‹ Petits mémoires de l'OpéraChapitre 16 sur 49 · T)K I/O PUR A · texte numérisé non relu

T)K I/O PUR A

(Mors l'officier donna sa démission; on ne l'accepta pas. L'autorité d'un père, autorité souveraine alors en Piémont,

opposait à cette démission.

A vingt ans on joue son avenir, sa vie souvent pour des misères qui ne valent pas quelques mois d'exil à Cagliari : notre jeune fou ne céda pas à ce qu'il appelait une injustice, il se cacha dans l'alcôve même de la comtesse; c'était hardi, mais il se doutait hien qu'on n'irait pas le chercher sous le bonnet de nuit de son ennemi, et à la près mière occasion il s'embarqua pour la France : bientôt après il était à Paris.

Paris valait encore mieux que Gênes. Le charmant réfugié trouva partout un accueil sympathique et des consolations de tout genre ; il eut bien vite oublié sa comtesse près d'autres comtesses ou marquises qui n'avaient pas encore atteint le chiffre fatal, trente-trois : il vivait donc heureux, aimant, chajrtant ; mais cela coûte cher d'aimer et de chanter à Paris...

La cigale ayant chanté

Tout l'été, Se trouva fort dépourvue Quand la bise fut venue. ^

Notre officier se trouva tout aussi dépourvu que la cigale, après avoir chanté; était-ce l'été ou l'hiver? je l'ignore, mais la] saison ne fait rien à l'affaire : c'était un homme d'honneur et d'énergie; on lui avait cent mille fois répété qu'il avait cent mille francs de rente dans son gosier, et en attendant les cent mille francs, il se décida, le cœur gros, à accepter les quinze cents francs par mois que lui offrait M. Duponchel pour débuter à l'Opéra.

Ce jeune Piémontais n'était autre que de Candia, devenu depuis si célèbre sous le nom de Mario.

Ce ne fut pas sans de longues hésitations que Candia apposa sa signature au bas de l'engagement qui lui fut apporté. Au dernier moment, au moment de changer son nom, le nom de ses pères contre le nom de Mario, le noble et courageux jeune homme balança : seul au monde, il n'eût pas signé, mais il avait dans son pays et ailleurs des amis dont il avait accepté les services, et son honneur se révoltait à l'idée de ne les payer que de reconnaissance.

A un dîner chez la comtesse Merlin, où se trouvaient le prince Belgioso, M. Duponchel et plusieurs amis, Candia, pressé, enivré de conseils, d'éloges, céda et parafa enfin l'acte qui lui vaut aujourd'hui une si belle et si honorable fortune.

En entrant au théâtre, Candia n'a pas perdu ses amis; plus tard, il a pu retourner en Piémont et^ revoir sa famille, qui a tendu les bras à l'enfant prodigue métamorphosé en grand artiste, en millionnaire, ce qui ne gâte rien.

Le 2 décembre 1838, après plus d'une année d'études sous la direction de Michelot, de Ponchard et de Bordogni, Mario débuta dans le rôle de Robert le Diable. Malgré l'émotion bien naturelle d'une tentative si audacieuse, il se posa tout d'abord au premier rang ; et chacun, en sortant, se disait et disait :

-— Quelle délicieuse voix ! Mais il ne restera pas à l'Opéra... Mario remplacera Rubini.

C'était le plus bel éloge que l'on pût faire du jeune artiste, et l'avenir s'est chargé de le vérifier.

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