CHAPITRE IX
Les marchands de billets et les claqueurs.— Ai mand d'Artois. — Un pore gêné et u'fl fil? au collège. — Il y a vingt ans et aujourd'hui.— Les 11 francs 50 centimes de l'Enfant prodigue. — Transformation de l'industrie des marchands de billets. — Robert le Diable. — Guerre avec la direction. — Ruses et déguisements. — Nouvelle transformation de l'industrie. — Ses clients. — Boire un bouillon. — On a souvent besoin d'un plus petit que soi. — Vente des loges à Londres, —en Italie. — Grâce pour les marchands de billets. — Un marron peu délicat et une corporation qui a des sentiments. — Péroraison.
Des claqueurs aux marchands de billets, la transition est naturelle. Claqueurs et marchands de billets appartiennent à la même classe, brutale et fainéante. Autrefois les deux industries, aujourd'hui distinctes, se confondaient en une seule et même industrie : qui disait claqueur disait marchand de billets. Le soir, on retrouvait sous le lustre les mêmes hommes qui le jour, sur les trottoirs et aux environs de l'Opéra, criaient aux passants:
— Une stalle, notre maître, une stalle, une stalle ! moins cher qu'au bureau!
Dans ce temps-là les stalles et les loges se vendaient dans les rues et pouvaient se vendre moins cher qu'au bureau. C'étaient des billets d'auteur ou de faveur.
Armand d'Artois, l'auteur de tant de jolies pièces, dont l'aînée malheureusement n'est plus de la première jeunesse, me racontait que lorsqu'il débuta dans la carrière vaudct'illienne, le commerce des billets n'existait pas encore, pas même à l'état interlope. Chaque auteur avait son entrepre-
neur de succès, qui son portier, qui son coiffeur, comme Mêles vil le avait Porcher, qui son tailleur. L'auteur partageait ses billets entre son Porcher et ses amis, les amis qui sont bien les plus détestables claqueurs... Mais alors les amis étaient des amis; alors ils applaudissaient; aujourd'hui!... Je connais une comédie en cinq actes du Théâtre-Français qui a été égorgée, littéralement égorgée par les amis de l'auteur, homme d'esprit et du grand monde.
M. Armand d'Artois me racontait aussi comment et par quel hasard il fut amené à tirer parti de ses billets, parti qui depuis n'a fait que croître et embellir.
Théaulon avait un père (c'est assez naturel), un père gêné (c'est encore plus naturel); ce père passait et gagnait sa vie à soutirer à M. d'Artois des billets qu'il revendait ensuite. Un jour il se trouvait chez M. d'Artois au moment où on lui apportait à payer le bordereau de la pension de son fils.
— Comme c'est cher, disait le père, non Théaulon, moitié] riant, moitié soupirant, comme c'est cher, un fils à élever !
— Si vous vouliez, répondit le père Théaulon, l'éducation de votre fils ne vous coûterait rien, et par-dessus le marché vous feriez une bonne action. ' •
— Une bonne affaire ! une bonne action ! quelle bonne fortune! parlez.
— Promettez-moi de me donner tous vos billets de théâtre, et je me charge de la pension de votre fils.
— Et les?.»
11 fit le geste d'applaudir*
*— Je m'en charge aussi.
■*- Les claqueurs ?
Ce qui fut proposé fut accepté, et dura jusqu'à la mort du père Théaulon, époque où le commerce des billets avait déjà pris un développement qui ne laissait à M* d'Artois que
DE L'OPÉRA yy
l'embarras du choix; et ce choix, pour lui comme pour bien d'autres, n'a pas toujours été heureux.
Les marchands de billets avaient et ont deux cordes à leur arc : acheter aux auteurs (plus tard ils ont aussi acheté aux théâtres) et revendre au public.
Il y a vingt ans, les marchands de billets n'achetaient encore qu'aux auteurs, et ils ne les payaient pas toujours. Le marché se passait au café, verbalement, entre deux petits verres, et quand on réglait, il y avait plus de discussions, d'excuses et de mensonges que d'argent.
