‹ Petits mémoires d'une stalle d'orchestreChapitre 35 sur 47 · EPISODE DE LA VIE D UNE CHANTEUSE · texte numérisé non relu

EPISODE DE LA VIE D UNE CHANTEUSE

En 4865 parut Kalil-Bey, l'envoyé du sultan.

On avait dit aux gens de Paris :

— Messieurs, c'est un homme des Mille et une nuits qui vous arrive.

Et il n'y avait aucune exagération dans ces paroles. Accourant d'Egypte, après escale à Constantinople, cet Oriental se présentait avec une suite féerique et, à ce qu'il paraît, avec des tonnes d'or. Cet autre Aladin s'installa dans un des nouveaux hôtels de marbre vert qu'il était de mode d'éclairer à coups de millions.

La demeure ne manquait pas de ressemblance avec les palais du Commandeur des croyants.

Toute la haute bohème l'ut éblouie. D'instinct

on comprenait que ce jeune Turc ne pourrait manger ses richesses qu'avec le demi-monde, et ce fut, en effet, ce qui eut lieu.

Kalil-Bey décréta un grand Ramadan autour do lui, le jeûne excepté.

Nuit et jour, les fêtes se succédaient.

Le jeu, les promenades, les grands dîners, de temps en temps, un bal, embelli par des aimées cueillies en pleine Gomme.

Le nouveau venu, diplomate pour rire, n'entendait rien à la musique ; mais comme on lui avait affirmé qu'à Paris rien ne se fait sans accompagnement de violon et de flûte, il avait ordonné à son intendant d'avoir des musiciens tous les jours.

Un soir, quatre ou cinq dames de la cour de Napoléon III, très peu bégeules, vous le pensez bien, acceptèrent d'assister à une des fêtes données par ce brillant Barlmre. Très grand honneur dont il appréciait le prix.

Pour leur faire plaisir, il avait fait appeler des premiers rôles de l'Opéra et des Italiens. Sans doute l'attention était délicate.

Ces dames se montrèrent enchantées. Néanmoins, l'une d'elles, une ambassadrice d'outre- Rhin, un petit nez en pied de marmite, comme on dit, hasarda un mot. Les chanteurs et les chanteuses des grands théâtres, n'était-ce pas un

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peu fade ? Pourquoi n'avoir pas appelé aussi celle des cantatrices qui faisait tressaillir tout Paris d'alors en disant une chanson populaire : Cest dans V nez qu' ça m' chatouille'!

— Puisque c'est là le bon ton, dit Kalil-Bey, qu'à cela ne tienne. A la prochaine fête, on aura l'exécutante et la chanson.

En ce temps-là, Thérésa était déjà célèbre; toutefois, elle était moins demandée par le théâtre et par le salon ; elle n'était encore que la diva de la chope ou la Patti du peuple. Mais, ayant le sentiment de sa valeur et connaissant l'étendue de sa réputation, elle ne consentait à chanter chez les particuliers que moyennant un bon prix, et elle avait cent mille fois raison.

Chez l'Oriental, où il y avait ce soir-là très brillante compagnie, elle avait naturellement été applaudie à tout rompre. Après le Sapeur, alors si populaire, elle dit la Gardeuse d'ours; après la Reine des charlatans, elle aborda cette autre cantilène, unaniment demandée : Cest dans V nez qu' ça m' chatouille'!

Ainsi Thérésa avait fort bien dégoisé et patoisé son répertoire; le seigneur Khalil était probablement en veine au cercle, ce jour-là; toujours estil qu'il pria son secrétaire de passer, le lendemain, chez la déesse du Bœuf gras, et de lui remettre, à titre de rémunération follement

princière, deux boutons de diamant qui valaient une dizaine de mille francs.

La chanteuse, qui n'avait pas encore, en matière de pierreries, les connaissances plus solides qu'elle a pu acquérir depuis, crut à un présent de quelques centaines de francs, et, comme elle avait espère mieux, tout en acceptant le souvenir, elle trouva sage de faire une distinction.

