AU THÉÂTRE-FRANÇAIS
{Un entr'acte.)
PREMIER LORGNON. — Très jolic petite comédie. DEUXIÈME LORGNON. — Nou, CC n'cst pas mal,
298 PETITS MÉMOIIIES
VOUS avez raison. Il va du sel, du sel qui piqiie. Quel est l'auteur ?
PREMIER LORGNON. — Est-ce que je sais ça, moi?
DEUXIÈME LORGNON. — Pourtaiit, cc 110 soi'ait que justice de reconnaître ce qu'il y a de mérite dans cet ouvrage.
PREMIER LORGNON. — Mon clicr, on le reconnaît assez en payant sa place.
DEUXIÈME LORGNON. — Pcrmettez-nioi d'être d'un avis contraire. Quand j'ai bu d'un bon vin, je ne suis pas fâché de rendre hommage au cru en citant son nom.
PREMIER LORGNON. — Du cliambertin, pontetcanet, léoville, on dit ça après avoir bu ; mais ça dure si peu ! Eh bien, dites, si vous voulez, Victorien Sardou, Alexandre Dumas fils, Henri Meilhac, et puis ce sera tout. — L'étiquette qui recouvre la bouteille, oui, une belle affaire ! Et combien de fois c'est trompeur, ça! Donc, quatrevingt-dix fois sur cent, on vous fait boire du nectar sophistiqué. Vous entrez, vous prenez, une bouteille qui porte ces mots sur son cou : haut sauterne ; \ons versez, et vous n'avez que de la piquette. Eh bien, c'est souvent comme ça au théâtre. Ne nous arrêtons pas au nom des producteurs.
LE BUSTE DE MOLIÈRE. — Excellent public, va!
d'une stalle d'orchestre 299