KT LA CENSURE EX
La représentation d'Hernani est fixée définitivement à jeudi prochain, 25 février.
Quoique la Comédie-Française ait, pour cette fois seulement, mis en stalles une partie du théâtre qui d'ordinaire n'est pas numérotée, voilà deux mois qu'il est impossible de se procurer des places pour cette soirée et la salle est louée pour plusieurs représentations.
Il transpire, du reste, sur la conduite de la censure envers le nouveau drame attribué à M. Victor Hugo, certains détails dont le public s'occupe déjà vivement. Quelques observations que nous avons prises nous mettent à même de fixer les faits et de rectifier ce que peuvent avoir d'inexact les divers récits qui circulent, soit dans les salons, soit dans les journaux.
Voici donc les faits :
Lorsqu'au mois de juillet dernier, la Comédie- Française Youlut monter le premier drame que M. Victor Hugo ait destiné au théâtre, Marion Delorme, l'auteur demanda à M. de Martignac, alors ministre, d'être exempté de la juridiction censoriale et de n'avoir à subir d'autre examen que la censure même de M. de Martignac, faveur que le ministre, avait déjà accordée à plusieurs auteurs dramatiques.
M. Victor Hugo, si nous sommes bien informés, motiva sa demande sur ce que « les censeurs, auteurs dramatiques pour la plupart, tous pris dans les rangs des défenseurs intéressés de l'ancien régime littéraire, étaient ses adversaires, et au besoin ses ennemis naturels. Il lui importait donc que cinq ennemis avoués ne fussent, pas avant la représentation, mis au courant de sa pièce, et ne pussent en lévéler d'avance des détails aux cabales, certaines ainsi de bien diriger leurs coups. »
Le ministre que menaçait déjà le 8 août, ne pût accéder à la demande du poète. Il consentit seulement à ne livrer Marion Delorme, qu'à un seul censeur, choisi par M. Victor Hugo dans toute la censure. Ce censeur, dans les entretiens qu'il eut à cette occasion avec l'auteur de Marion Delorme, lui fit, à ce qu'il paraît, un reproche presque
affectueux de ses préventions contre ce qu'on nomme en police les examinateurs dramatiques.
« Il concevait, disait-il, tous les inconvénients, tout le danger de vers divulgués, colportés, mutilés, parodiés, avant la représentation d'un ouvrage de théâtre, mais les défiances du poète contre la censure l'entraînaient trop loin. Les examinateurs dramatiques ne sont plus des hommes de lettres. Chargés d'un rôle tout officiel, occupés seulement d'extirper les allusions politiques, ils ne savent jamais, ils ne doivent jamais savoir la couleur littéraire de l'ouvrage qu'ils censurent. Hors de l'affaire ministérielle, ils n'ont rien à voir.
« Le censeur qui, méchamment, divulguerait les détails de l'ouvrage qu'il a censuré, ne serait (et ce fut, à ce que nous croyons pouvoir affirmer, l'expression même de notre examinateur) ni moins indigne, ni moins odieux que le prêtre qui révélerait Jes secrets du confessionnal. »
En parlant ainsi, le censeur ne faisait que dire ce que tout le monde pense sur les devoirs de la censure; car il y a une espèce de devoir qui se mêle à ce métier, et ce devoir, c'est le silence. Ce langage eut donc rassuré de moins entêtés que M. Hugo sur le compte des choses de censure et de police. Cependant M. de la Bourdonnaye survint au ministère et Marion Delorme fut proscrite.
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Le public ni le ministère n'ont oublié cette affaire.
Fidèle à ses travaux de conscience et d'art, M. Victor Hugo tâcha de réparer de son mieux le mal que lui faisaient les hommes du 8 août.
Il fit Hem fini. La pièce faite et reçue, il fallut la soumettre à l'examen du pouvoir. Le poète n'avait aucune faveur à demander au ministère la Bourdonnaye. Il envoya donc simplement Heriiani à la censure, la prenant telle qu'elle est, sans réclamations, sans précautions, mais non sans défiance. Cependant, il se rappelait sans doute les protestations du censeur de Marion Delorme.
