LE DEVOIR
Le bien moral ou l'honnête ne peut être conçu par nous sans être reconnu immédiatement pour le rrai^tew, le souverain bien. Et en effet, que peut-il y avoir de meilleur pour l'homme que d'être vraiment homme, c'est-à-dire de jouir des vraies facultés humaines, de celles qui le distinguent de l'animal. Aucun homme ne consentirait volontairement à être changé en bête, à devenir idiot, fou, à tomber dans le délire, etc. ; et cependant c'est là précisément ce qui arrive, lorsqu^on obéit volontairement à toutes ses passions, toute passion étant véritablement un délire. On peut sans doute, par faiblesse, être entraîné au mal ; mais il est impossible de ne pas aimer le bien plus que le mal, quand on le connaît véritablement.
Le bien moral (c'est-à-dire l'honnête, le juste et le saint indivisiblement unis) étant notre vrai bien, et même tout notre bien, il s'ensuit manifestement qu'il est le dernier but, le vrai but de la vie humaine.
Si l'homme n'était que pure raison et pur amour (comme on dit que sont les saints), il se porterait aussi naturellement vers Tlionnête, le saint et le juste qu'i\ se porte actuellement vers le plaisir ou vers l'utilité. Mais l'homme étant double comme nous l'avons vu, étant lié au corps et à l'animalité d'un côté, comme il est lié de l'autre à Dieu, à la vérité et à la justice, il s'ensuit qu'U
y a en lui une guerre intestine, et que sa raison d'iîîi côté lui monti^e le bien, tandis que sa passion l'entraîne au plaisir.
Cette loi, qui nous conduit au bien, et qui, si Thomme était tout esprit, ne serait qu'une loi de liberté et d'amour, prend la forme, lorsqu'elle s'oppose aux passions, d'une contrainte, d'un ordre, d'une nécessité. Elle prend une forme impérative on prohibitive : elle est un commandement ou une défense : « fais le bien, » a ne fais pa leb' mal. » Telle est sa formule. Elle parle ainsi comme un législateur, comme un maître. C'est ce qu'on appelle le devoir.
Cependant cette contrainte est une contrainte morale; et elle se distingue de la coniraLinie physique en ce que celle-ci est fatale et irrésistible, tandis que la contrainte que nous impose le devoir est subie par notre raison saiw violenter la liberté. Ce genre de nécessité qui ne s'impose qu'à la raison, sans contraindre la volonté, est Vobligation morale.
Dire que le bien est obligatoire, c'est donc dire que nous nous considérons comme tenus de l'accomplir, sang y être forcés. Au contraire, dès que nous l'accomplirions par force, il cesserait d'être le bien. Il doit donc être librement accompli, et le devoir peut être défini une néi^essité consentie.
Le devoir a deux caractères : il est absolu et universel:
V II est absolu : c'est-à-dire qu'il nous commande sans condition, sans tenir compte de nos désirs, de nos pas*, sions, de nos intérêts. Par là les ordres du devoir se distinguent, ^îomme nous l'avons déjà vu, des conseils de la: prudence intéressés. Les règles où les calculs dej^ prudence ne sont que des moyens i^onr atteindre un côr}