— Voilà, dit-elle, qui me rappellera toujours le plaisir que j'ai eu d'être reçue chez Khalil-Bey; et combien me donnerez-vous pour le plaisir que j'ai paru faire, mon cher monsieur, à lui et à ses invités? Je vous avertis que je ne me dérange pas à moins de cinq cent francs par soirée.

Ceci fut rapporté à qui de droit, et Khalil s'amusa à envoyer le lendemain, avec un petit billet, deux mille francs en billets de banque à la « Patti du peuple » ; il lui disait que son secrétaire, ayant confondu, la veille, deux commissions, la priait de rendre les deux boutons qui, en effet, n'étaient pas faits pour elle, et d'accepter l'argent.

Voilà Thérésa, radieuse et convaincue qu'elle fait un marché d'or, qui remet avec empressement les bouchons de carafe au nouvel envoyé du plus généreux des amphitryons, et encaisse les deux mille francs.

On eut soin de lui faire savoir, un peu plus tard,

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la... gaucherie qu'elle avait faite, et elle s'en serait mordu les doigts, si elle les avait moins jolis, moins effilés, moins soignes. Car Tliérésa a des mains de duchesse.

Où les mains de duchesse vont elles se nicher? me direz-vous.

Magnifique et infortuné Khalil !

A mener cette existence asiatique en Occident, il avait fini par voir la fin de ses trésors. Un jour, un firman le rappela au sérail. Il y devint, je crois, le gendre de Mustapha-Pacha, frère utérin du vice-roi d'Egypte et beau-frère du sultan.

Ce mariage remit du beurre dans ses épinards, et ce n'était pas inopportun, car, après la \ie de Polichinelle menée à Paris, c'était un homme ruiné. Cependant, quelques années s'écoulèrent. On jugea à propos d'envoyer le jeune diplomate à Saint-Pétersbourg pour y représenter la Porte.

Oui, mais la ville de Pierre le Grand n'est pas Paris. Il avait pourtant porté là-bas le titre de pacha, mais il lui semblait que cet autre poste, dans ce pays des neiges, était un exil.

Si on ne lui eût pas permis de faire un retour à Paris, il séchait sur pied comme le persil coupé.

Il revint donc en 1877, je crois. La belle avance ! Ce n'était plus la vie des belles dames de l'Empire. Paris avait vu l'effondrement de Napoléon III, le siège, la Commune, le principat

de Mac Mahon : Paris était morose. Khalil repartit. A son retour à la Corne d'or, il éprouva une secousse au cerveau.

— Il est devenu fou ! dit un médecin du faubourg de Péra.

Pauvre Khalil !

P.-S. — Les deux boutons de diamant ont été, dit-on, donnés un soir, à mademoiselle Z..., des Bouffes-Parisiens, aujourd'hui, hélas ! une femme mûre. Celle-là les garde comme une poire pour la soif, et elle a bien raison, n'est-ce pas?

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le COLLEGIEN ET LA COMEDIENNE.

C'était sur la fin de septembre 1881 ; Paris littéraire, Paris théâtral, le Paris par excellence, s'est ému à propos d'un fait étrange et nouveau. Un jour, le jeune Trognon, élève d'un de nos lycées, s'est présenté chez mademoiselle Groizette (du Théâtre-Français), et, un revolver à la main, il a dit à la charmante actrice :

— Mademoiselle, je vous aime. Soyez à moi ou je vous tue.

On voit d'ici la scène dans laquelle le drame se mêlait si fortement au grotesque.

Un potache menaçant d'assassiner une belle personne, que Carolus Duran a illustrée avec son pinceau et que tant de notabilités sociales ont bombardée de roses, de lilas de Perse et d'œillets ! Faites-vous un peu une idée de ce que pouvait

être en ce moment la jolie tête de la jolie comédienne!

Par bonheur, au bruit qui se fit, on accourut et le lycéen fut désarmé.

L'aventure a dû finir par un pensum et par trois jours de pain sec.

Le lendemain, il n'était déjà plus question de cet épisode.