Or, depuis que Hernani a été communiqué à la censure, voici ce qu'il advient. Les vers de ce drame, les uns à demi travestis, les autres ridiculisés toutentiers, quelques-uns cités exactement, mais artistement mêlés à des vers de fabrique, des fragments de scène, enfin plus ou moins habilement défigurés et tout barbouillés de parodie, ont été livrés à la circulation. Des portions de l'ouvrage ainsi accommodées ont reçu d'avance une demi-publicité tant redoutée à bon droit des auteurs et des théâtres. Les artisans de ces louches manœuvres ont, du reste, pris à peine le souci de se cacher. Ils ont fait la chose en plein jour et pour leurs discrètes confidences, ils ont choisi tout simplement leurs journaux. Cela ne leur a pas suffi.
Il est revenu de toutes parts à l'auteur (et il s'est même formé à cet égard une sorte de notoriété publique), que des copies frauduleuses iVHernani ont été faites, que des lectures totales ou partielles, ce qui est plus perfide encore, de ce drame, ont eu lieu en maint endroit, et notamment chez un ancien employé supérieur du ministère Corbière.
Or, tout ceci est grave.
Sans compter que les meneurs ne s'endormiront sans doute pas, le jour de la première représentation. Il est inutile de faire ressortir l'inlluence que de pareilles manœuvres peuvent avoir dans le calcul de leurs auteurs sur un ouvrage dramatique dont le sort se décide en deux heures, et souvent sans appel.
Maintenant d'où peuvent venir ces menées? Sur quel manuscrit cVHernani ont pu être faites ces contrefaçons avec variantes, ces copies où se mêle une parodie adroitement enlacée au drame, ces ampliations frauduleuses, ces furtives lectures? Question facile à résoudre.
Si nous sommes bien informés, il n'existe, hors de chez l'auteur, que deux manuscrits d'Hernani; l'un est déposé au théâtre, c'est celui sur lequel on répète tous les jours. Dès que la répétition est terminée, ce manuscrit est renfermé sous triple clef; personne au monde ne peut en
avoir communication. Le secrétaire de la Comédie, auquel, dès la réception de la pièce, ont été faites les plus sérieuses recommandations, le tient secret sous la responsabilité la plus sévère. L'autre est à la censure.
Or, des contrefaçons circulant, d'où peuventelles venir? Du théâtre dont elles ébranlent les espérances, dont elles ruinent les intérêts; du théâtre où la circonspection la plus complète est observée, du théâtre où la chose est impossible ou de la censure ?
La censure a un manuscrit ; un manuscrit à sa discrétion, un manuscrit pour son bon plaisir. Elle en peut faire ce qu'elle veut ; la censure est l'ennemie politique de M. Hugo. Elle est son ennemie littéraire. La conscience publique accuse la censure.
Cependant quelques personnes de bonne volonté douteront peut-être encore ; touchées des honnêtes paroles du censeur de Marion Delorme, elles hésiteront peut-être à croire possibles ces faits singuliers. Elles s'obstineront à penser qu'un censeur, tout censeur qu'il peut être, considère toujours comme sacrés les ouvrages inédits qu'on lui confie de par le roi, et qu'il reculerait, quel que fût le besoin de ses haines politiques ou littéraires, à l'idée d'en publier un seul vers, d'en citer un seul mot. Eh bien! s'il existait de la
possibilité de la chose une preuve, une preuve, écrite? S'il se trouvait dans les mains de Tauteur; (ÏHernajii une lettre signée d'un censeur? Si dans cette lettre, qu'une générosité mal entendue peut-être Ta empêché et l'empêche encore de publier, on lisait le passage suivant: « Maintenant de quoi s'agit-il, monsieur? Que vous ont dit vos espions? Que j'ai révélé le secret de la comédie? Que j'ai cité vos vers en les trouvant ridicules? Eh bien! quand cela serait, où est mon tort? Vos ouvrages sont-ils sacrés? » Et plus bas « Quant aux vers cités, il ne vont pas au delà de trois. » Risible excuse qui rappelle ces vieux vers du voleur pris sur le fait, dans Jodelle :
Monsieur, je n'ai volé que ces trois louis d'or; Le reste s'est sauvé tout seul et court encor.
