CHAPITRE IV l'honnête
Nous venons de voir que ni le plaisir, ni l'utilité ne sont l'objet légitime et suprême de la vie humaine. Sans doute, il est permis de chercher le plaisir, puisque la nature nous y invite ; mais nous ne devons pas y borner notre destinée; sans doute, il est aussi permis, et même quelquefois ordonné, de rechercher ce qui nous est utile, puisque la raison veut que nous cherchions à nous conserver. Mais au-dessus du plaisir et de l'utilité, il y a un autre but, un but supérieur, qui est le véritable objet que doit se proposer la vie humaine. Ce but supérieur et dernier est ce que l'on appelle le bien, Yàonnête, Injuste, selon les circonstances.
Qu'est-ce donc que V honnête?
On distingue dans l'homme une double nature : le $orps et Y âme; et dans l'âme elle-même deux parties, l'une supérieure, Tautre inférieure : l'une à laquelle on réserve plus particulièrement le nom d'âme, l'autre plus charnelle, plus matérielle s'U est permis de dire, et qui se rapproche du corps, d'un côté Vintelligence, les sentiments, la volonté, de l'autre les sens, les appétits, et les passions. Or, ce qui distingue l'homme de l'animal, c'est de s'élever au-dessus des sens, des appétits et passions, et d'être capable de penser, d'aimer et de
Touloir. ,
Ainsi le bien moral consiste à préférer en nous ce qu il
LB DEVOi»,
y a de meilleur à ce qu'il y a de moindre, les biens de l'âme aux biens du corps, la dignité de la nature humaine à la servitude des passions animales, les noblei affections du cœur aux penchants d'un vil égoïsme.
En un mot, le bien moral consiste pour l'homme à devenir vraiment homme, c'est-à-dire a une volonté libre, guidée par le cœur, éclairée par la raison, k
Le bien moral prend différents noms, selon les rapports que l'on considère. Par exemple, lorsque l'on a surtout pour objet l'homme individuel, dans son rapport avec lui-même, le bien devient ce qu'on appelle proprement Vhonnête, et a surtout pour objet la dignité personnelle. Par rapport aux autres hommes, le bien prend le nom de juste, et a surtout pour objet le bonheur d'autrui. Il consiste, soit à ne pas faire à autrui ce qu'on ne voudrait pas qu'il nous fût fait à nous-mêmes, soit à faire à autrui ce que nous voudrions qu'il nous fût fait à nous-mêmes. Enfm, par rapport à Dieu, le bien s'appelle le pieux ou le saint, et consiste à rendre au père des hommes et de l'univers ce qui lui est dû.
Ainsi V honnête^ le juste et le saint sont les différents noms que prend le bien moral, selon que nous nous considérons nous-mêmes, ou les autres hommes, ou
Dieu.
Sous ces formes différentes le bien moral se présente
toujours avec le même caractère, c'est-à-dire qu'il nous
impose ^obligation ou le devoir de l'accomplir.
CnAPITRE ¥