Aujourd'hui, ce sont des négociants sérieux et solvables; ils traitent avec les auteurs par-devant notaire, s'engagent à payer fin de mois, pour les billets de chaque pièce jouée, un prix de..., et à échéance ils payent avec la même exactitude que des banquiers patentés.
Quelques auteurs cependant, grands seigneurs dramatiques, préfèrent n'avoir affaire qu'aux administrations. M. Scribe [V or est une chimère!) a fait un arrangement particulier avec l'Opéra. Pour chacun de ses ouvrages représentés, il lui est tenu compte d'une somme de 11 francs 50 centimes. Cette histoire de 11 francs 50 centimes remonte à la naissance de V Enfant prodigue, enfant rachitique de la vieillesse de M. Scribe, qui, sans avoir beaucoup prospéré, a cependant rapporté à son vieux père plus d'argent qu'il ne lui a coûté de talent*
Malgré les progrès qu'il avait faits, le commerce des bil^ lets n'était encore qu'à son aurore. Il était réservé aux marchands de billets de l'Opéra de donner le ton et l'impulsion à leurs confrères des autres théâtres.
Ce fut vers la fin de 1831 ou le commencement de 1832 que cette industrie, créée en quelque sorte par le succès de Robert le Diable, s'organisa avec quelques capitaux sur une
base solide. Robert le Diable avait vivement remué lu population parisienne, qui cherchait à se distraire des préoccupations de la politique.
Paris assistait pour la première fois à un spectacle assez curieux. Tous les matins, à partir de dix heures, la foule assiégeait le bureau de location des loges. Les marchands de billets comprirent le parti qu'ils pouvaient tirer de l'engouement public, et ils se mirent à faire la queue, comme les autres, avant les autres, tellement avant les autres, que lorsque leur avalanche avait passé par le bureau de location, il ne restait plus une seule loge, plus une seule stalle , et M. Sausseret, qui régnait alors à la location, répondait avec fatuité aux caudataires désappointés:
— Messieurs, il n'y a plus rien, il est trop tard.
Mais bientôt, au lieu de se réjouir d'un commerce qui était une bonne fortune, la direction craignit qu'on ne l'accusât de complicité, crainte chimérique qui eût dû s'évanouir devant une conscience sans reproche. Plus on se battait à la porte du bureau de M. Sausseret, plus M. Sausseret faisait de mécontents, plus M. Véron eût dû se frotter les mains et dire aux mécontents : Au revoir! Car il était bien sûr de les revoir, eux et leurs amis, et les amis de leurs amis: la foule est un aimant qui attire la foule.
— Si j'y entre, disait le Ci-devant Jeune Homme, si fy entre, je ne le prends pas.
— Si j'y entre, reprend la foule, je ri entre pas. L'un parle de son pantalon, l'autre parle de l'Opéra.
M. Véron se mit donc en guerre ouverte avec les marchands de billets. Doué d'une force herculéenne, il se permit même quelques voies de fait contre un de ces inoffensifs industriels, ex-professeur de savate. Ces voies de fait devaient conduire le jeune seigneur droit en police correction-
ncllc. C'était peut-être là qu'il visait. M. Yéron en police correctionnelle pour avoir rossé lui-même un marchand de billets, surpris les mains pleines de loges que s'arrachait le public ! quelle réclame ! quel triomphe ! Par malheur, le professeur de savate rossé ne se plaignit pas; M. Véron en fut pour ses voies de fait. Désolé d'avoir manqué la police correctionnelle et voulant pousser ses vrais amis à bout, il fit .de l'arbitraire : il donna l'ordre de refuser des stalles et des loges aux marchands de billets. C'était un coup de génie! L'arbitraire de M. Véron produisit les ruses les plus inattendues, les plus comiques.
Repoussés comme marchands de billets, les marchands de billets changèrent de peau, inventèrent mille déguisements.
