meilleure ménagère, pour ta maison une maîtresse « plus honorée. Car la beauté et la bonté ne dépendent a point de la jeunesse : ce sont les vertus qui les font a croître dans la vie aux yeux des hommes. »