Si, pour plus de curiosité encore, cette étrange et naïve lettre était du même homme qui faisait, à propos de Marion Delorme, un si édifiant tableau de la probité du censeur, à qui pourrait-il rester un doute ? Tout ne serait-il pas clair, démontré, visible, palpable ? N'aurions-nous pas tous les éléments de la conviction, jusqu'au dernier, jusqu'au plus difficile à obtenir, confitentem reum f
Il reste donc évident que la censure a étrangement abusé, dans un but de cabale, de la com-
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munication forcée qui lui a été faite du manuscrit iVHeruani. Et après tout, il en résulte sans doute un grand dommage personnel pour M . Victor Hugo, mais il est bon que les choses mauvaises donnent leurs fruits. Cela en dégoûte les gens même qui s'en accommoderaient en ttiéorie.
Du reste, on aperçoit promptement le motif de toutes ces petites persécutions contre un poète homme d'honneur. Le ministère s'est souvenu peut-être de la pension refusée, et c'est l'auteur de Marion Belorme qu'on poursuit dans l'auteur ù'Hernani. Après tout, que ce soit rancune politique ou tout simplement rancune littéraire, ou rancune politique et rancune littéraire à la lois, qu'importe ? La chose est.
Faisons remarquer, en terminant, que ces manœuvres, graves à l'égard de toute œuvre dramatique, le sont bien plus encore pour Hernani qui soulève déjà tant de passions, tant de haine, tant d'acharnement, et risque d'être choisi comme champ de bataille pour tant de partis opposés. Certes, ici plus que jamais, la neutralité de la censure était de rigueur. Ses intrigues auront-elles porté coup? Ce qu'elle a voulu faire est-il fait? La représentation nous l'apprendra.
Disons, en attendant, que l'auteur n'a nullement cherché à esquiver le péril. Hernani sera joué devant un public payant. La recette, qui
est considérable, dit-on, sera publiée le lendemain.
Cet article de journal n'est pas signé, mais il est assez marqué de la griffe du lion pour qu'on ne se méprenne point sur son origine. En tout cas, il a une haute portée en tant que document historique. On y voit se dérouler, sans masque ni déguisement, les mœurs littéraires qui avaient cours à Paris sur la fin du règne des Bourbons. On y voit aussi que Victor Hugo, déjà touché par le souffle des idées de liberté, figurait parmi les ennemis de la Restauration. Le type du censeur dramatique a été souvent décrit, crayonné, moqué. Jamais il n'aura été si bien mis à nu que dans cettfr sorte de Mémoire un peu arrangé en pamphlet. Enfin, à lire cette plainte d'un poète auquel on fait une guerre souterraine, on prévoit bien tous les orages qui ont accompagné la première apparition d'Heniani.
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LE FLOjNFLOiN
Le Vaudeville n'est pas né d'hier. On prétend qu'il existait déjà sous François I". Ce serait un des nobles les plus anciens de notre France. Ne le faisons remonter, si vous voulez, qu'à l'époque où florissait Cyrano de Bergerac. Descendons encore et, à grandes enjambées, descendons de Tabarin jusqu'à Collé et à Panard. Ce qu'il y a de certain c'est qu'il a de belles pages dans ses Annales. Arrivons toujours, d'étape en étape, jusqu'à 1830. Eh bien, même à ce temps où le théâtre s'efforçait déjà de faire peau neuve, le Vaudeville a eu de beaux jours, de belles œuvres, de beaux interprètes des deux sexes, et un nombre prodigieux de belles soirées. En 1830 et années suivantes jusqu'au commencement du second Empire, il n'y avait pas de pièce sur les
théâtres de genre qui ne fût assaisonnée de dix ou douze couplets et ravivée par un peu de musique. Le Flonflon régnait et gouvernait donc.