Tantôt c'était un chasseur, galonné sur toutes les coutures, qui fendait la foule et réclamait insolemment deux ou trois loges pour son maître, le très-haut et très -puissant prince Chichakoff;
Tantôt c'étaient des dames de province, dans tout le luxe de leurs toilettes éclatantes, qui descendaient de leurs calèches, à la porte du bureau de location, et faisaient une nouvelle razzia de loges;
Tantôt c'étaient de vrais laquais, que les marchands de billets avaient saisis au passage , et dont ils avaient acheté la complaisance au cabaret et à beaux deniers comptants.
Mais ces déguisements et ces ruses ne pouvaient, ne devaient avoir qu'un temps; ils s'ébruitèrent, et le succès de Robert le Diable ne connut plus de bornes. De son côté, la police voulut faire quelque chose pour les marchands de billets: elle les persécuta. Traqués sur la voie publique, ils ouvrirent des boutiques, asiles inviolables où ils bravèrent
leurs ennemis. Leur industrie n'était qu'une industrie errante, vagabonde, mouillée, crottée, gelée, grillée; la persécution en fit une industrie régulière, s'exerçant à son aise et à l'abri du vent, de la pluie, de la neige et du soleil.
Bientôt même cette industrie change de mains, se reconstitue, se régénère. Ces manants déguenillés, puant le vin et l'eau-de-vie, ces rustres au grossier langage, aux manières ignobles, disparaissent peu à peu, rentrent dans l'ombre et font place à des hommes d'une existence moins problématique. Les nouveaux venus ne se soucient plus de faire la queue, de vivre au jour le jour, d'arracher quelques loges à la mauvaise volonté d'un buraliste. Ils possèdent des capitaux considérables ; ils louent à l'année, hautement, en leurs noms, des loges, des stalles, dont ils débitent plus tard les coupons avec bénéfice. Les marchands de billets ont fait bien du chemin. Ils en feront plus encore : ils traitent de puissance à puissance avec les grands noms de l'aristocratie et de la finance. M. le duc de ***, M. le comte Mondor restent dans leurs terres, dans leurs châteaux jusqu'au mois de janvier; M. le duc de*** et M. le comte Mondor ne craignent nullement de déchoir en sous-louant, pendant la première moitié de la saison, les loges qu'ils ont louées pour la saison entière. Pendant l'hiver, les nobles et économes locataires sont-ils empêchés par d'autres plaisirs, par les dîners, les bals, les concerts? vite ils envoient leurs loges à... leurs amis? fi donc! à leurs colocataires, aux marchands de billets; le cas a été prévu et le prix débattu d'avance.
L'usage n'est pas des plus aristocratiques; mais ainsi va le monde. Il règne une telle extravagance de robes et de crinoline, de dentelles et de diamants, qu'il faut bien mener
de front le luxe et l'économie, et satisfaire au rabais son goût pour la musique... et sa vanité.
Ce trafic de loges ne se fait pas sans quelque danger pour les marchands de billels. Un orage qui éclate le soir, un caprice du public ou de danseuse, le nom de Nourrit remplacé sur l'affiche par le nom de M. Alexis Dupont! il n'en faut pas davantage pour leur coûter en une seule soirée mille ou quinze cents francs. C'est cequ'ils appellent boire un bouillon. Les jours de pluie ou d'Alexis Dupont, on ferait difficilement à l'Opéra un cours de science héraldique. On est tout étonné d'apercevoir dans les loges de madame la marquise de... ou de madame la comtesse Mondor, des figures et des toilettes qui ne peuvent pas même appartenir à leurs femmes de chambre. Ce sont les épouses légitimes, les mères, les tantes, les cousines de MM. les marchands de billets, qui n'ont pas voulu laisser perdre tout à fait le bouillon et qui en profitent.
