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avait pardonné au prince de Zell , pouvait dire mon hôtel .
Les titres de propriété, enregistrés en son nom, étaient déposés chez son notaire. Elle avait déjà un'notaire.
Jean-Casimir eut la candeur de lui demander la grâce du valet, qui avait parlé. Elle désista d’abord, puis céda.
— Vraiment, dit-elle , vous faites de moi tout ce que vous voulez.
Cette comédie jouée, Faustine s’enferma avec Armand qui l’avait vertement blâmée devant le prince.
— Enfin! dit-elle, l’hôtel est à moi. Quel nid à deux !
Son regard glissa sur les yeux d’Armand.
— Oui, dit-il, à condition que l’un des deux ce soit toi.
Faustine ne douta plus de l’avenir.
Le lendemain de cette scène, Armand se rendit chez M. de Flize, très-résolu cette fois à voir Hélène, dont le silence et l’obsti nation commençaient à le lasser. En traversant l’une des pièces qui précédaient l’appartement de Georges, ou personne ne l’accompagnait, tant on avait l’habitude de le voir dans la maison, il entendit parler à voix basse dans un cabinet à côté. 11 s’approcha et reconnut la voix de M. de Monchenot, qui s’entretenait avec le médecin de Georges.
— Ainsi, disait le baron, vous croyez sa vie en danger?
— Je la crois très-gravement compromise.
Il ne nous est pas donné de rien affirmer, répliqua le médecin; mais selon tous les diagnostics, M. de Flize ne vivra pas plus de six semaines.
— C’est étrange! la plaie est presque cicatrisée, et il a toutes les apparences de la santé.
— C’est vrai, mais voilà plusieurs jours qu’il se plaint de douleurs dans la poitrine... il éprouve de la difficulté à respirer. . . Si j’en crois tous les symptômes, un abcès s’est formé. Il est à craindre que des parties nobles ne soient attaquées...
— Enfin, monsieur, n’y a-t-il plus d’espoir?
— L’espoir persiste tant que la vie dure, mais je ne réponds de rien. M. de Flize a une femme... Puisque vous désirez qu’elle ignore l'état de son mari , j’ai dû vous en instruire pour mettre ma responsabilité à couvert.
— C’est bien , monsieur , il sera toujours temps de l’avertir quand la fin sera prochaine.
Les voix se turent^t Armand passa, se dirigeant vers la chambre de M. de Flize.
Georges lui tendit la main.
; — Je suis assez malade aujourd’hui, lui dit-il, je crains que ce petit sot d’Adrien n’ait mieux visé qu’il ne pense.
Vous voyez votre blessure à travers le brouillard , répondit Armand qui trouva la peau du comte sèche et chaude, c’est au printemps un temps d’automne.
— Un temps de courses ! reprit Georges en regardant le ciel à travers les vitres ; je ne vous demande pas si vous allez à la Croix-de-Berny ?
— 11 faudrait que je fusse mort pour y manquer. Et vous ?
— C’est une question d’hygiène. Si je suis debout , j’irai , après quoi je partirai pour les Cloyettes. Paris m’ennuie et m’attriste.
— Prenez garde, mon ami, vous vieillissez !
— C’est vrai, dit Georges avec un sourire mélancolique, j’ai vécu dix ans en quinze jours.
Au bout d’une heure, Armand sortit. 11 était grave et semblait réfléchir profondément.
— Madame la comtesse est-elle chez elle? demanda-t-il à la femme de chambre d’Hélène, vers l’appartement de laquelle il s’était dirigé.
— MadaJSë est sortie, répondit la camériste qui avait des ordres.
— Veuillez lui dire que j’aurai l’honneur de me présenter demain chez elle, à quatre heures. Si elle veut bien me recevoir un instant, elle me fera plaisir.
Armand sauta dans son coupé et se fit conduire au bois de Boulogne. 11 avait remarqué, dans les crises de sa vie, que le mouvement activait sa pensée.
Il s’agissait pour lui de prendre un parti décisif. Le comte de Flize mort et madame de Flize veuve, il pouvait d’un seul coup rétablir son patni^ne dévoré, dégager sa terre grevée d’hypothèques pour le double de sa valeur, et prétendre aux plus hautes positions. La
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fortune de sa femme et le rang qu’elle occupait dans le monde aplaniraient tous les obstacles. Mais il aurait contre lui madame de Monchenot et M. de Charnarande, deux adversaires également forts et dont la volonté supérieure pouvait dominer Hélène. Il fallait donc agir, et agir promptefnent; il fallait surtout compromettre Héièifede telle sorte que ce nouveau mariage devînt une nécessité a laquelle M. de Chamarande lui-même ne pût pas s’opposer.
A la mort de son père, madame de Fiize devait avoir une fortune égale au moins à celle de madame Charpion. Quant a l’état que cette alliance lui donnerait dans le monde, il était te! que jamais Faustine, malgré les millions qu’elle avait en perspective, ne pourrait lui en promettre un semblable.