Tout à coup il y eut changement à vue. Plus de couplets ! Supprimez le Flonflon. Pourquoi? Les Réalistes d'alors répondaient : « — Ah ! dame, » c'est que ça n'est pas vrai, dans la vie réelle, » d'accompagner un dialogue d'amour ou d'af- » faires d'un couplet de facture. » — Eh ! messieurs, qu'est-ce qu'il y a donc de vrai dans toutes les pièces que vous faites jouer? — Les Réalistes finirent par faire adopter leurs vues. Le Flonflon fut exilé de partout. Il est vrai que l'opérette commençait à montrer le bout de son museau. L'opérette devait tuer le vaudeville et, en effet, Jacques Offenbach aidant, elle l'a tué net.
Néanmoins, un jour, il y eut quelque chose comme une velléité de réaction contre ce despotisme nouveau des farces musicales d'un Allemand de Cologne transplanté à Paris. Il faut vous dire que le vieil esprit d'Olivier Basselin se révoltait. Pourquoi non ? La Muse vêtue de grelots aspirait à renaître. Il y eut un directeur qui se prit à dire : « Ressuscitons le Vaudeville et re- » mettons le Flonflon à la mode ».
Un moment il y eut un certain mouvement de joie de la rue Montpensier jusqu'au boulevard
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Poissonnière. « — Sachez la grande nouvelle. — Quoi donc ? — Le Vaudeville, le vieux Vaudeville revient! — Pas possible? — Piien de plus vrai. Et avec lui, voilà le Flonflon qui reparaît. Dès lors, c'était le cas de recommander aux violons de recommencer leur ritournelle :
Réveillez-vous, bille endormie !
Cela se passait sous Napoléon III. « — Est-ce » qu'ils ne parlent pas de la Liberté? — deman- » dait le préfet de police. — Non, répliquait la » commission des censeurs; ils n'ont en vue que » la petite comédie à couplets. — A la bonne » heure. Eh bien, qu'ils chantent. »
Sans chanter peut-on vivre un jour?
— A qui appartenait l'honneur de cette résurrection ?
— Comment ! vous ne le savez pas ? Eh ! c'est M. Dormeuil, l'ancien directeur du Palais-Royal, disciple de Désaugiers, qui veut revenir aux traditions du Dîner de Madelon, et cela, en s'écriant avec ironie :
Aujourd'hui de graves chimères Sablent le vin que nous buvons.
Hélas! c'est que nous avons Plus d'esprit que nos pères!
— Mais point du tout, répliquent les autres ;
cette exhumation de l'élément lyrique vient naturellement du co-directeur de M. Dormeuil, c'est-à-dire de M. Duponchel, ancien directeur de l'Académie royale de musique :
Vive mon colonel
Et monsieur Duponchel !
Dans tous les cas, l'événement avait une importance qui ne pouvait échapper à personne. Le Flonflon ressuscité ! Revenez, marotte de la folie ; reparaissez, grelots et sarabandes ! C'est au tour des comédies où l'on pleurniche à plier leurs mouchoirs de batiste dans leur valise en peau de chagrin, et à prendre de la poudre d'escampette :
Allez-vous-en, gens de la noce, Allez-vous-en, chacun chez vous.
Cependant, ne partez pas si vite ! Il faut savoir retenir le quiproquo, le nom à allusion (par exemple, M. Bellemain pour un écrivain ; M. Braillard pour un nom de ténor, etc.); il faut empêcher de sortir toutes les antiques ficelles, tous les vieux trucs !
Restez, restez, troupe jolie!
J'ai vu des casuistes prétendre que cette réforme était comme un semis qui nous donnerait
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une moisson de gaieté nationale avant la fin de riiiver d'alors (1837).
Soit.
Rions, chantons, disais-je, dansons, faisons des crêpes ; tenons-nous tous par la main, et murmurons les refrains d'Armand Gouffé :
Entrez, entrez, enfants de la folie, Plus on est de fous (bis), plus on rit!