Paris se disait :

— Passons à autre chose.

Cet insatiable Paris est un minotaure auquel il faut, tous les matins, de la chair fraîche. Il doit toujours avoir à dévorer la jeunesse d'Athènes.

Quant à nous, faisons une halte.

Nous avons entendu des bourgeois dire :

— Ah ! ça ne s'arrêtera pas en si beau chemin ! Il faut que la morale soit vengée.

Vengée, pourquoi ?

Mais, après tout, disons aussi notre mot sur cette affaire de mademoiselle Croizette. L'événement a fait beaucoup de bruit. Une actrice en vedette a été visée par un éphèbe qui n'a encore au menton que le duvet de pêche de la quinzième année. Cet enfant l'accoste, mais avec des gestes d'Antony. Vous eussiez dit le grand Bocage tirant de sa poche le mouchoir de poche légendaire pour étouffer les cris de Marie Dorval. « Soyez à moi ou je vous tue. » Qu'est-ce, au juste.

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quece jeune homme? Un extatique d'amour ou un fou? On l'a arrête. Il a été menacé tour à tour de la police correctionnelle et de la camisole de force. Grandes llamraes du romantisme, voilà donc où vous conduisez le monde ! A un dilemme terrible : ou Mazas ou Bicêtre.

Ainsi qu'on devait s'y attendre, on n'a pas manqué d'imputer ce nouvel incident à la littérature courante. Comme le jeune Trognon allait souvent au Théâtre-Français, comme l'enquête a trouvé chez lui, dans sa mansarde, tout un stock de romans nouveaux, on en a induit que les mauvais spectacles et les lectures dangereuses avaient intoxiqué son esprit. Haro sur le répertoire de la Maison de Molière ! Le roman moderne a donc été encore une fois mis sur la sellette. En vérité, ceux qui font des vers et de la prose ont bon dos. Pendant que la magistrature y est, que n'accuse-t-elle pas ceux qui écrivent d'avoir phylloxéré les vignes du Languedoc ou bien d'avoir jeté trente mille de nos soldats dans le guêpier du Tonkin? Soyez sûr qu'on trouverait bien des gens pour y croire.

Ce qu'il y a de vrai, c'est qu'une jolie actrice, toujours fêtée, a immanquablement en soi assez de charmes pour ensorceler les collégiens. Faites donc le procès à la beauté plastique; lancez un réquisitoire sur les artifices de la toilette, sur le

carmin, le cold-cream, sur le fer à friser du coiffeur : ce sera mieux que d'incriminer le poète, lequel ne causerait pas tant d'émoi s'il n'avait pas tant de complices. Mais ce n'est pas là ce que je voulais débattre. La chose qui m'a le plus offusqué dans ces scènes de la vie parisienne, c'est le pistolet du jeune homme. On ne peut donc plus rien faire chez nous sans avoir à la main un revolver ou une tasse de vitriol?

En prenant les choses à ce point de vue, cette escapade d'écolier cesse d'être française, dans le vieux sens du mot. Cette arme à feu est un vilain indice des mœurs nouvelles. Et ce n'est pas là un fait isolé. Ce revolver me paraît être tiré à cent mille exemplaires. Quand on lit les faits divers, le matin dans son journal, on est exposé aie rencontrera tout alinéa. Ainsi l'amour tel qu'on l'entend désormais chez nous n'est plus l'amour tel que le pratiquait la France d'autrefois. Permettez! lorsque je dis autrefois, c'est un peu de la veille, c'est un peu d'avant-hier que j'entends parler. Ah ! nous avons trop blagué le madrigal ! Le bouquet à Chloris avait du bon et, d'abord, il entretenait la politesse des manières. J'ai vu la fin d'un âge, où en matière de sentiment, il n'était jamais question de gros mots, ni surtout de menaces de mort. Charles Nodier, très compétent en ces sortes de choses, comme

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vous le savez, prétend que c'est le pistolet de Werther qui a tout gâté. Ce serait à dater de ce conte de Goethe, un peu renouvelé de la ISouvelle Héloise, que l'amour serait devenu une préoccupation mélodramatique et redoutable. L'école littéraire de 1830 n'aurait fait que des rallonges à cette poétique haïssable de l'assassinat ou du suicide.

