‹ Petits-fils de LovelaceChapitre 16 sur 21 · HO · texte numérisé non relu

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gonflées, l'eau coulait du poitrail, de la croupe et du cou, et çà et la des gouttelettes de sang tachaient leur robe humide.

Les yeux de madame de Flize avaient pris plus de part à ce spectacle que son esprit ; il lui était arrivé souvent de regarder sans voir ; mais l’attention apparente qu’elle prêtait -a la course la dispensait de parler.

Après le triomphe de Rebecca > M. de Monehenot vint prendre sa femme pour la conduire auprès d’une de leurs amies qu’il avait découverte dans cette foule , et qui était arrivée de sa terre directement à la Croixde-Berny. Caroline, avant d’accepter, Hélène étant seule , prit ses jumelles et regarda du côté de la tribune du club où elle avait vu M. de Vauvillers un instant avant. Armand y était encore ; elle quitta la voiture et suivit le baron.

Presque au meme instant, Faustine au bras d’Adrien se dirigeait du côté de madame de Flize. Elle avait jeté un grand manteau de velours sur ses épaules et marchait bravement dans la prairie transformée alors en marécage.

— Ainsi vous êtes bien sûr qu’elle est ici ? dit-elle.

— Je l’ai vue tout à l’heure avec madame de Monchenot et le baron.

— Mais retrouverez-vous leur voiture seulement?

— C’est un briska gros bleu à huit ressorts.

— Je ne vous demande ni la couleur, ni la

lit

qualité du véhicule, c’est sa place que je veux.

— Je vous y conduis.

Avant d’immoler sa victime, Faustine voulait la contempler.

— Tenez , la voila , dit tout à coup Adrien en lui montrant madame de Flize ployée dans une pelisse au fond de sa voiture, la tête basse et les bras croisés.

L’accablement de son âme se lisait dans sa pose; Faustine y reconnut son ouvrage et s’en réjouit.

Hélène étant seule , Faustine quitta brusquement le bras d’Adrien et s’avança vers le briska.

— Madame de Flize, je crois? dit-elle en s’inclinant légèrement.

Hélène tressaillit; un instinct secret lui disait que cette femme, dont elle se rappelait confusément les traits, était son ennemie.

— Oui, madame , répondit-elle en tremblant.

— Moi, madame, je m’appelle Faustine, Faustine tout court. J’ai eu l’honneur de vous écrire hier, j’attends votre réponse demain.

L’actrice adressa à sa victime un salut ironique et la laissa atterrée de tant d’audace.

Le regard de cette femme l’avait convaincue qu’elle n’avait pas de pitié à espérer.

Adrien était resté sur ses jambes, pétrifié par l’action de l’actrice.

— Voyons, lui dit Faustine en prenant son

bras, allez-vous renouveler le miracle de la femme de Lolh ?

— Vous connaissez madame de FJize? s’écria Bouzonville.

Son accent, son regard, son geste, tout disait son étonnement.

— Eh! répondit Faustine, me serais-je dérangée si je l’avais connue ?

> La réponse de sa compagne coupa court aux questions d’Adrien, mais il se promit le plaisir de raconter le soir même à ses amis comment la comtesse de Flize était l’amie de Faustine.

S'il était resté à Hélène quelque hésitation à prendre le parti que lui conseillait Armand, l’action delà courtisane l’y aurait déterminée.

Après le steeple-ehase,la cloche annonça la course des gentlemen -riders. Cinq concurrents se présentèrent , deux Français et trois Anglais.

Le signal donné , tous partirent à fond de train.

Au premier coude on les perdit de vqe.

Ils s’étaient élancés cinq, ils revinrent deux.

A peine touchaient-ils au but que la cohue s’ébranla pour gagner la route. Ce fut une mêlée incroyable, un tumulte sans trêve, une confusion sans repos. Trente files d’équipages aboutissaient aux deux ouvertures qui reliaient la prairie au chemin. Les chevaux s’enfoncaient dans la boue jusqu’aux jarrets, piaffaient et se cabraient. Le désordre était partout, et la pluie tombait toujours. Les ponts

tremblaient sous l’effort des chevaux qui pétrissaient les madriers de leurs pieds; les lanciers et les sergents de ville égarés dans ce dédale mouvant de brancards s’efforcaient en vain d’organiser la fuite.

Les premières voitures avaient déjà franchi la traverse de Bourg-la«Reine que les dernières erraient encore dans la prairie.

Ces myriades d’équipages disparaissaient comme une cavalerie en déroule sur la chaussée encombrée jusqu’aux fossés.

Faustine, emportée au galop par ses quatre chevaux de race, atteignit le briska de madame de Flize. Elle la reconnut et se pencha hors de la portière pour insulter du regard p sa victime.

Hélène détourna la tête, et Faustine passa.

En affermissant la résolution de madame de Flize, l’action de Faustine avait eu pour résultat de calmer en quelque sorte l’ardeur de son désespoir, comme ces fers rouges qui apaisent la douleur en brûlant une plaie. A la surface elle était plus tranquille. Elle avait la conscience de son malheur et le subissait.

Au moment de se séparer à la porte du baron de Monchenot, Caroline lendit la main à Hélène.

— A demain, lui dit-elle.

— A demain, reprit Hélène.

Et se rapprochant de son amie, elle l’embrassa silencieusement.

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