Ceux des vaudevillistes de l'ancienne école qui s'étaient exilés aux champs ou dans la province ne devaient pas manquer d'accourir à la nouvelle d'un pareil coup d'État, je veux dire d'un si beau coup de théâtre. On assurait qu'il y en avait déjà vingt-trois à l'hôtel du Louvre, vingttrois, plus membres du Caveau les uns que les autres :
Qu'on est heureux de trouver en voyage Un bon souper et surtout un bon lit!
Au moment où la nouvelle direction, retirée dans son cabinet, trempait ses plumes dans l'encre et travaillait, trois coups résonnent à la porte, et une voix de chantonner :
— Frère Jacques, dormez-vous!
Cette voix, c'était le Flonflon qui demandait à entrer.
— Joseph, ouvrez-lui, — dit l'un des adminis traleurs. Entrez ! entrez, notre ami !
Et le bonhomme apparut dans le costume d'un petit-maître de 1830, avec une redingote marron à collet de velours, un ruban de Juillet à sa boutonnière, et le toupet relevé que dessinait si bien Achille Devéria.
— Ah ! lui demanda-t-on, est-ce que vous êtes toujours vert? Est-ce que vous nous apportez une pochade, un tableau populaire, un pot-pourri, une saynète des Porcherons, une scène de Cadet- Buteux ?
Le vieillard toussait un peu et s'écriait :
{Air et paroles de M. Albert Montémont). J'ai soixante ans et je suis jeune encore !
Et les assistants, enchantés, de riposter par cette cantate d'un de leurs maîtres :
A soixante ans il ne faut pas remettre L'instant heureux que pronietle plaisir.
Combien d'autres épisodes à noter !
Ainsi, pendant une répétition, émoustillé par la musique de l'orchestre, le Flonflon, obéissant, d'ailleurs aux usages, embrassa la jeune première. Là-dessus, le second père noble de s'approcher de lui, et de lui dire en sourdine :
Vous avez embrassé ma femme !
{Paroles de M. Scribe.)
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Les types aimables d'autrefois vont-ils donc aussi reparaître?
Suzon sortait de son village!
L'expédition de la Chine nous donnera-t-elle des soldats laboureurs?
Non, non, jamais, jamais, Je ne quitterai ma chaumière.
L'héritage de mon père Pour moi vaut un palais !
Cette chaumière-là pour moi vaut un palais !
Et le Flonflon sentimental, donc !
Elle a trahi ses serments et sa foi.
Et le Flonflon enfantin, messieurs !
Quand je vins au monde, ma mère D'un drapeau m'enveloppa ; J'appelai, n'ayant pas de père, Tout le régiment mon papa!
Oh ? la ! la ! la ! que c'est donc drôle tout cet art scénique-là !
Mais n'en vaut-il pas un autre, après tout?
Jules Janin avait prévu cette rentrée triomphale du Flonflon sur la scène française. Avez-vous lu son charmant feuilleton d'avril 1857 ! Comme il tire son chapeau à Cadet Roussel est bon enfant! — comme il bat des mains au retour de : J'ons
un curé palriote ! — comme il comprend bien que nous allons entendre encore : En avant, Fanfan la Tulipe! et il rit; — et au fait, il n'y a plus qu'à rire !
Le lendemain du jour de l'an, le Flonflon, ahuri par l'accroissement des voitures, rentrait tout éclaboussé dans les coulisses.
— Eh ! qu'avez- vous donc, compère? lui demandait-on. Par Momus! vous êtes moucheté comme un léopard !
Et le bonhomme de fredonner :
— Ces postillons sont d'une maladresse !
Tout bien compté, cette renaissance pouvait avoir du bon. Il n'y avait pour source de pitié en la voyant, que les petits crevés d'alors, une génération de gandins élégiaques et imbéciles. Avec un peu de hardiesse, un peu de volonté, cela reprenait; cela aurait duré. Mais point du tout : le roman noir venait en aide au théâtre noir. La joyeuse tentative a avorté. Au bout de six mois, la petite comédie à couplets baissait trop facilement pavillon devant l'opérette; le Flonflon venait de rouvrir ses ailes pour des régions que nous ne connaissons pas.
Tur!ututu, Chapeau pointu.
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