Le moment était donc venu pour Armand de jouer, son va-tout. Entre tout perdre et tout gagner, il n’y avait pas de milieu.
Au retour de la promenade , son plan était arrêté.
Armand dîna avec Adrien Bouzonville au Café de Paris; il passa dans la soirée chez Faustine, qui le trouva d’une gaieté charmante, soupa entre elle et le prince de Zelî, joua une partie de la nuit, se coucha et dormit comme le j liste.
A midi il sè réveilla , déjeuna lestement , se rendit chez madame Charpion, qu’il amusa de ses récits toujours émaillés de grands noms', lui emprunta dix mille francs , et à quatre
heures sonnant fi;appa à la porte de madame de Flize.
Madame de Flize était chez elle. Il y avait quinze jours alors qu’elle et M. de Vauvillers ne s’étaient vus.
Hélène eut à peine la force de le saluer $ elle était pâle comme line morte.
— Je ne vous ferai pas de reproches, lui dit Armand , votre émotion me prouve assez que vous avez compris combien j’ai dû souffrir. Je ne savais pas encore combien je vous aimais! Est-ce une épreuve, Hélène, et puis-je espérer que cette épreuve est terminée?
! Madame de Flize était si blême, qu’un autre qu’Armand eût eu pitié d’elle. Elle ferma les yeux un instant comme si elle eût été prête à s’évanouir, mais raffermissant son courage :
— Ce n’est pas une épreuve , dit-elle, c’est une prière que je vous adressais.
— Une prière ! s’écria M. de Vauvillers.
— J’espérais que vous l’auriez comprise... Regardez-moi, et dites vous-même si je pourrais supporter plus longtemps la vie que j’ai menée!... Oh! je ne vous reproche rien... mais il faut bien , enfin , que je songe à mes enfants..* Oubliez-moi !
— C’est donc une rupture?
L’accent de M. de Vauvillers et l’éclair qui s’échappa de ses yeux firent trembler Hélène.
— Oh! reprit -elle, plus tard nous nous reverrons.
Et comme si elle se fût repentie de ce qu’elle avait dit :
— Quand nous pourrons nous rencontrer l’un et l’autre sans crainte, ajouta-l-eîle vivement.
— Ne plus nous voir!... Oh! ne l’espérez pas... Jamais je n’y consentirai ! Hélène, souvenez-vous de notre dernière entrevue, vous m’aimiez encore!..* Si cet amour n’est pas éteint dans votre cœur, venez avec moi, fuyons... Quittons cette ville où l’on souffre, ou l’on n’est pas libre d’aimer... Partons ensemble.
L’admirable comédien- avait, comme on dit en style musical , des larmes dans la voix ; peut-être même en avait-il dans les yeux. Il s’était approché d’Hélène et avait pris ses mains.
Madame de Flize frissonna de la tête aux pieds ; un violent combat se livrait en ellemême , mais repoussant M. de Vauvillers par un effort désespéré :
— Non ! non ! s’écria-t-elle , laissez-moi... J’ai juré de rester, je resterai ! Si vous m’aimez, ajouta-t-elle les yeux étincelants sous ses pleurs, eh bien^ vous serez généreux jusqu’au sacrifice... Adieu !... adieu ! je ne sortirai d’ici que morte !
— Madame de Monchenot est là ! pensa M. de Vauvillers, qui avait surpris un regard jeté rapidement par Hélène sur la porte du cabinet de toilette.
Ses sourcils se rapprochèrent par un mouvement prompt comme l’ëclair; puis, fidèle à son rôle, il s’inclina sur la main d’Hélène et la baisa.
— Adieu , dit-il d’une voix étouffée , je me relire le cœur brisé; si jamais vous êtes malheureuse... sou venez- vous de moi.
Armand avait compris qu’en présence d’un témoin il était inutile d’insister. Il sortit et laissa madame de Flize noyée dans les larmes.
A peine eut-il passé la porte et descendu l’escalier, que madame de Monchenot s’élança dans la chambre et courut à Hélène les bras ouverts.
— Victoire ! s’écria Caroline en l’embrassant.
— Encore une victoire comme celle-là et je suis morte, dit Hélène qui répétait sans y penser les paroles du roi d’Épire.
Cependant, M. de Vauvillers rentra chez lui. Il était un peu plus pâle que de coutume et mordillait ses lèvres.
— Allons! murmurait-il entre ses dents, c’est une lutte. Elle ne veut sortir de son appartement que morte, je l’en ferai bien sortir vivante!
Il ouvrit son secrétaire , choisit une lettre parmi les douze qu’il avait conservées, la glissa dans sa poche, se rendit chez Faustine, y resta longtemps , causa , rit beaucoup , plaisanta , perdit sa lettre et sortit. ✓