Sans vouloir rien décider à cet égard, je demanderai à rapporter ici les lambeaux d'une conversation que j'ai pu entendre, il y a vingt ans, dans un foyer de théâtre. Cela se passait aux Variétés. Ce soir-là, on jouait une sorte de vaudeville fait pour tourner en ridicule les tendresses ultra-lyriques, celles qui finissent par le poignard, par le poison, par le revolver ou par la Cour d'assises. Nestor Roqueplan, toujours plein de verve, s'emportait contre la poétique nouvelle. « Notre théâtre est trop noir, disait-il ; » nos romans sont trop machinés; nos relations » mondaines sont trop grossières. Savez-vous ce » que cela me représente? Une omelette com- » posée avec des œufs pondus par l'horrible et » brouillés par le ridicule. Et c'est là, par » malheur, la nourriture que vous faites manger » à la nation. Ma foi, j'aime mieux la crème » fouettée de Marivaux et même celle de Flo- » rian. » Vous voyez que ce causeur épousait un

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pou la théorie de ceux qui accusent le théâtre et le roman. Mais il ne s'arrêtait pas à cette proposition.

— Pardieu, s'écriait-il, Victor Hugo, Alexandre Dumas, Alfred de Vigny, deux ou trois autres, voilà des hommes d'un grand talent. Qui dit le contraire? Mais ils voient mal, suivant moi. Avec leur sacrée façon de vouloir montrer des personnages hors ligne, ils n'ont fait que des monstres ou des êtres ridicules. Est-ce que c'est vrai, Triboulet? Non, il n'existe ni en histoire, ni en aucun état social. Est-ce que c'est possible le vieux mari, dans A?i{/è/e? Je vous dis que non. J'épuiserais la kyrielle de leurs chefs-d'œuvre, s'il le fallait et nous conclurions en reconnaissant que ces gens-là font aimer leurs personnages tantôt comme des tigres, tantôt comme des agneaux, jamais comme des hommes.

Figurez-vous un bel esprit du temps de Louis XIV voyant défiler sous ses yeux le répertoire des Romantiques? il rentrerait chez lui soulevé de dégoût ou bien fou à lier. Mais nos générations, que l'hyperbole a grisées, s'imaginent qu'on ne doit plus s'approcher d'une femme sans avoir sur soi autant d'instruments de mort qu'un brigand des Abruzzes. Drames, romans, tirades boursoufflées, cette pâture intellectuelle ne pouvait donner qu'un chyle détestable. Du

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peuple le plus joyeux en amour qu'il y ait jamais eu au monde, de celui qui a dans son blason le coq toujours allègre et toujours chantant, nos auteurs ont réussi à faire une agglomération de soupirants sombres, sournois et cruels. Ma foi, les Jeunes se moqueront de moi, s'ils le veulent, mais je préfère l'amour du temps de Louis XV, celui qu'on célèbre d'une manière si aimable dans les cent volumes de VAlmanach des Muses. Faublas me paraît cent fois plus français que tous les poitrinaires élégiaques de madame George Sand.

Une fois lancé sur cette pente, ce bavard impitoyable ne savait plus s'arrêter. Eh ! sans doute il rendait justice à l'École de 1830, disait-il encore. Tous les prosateurs châtiés de la période impériale avaient affadi la langue maternelle au point de la rendre méconnaissable ; Henri IH, Hernani, Chatterton, de belles odes, de grandes pages, des œuvres de haute portée étaient venues pour infuser un sang nouveau dans la grammaire nationale et ils l'avaient pour ainsi dire ressuscitée. Bon pour la forme, mais, que voulez-vous? Il trouvait le fond de la pensée presque toujours insoutenable et s'en allant dans les plus puériles extravagances. A son gré, il n'y avait rien de mieux que de tailler un drame en prose sur le patron de Corneille. Quant à la comédie,

la vieille, l'ancienne l'emporterait toujours sur la moderne; la vieille a pour elle Molière, Regnard, Destouclics, Dancourt, Lesage et Marivaux. Pour ce qui était du roman, il s'écriait à tue-tête :

— Gil Blas et Candide! je ne sors pas de là !