Les bouillons sont moins rares qu'on ne pense. Sans les bouillons, les marchands de billets deviendraient trop riches et trop rapidement. A certaines premières représentations ou grandes représentations à bénéfice, les stalles se vendent jusqu'à cinquante et soixante francs, les loges jusqu'à deux et trois cents, et il ne manque pas de gens avides de solennités dramatiques, av>des trop tard, quand tout est déjà loué. Ces gens-là se croiraient perdus, déshonorés, s'ils manquaient une de ces représentations à grand gala; ces gens-là vendraient leur droit d'aînesse pour une loge ; mais les marchands de billets ne se payent pas de cette monnaie : ils préfèrent l'or ou l'argent. Les marchands de billets ont supprimé le proverbe : Tardé venientibus ossa. Sans eux, que deviendraient les retardataires riches et vaniteux? Sans les marchands de billets, dans un moment critique, que serait devenu
un illustre directeur? Tout illustre, tout directeur qu'il était, il fut trop heureux de recourir à eux.
On a souvent besoin d'un plus petit que soi.
Il lui fallait une loge. Etait-ce affaire de cœur ou affaire moins sérieuse? je l'ignore; mais il lui fallait une loge à tout prix. Il avait envoyé chez M. Sausseret, M. Sausseret avait répondu par sa formule ordinaire : II n'y a plus rien. Grand embarras du directeur! il a promis: et un directeur n'a que sa parole, — quand il l'a. A quelle porte frapper? à qui s'adresser?
— Aux marchands de billets, s'écrie Malitourne, à ces braves gens que tu persécutes, ou que tu es censé persécuter.
— Un directeur de l'Opéra s'adresser aux marchands de billets ! Mais c'est le monde renversé.
— Mon cher, les naturels du Havre ne mangent jamais que le poisson qu'ils font venir de Paris.
Malitourne ne donnait que de bons conseils; un émissaire adroit et secret fut lancé sur le professeur de savate, et le coupon rapporté en triomphe. Mais l'émissaire avait été reconnu, et le soir, à peine la locataire de la loge était-elle arrivée, qu'elle reçut, d'une main inconnue, le plus magnifique bouquet qui fût jamais sorti des mains de Lemoine, un vrai bouquet Lariboissière. Quand ils s'y mettent, — c'est rare, — les marchands de billets sont galants comme des directeurs d'Opéra.
Je regrette de ne pouvoir affirmer que M. Yéron ait été l'un des héros de cette petite aventure : j'aurais aimé à le voir l'objet d'un hommage si délicat, d'une reconnaissance si parfumée. J'en persévérerais avec plus de confiance encore dans cette idée que M. Yéron n'a jamais fait aux marrhands de billets qu'une guerre de comédie. Jamais M. Vé-
ron, directeur, je le jurerais, n'a trafiqué avec eux ni directement, ni indirectement ; mais, je le jurerais aussi, M. Véron les portait au fond de son cœur, eux et leur commerce ; et il ne se couchait jamais, il ne se levait jamais sans leur promettre sa bénédiction.
A chaque pays ses habitudes et ses marchands de billets. À Londres on ne délivre pas de billets au théâtre. Ce sont les libraires autrefois, aujourd'hui peut-être encore Mittehell, qui les soumissionnent pour les revendre ensuite. Le prix varie suivant l'intérêt de la représentation, l'habileté du vendeur, et surtout le crédit qu'il doit faire à l'acheteur. A Londres, les fournisseurs ne se payent jamais comptant ; le directeur de l'Opéra n'est qu'un fournisseur de loges et de stalles, dont le bill ne mérite aucune préférence et se solde quand on a le temps, quand on y pense. Il ne fait pas bon être directeur de l'Opéra de Londres; plus d'une direction s'est ruinée, à qui depuis des années il était dû plus de cent mille livres sterling par ses nobles locataires, et qui n'a pas osé leur demander un schelling.
En Italie, c'est autre chose. Les théâtres pourraient inscrire sur leurs frontispices cette devise goguenarde et familière aux barbiers du pays :
Aujourd'hui pas de crédit, demain oui.
Aux alentours des théâtres on offre des loges aux passants, avec accompagnement de réclames pour l'illustre maestro, l'illustre prima donna, l'illustre prima ballarina* Le prix convenu, le marchand remet au locataire, non pas un coupon, mais une clef qu'en sortant, après la représentation, il rend à l'ouvreuse. En Italie les loges sont des immeubles: (h'cca son propriétaire, qui en tire parti comme d'une
maison.