Nestor Roqucplan, cet esprit si fou, si aiguisé, ne comprenait pourtant pas H. de Balzac et, par conséquent, il ne pouvait point l'aimer. Une fable de boudoir devenant le sujet d'une étude psychologique lui produisait l'elt'et d'une conception anormale.

» C'était tout un travail, disait-il, que de suivre des yeux tant de descriptions, tant d'analyses, tant de déductions scientifiques. Un roman, ça doit être écrit pour amuser et non pour instruire. Si vous voulez étudier la psychologie, allez-vousen à la Sorbonne, où M. Victor Cousin est payé à raison de 6,000 francs par an pour faire un cours sur les fibrilles du cœur humain. Mais certaines de vos histoires m'ont recouvert d'une peau de chagrin. Tout cela est trop grave, nom de D.!... Soyez gais ! Soyez français ! »

Il est bien entendu que je ne cite pas textuellement les paroles de cet humoriste, me contentant d'en indiquer les échos et le sens affaiblis. Mais je reviens à nos moutons du commencement. En observateur sagace, Nestor Roqueplan

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avait bien vu que, cliez nous, l'amour a singulièrement dévié de sa vieille route, qu'il s'est aigri, assombri et dénaturé ; et c'est vrai. Et cette vérité, si .universellement constatée, nous ramène à l'aventure de mademoiselle Croizette, menacée de recevoir une balle dans la tête, si elle ne cédait pas au caprice d'un lycéen. — Est-ce donc le signal d'une ère nouvelle en fait d'amour? — Bien des gens penchent pour l'affirmative.

Nestor Roqueplan a bien fait de mourir, il y a une douzaine d'années.

Avant mademoiselle Croizette, il y avait eu, jadis, mademoiselle Déjazet, la Sophie Arnouldde notre âge.

Celle-là aussi était le point de mire des lycéens. Un jour, avant 1830, un rhétoricien lui envoya une lettre enflammée dans laquelle il lui disait :

« Mademoiselle,

» Mon cœur est à vous. J'ai donc à vous parler. » Trouvez-vous demain soir, jeudi, de cinq a six » heures, au Bœuf à la mode, près du Palais- » Royal, cabinet 3, oi^i je vous attendrai. Si vous )) ne venez pas, je me ferai sauter la cervelle d'un » coup de feu, avec une lettre qui expliquera aux » contemporains la cause de ce suicide. » (Suivait la signature.)

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Après avoir lu la missive, la sémillante actrice frémit et céda au besoin de se trouver au rendez-vous assigné.

Au cabinet n° 3 du Bœuf à la mode, mademoiselle Déjazet trouva un imberbe, assis devant un dîner bien servi.

— Monsieur, lui dit-elle sans rire, causons peu et causons bien. Si je suis venue ici, ce n'a pas été pour partager votre dîner, mais pour vous recommander, en bonne camarade, de ne pas recommencer cette mauvaise plaisanterie. Je ne la prendrais plus en riant, je vous jure. En effet, si vous m'écriviez de la même encre, que vous me donnassiez rendez-vous et que vous voulussiez quelque chose de moi, j'accourrais ici, je vous prendrais par l'oreille et je vous ramènerais, avec votre lettre ouverte, à madame votre maman.

— Ah ! mademoiselle, vous ne feriez pas ça, répondit le rhétoricien.

— Je le ferais, je vous jure.

Et Frétillon, tournant les talons, retourna à son théâtre en se posant son mouchoir de poche sur la bouche, afin de ne pas étouffer de rire.

Le cas de mademoiselle Groizette ! Le cas de mademoiselle Déjazet ! Eh ! mesurez, lecteur, la différence des temps !

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