En France, où Ton réglemente, où l'on protège tout, tout jusqu'aux plaisirs, pendant longtemps il n'a été permis qu'au directeur de l'Opéra de vendre des billets d'Opéra. Quiconque attentait à ses droits était mis hors la loi, trop heureux quand on ne mettait pas sa tête à prix. Je n'ai jamais compris ces mesures de rigueur, et d'autant moins que force ne leur est pas restée. Aujourd'hui, l'industrie des marchands de billets semble être entrée dans l'ère de la tolérance. Pourquoi ne serait-on pas libre d'acheter et de revendre chez soi, à ses risques et périls, des billets de théâtre, une marchandise? L'épicier ne fait p^ autre chose, il achète au producteur et revend au consommateur.
L'Opéra est un plaisir de vanité, et... de bien autre chose. Ce qu'on aime le plus à l'Opéra, ce n'est pas la musique. Les femmes vont à l'Opéra pour être vues; les hommes pour voir, lorgner les femmes dans la salle, les femmes sur le théâtre. Je demande grâce pour l'industrie des marchands de billets, de toutes les industries la plus inoffensive, car elle ne met à contribution que les passions des humains.
D'ailleurs, existe-t-il un seul commerce privilégié qui n'ait ses marrons?
Les portiers, non timbrés, qui trouvent commode d'acheter et de revendre avec bénéfice du papier timbré:
Marrons !
Les coLilissiers qui font concurrence aux agents de change :
Marrons !
Jour et nuit n'exercent-ils pas leur industrie sur le boulevard? ne l'exercent-ils pas d'une manière gênante pour la circulation? Eux aussi, on les a traqués et persécutés ; mais on a fini par les laisser marronner en paix, comme on a fini
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par laisser fonctionner en paix les marchands de billets, dont le commerce, déjà si chanceux , s'exerce , il faut l'avouer, avec une certaine probité.
En 1840, un marchand de billets d'une morale un peu large (il y a des coquins partout), un marron, avise une famille anglaise qui lisait les affiches rue de la Paix. Il s'approche, il insinue que le roi doit aller le soir à l'Opéra ; il offre des billets qu'on ne retrouverait nulle part au poids de l'or : il ne les vend pas, il les donne; c'est donner pour un pareil jour que faire payer une loge le double du prix ordinaire. La famille anglaise donne dans le piège, et n'a rien de plus pressé que de répandre la grande nouvelle parmi ses amis. Aussitôt ceux-ci de courir à l'Opéra demander au bureau de location -^i, par hasard, il ne resterait pas encore quelque loge oubliée, rendue. On s'étonne, on leur en offre dix; ils s'étonnent à leur tour ; tout s'explique, le roi n'a jamais dû aller le soir à l'Opéra.
— C'est un tour des marchands de billets ! s'écrie le farouche et impitoyable Sausseret; il faut sévir, rechercher le coupable, le livrer au bourreau.
Mais les marchands de billets avaient eu vent de ce qui s'était passé]: ils s'exécutèrent loyalement avant qu'on les exécutât. Ils retrouvèrent la famille anglaise abusée, reprirent les billets, et lui rendirent le prix qu'elle avait payé. Quant au coupable, on ne le connut jamais ; il ne fut puni que par sa conscience.
Cet acte de loyauté, cette réparation était d'autant plus sublime, qu'en ce moment Y entente cordiale était quelque peu refroidie entre la France et l'Angleterre. Les marchands de billets auraient bien pu se rire des menaces du farouche Sausseret et garder leur argent : c'était autant de pris sur les ennemis de la France!
Tels sont les claqueurs , tels sont les marchands do billets. J'ai plaidé leur procès, qui n'avait nul besoin d'avocat. Leur cause est désormais une cause gagnée leurs industries répondent à des besoins, elles sont entrées dans nos mœurs, dans nos habitudes : elles n'en sortiront plus.