‹ Petits mémoires de l'OpéraChapitre 37 sur 49 · CHAPITRE XXVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVI

Agonie de l'Opéra. — La grande presse et la petite presse. — X... — Quatre ans de réclames. — X... aux prises avec A... — Mademoiselle B... — Ce qu'il y a au fond d'un panier d'oeufs. — C... — Tiendra-t-il? — Le billet de mille francs de D... — Les petites danseuses viennoises. — Procès à propos de loge. — Souvenir de M. le duc d'Orléans. — Fanny et Thérèse Essler. — Madame Stolz à Lyon. — Sifflets et Robert Bruce. — Retraite de madame Stolz. — Démission de M. Pillet.

L'Opéra se mourait, et la presse, la petite surtout, ne demandait qu'à le porter en terre ; c'était un déchaînement, une violence à renverser un chêne. Tous les journaux s'étaient croisés contre l'infortuné directeur; Jules Janin, le brillant improvisateur; Delécluze, le savant critique; Leclercq, de VEstafette; Fiorentino, toujours spirituel et toujours bien renseigné ; le Charivari , le Corsaire , la Silhouette, la France musicale, s'acharnaient à ne pas le laisser mourir en paix. Louis Desnoyers défendait presque seul avec esprit, dans le Siècle, une cause perdue, et X... ne «brûlait plus tous les matins son tribut d'encens ordinaire que devant un cadavre. X... avait recommencé, mais cette fois sans succès , en faveur de l'Opéra , ce prodigieux tour de force que pendant quatre ans on a pu lire chaque jour dans les ***. Pendant quatre ans X... a fait à Bobino une réclame différente et spirituelle, un mot! L'infatigable

journaliste allait demander grâce lorsque' le théâtre brûla ; on prétendit que c'était lui qui y avait mis le feu , épuisé de réclames, mais ne voulant pas s'avouer vaincu.

Un jour peut-être X... publiera son volume. Abordera-til franchement, carrément, les petits mystères de sa vie de journaliste? S'il louvoie, s'il cherche des prétextes, des excuses, il est perdu, il se condamne lui-même. X... ne doit pas renier son passé ; il doit l'expliquer. Je ne comprends sa défense que le chapeau sur le coin de l'oreille, la main sur la hanche, et la vérité au bout de la plume. A sa place, et si la chose est vraie : Oui, j'ai reçu, dirais-je , mais je n'ai jamais demandé ; et pourquoi aurais-je refusé ce qu'on m'offrait? Le vaudevilliste vend ses couplets; le poète vend ses vers ; le savant vend ses découvertes; leur en fait-on un crime? et à moi, parce que je suis reconnaissant, parce que je sais faire valoir les qualités d'un ami et cacher ses défauts, à moi, on me jetterait la pierre! Avec ma plume, combien n'ai-je pas enrichi de chanteurs et de danseuses ! et j'aurais refusé ma part, ma très-petite part de leur fortune, d'une fortune qui était mon ouvrage! Quant à ceux qui ne couraient qu'après une vaine satisfaction d'amour-propre , croit-on qu'un historiographe comme moi, qui tous les matins envoie sa carte à domicile, ne vaille que 10 francs par trimestre ? Ai-je jamais rien reçu de l'un pour attaquer l'autre ? Pendant cette lutte de trente ans, ai-je faibli un jour, une heure, une minute? manqué à mes engagements, abandonné mes amis? Entre eux et moi, c'était un échange, un libre échange de bons procédés : les petits cadeaux entretiennent l'amitié. J'ai voulu ouvrir une voie nouvelle au journalisme, l'arracher à de sots préjugés; on ne m'a pas suivi, que me veut-on ?

Si j'étais X..., voilà ce que je dirais hautement; mais je

ne lui conseille rien, je ne suis pas son avocat; 'qu'il plaide sa cause comme il l'entend : les bonnes raisons lui manqueront-elles, l'esprit ne lui manquera pas. Maintenant, me demande-t-on mon opinion sur son compte Je répondrai par quelques anecdotes plus piquantes que vraies.

A... était plus grand comédien encore à la ville qu'à la scène, et ce n'est pas un de ses plus minces triomphes que d'avoir surpris une fois et gratis la bienveillance d'un homme si souvent attaqué, qui a tant mérité de l'être, mais qui cette fois fut dupe d'un bon mouvement.

X... l'attaquait violemment et régulièrement dans son journal. Jamais journaliste n'a su comme lui saisir le défaut de la cuirasse et retourner la plume dans la plaie.

Après un déjeuner échevelé, où l'on ose tout dire, un ami de A... s'étonnait de sa tolérance pour des censures qui ne s'arrêtaient pas à son talent, et qui parfois remontaient jusqu'à sa personne. Après boire, certaines amitiés, quand il ne s'agit que de la peau d'autrui, deviennent d'une susceptibilité belliqueuse que rien n'intimide. A..., lui non plus, n'était pas à jeun,

— Demain, dit-il, tout sera fini; demain, messieurs, sans duel, sans menaces, sans voie de fait, sans subvention, sans lâcheté, j'aurai raison de l'aveugle qui nie le soleil, qui nie mon talent. Les paris sont ouverts; je tiens tout.

Pari tenu : l'enjeu était un nouveau déjeuner.

Le lendemain matin , A... va trouver le journaliste. Celui-ci avait vu revenir pacifiquement à lui tant d'amourspropres froissés qui avaient juré de le pourfendre, qu'il ne fut ni surpris, ni effrayé de la visite du comédien. A... entra brusquement en matière:

— Monsieur, dit-il au journaliste, vous me traitez cruel-

lement, et pourquoi? Vous me faites un tort irréparable!

On dit qu'il vous faut de , monsieur; je n'en ai pas,

je n'en ai pas pour ma phâmille! je n'en ai pas même pour acheter une chemise !

Il déboutonne son habit et montre sa poitrine nue. Coup de théâtre !

— Maintenant, monsieur, continue-t-il, attaquez-moi si vous en avez le courage !

Le journaliste, dont le cœur est cependant couvert d'une triple cuirasse, fut ému malgré lui ; et comme il a le courage des brusques apostasies, le lendemain il fit dans les *** l'éloge du comédien qu'il maltraitait la veille. C'était une bonne action; il en fut puni; il jura de ne plus se laisser attendrir.

X... était devenu défiant et méfiant : non-seulement il ne croyait plus aux promesses, mais il prenait pour une insulte et traitait comme telle certaines attentions qui lui semblaient peu dignes de lui.

La fine soubrette de la Comédie-Française, mademoiselle B..., attachait trop d'importance au journal de X... Il lui eût manqué quelque chose si elle n'eût pas lu le matin, dans les ***, sa petite flatterie quotidienne ; elle avouait sa faiblesse avec une ingénuité rare chez une soubrette.

— Ça me fait tant de plaisir et ça me coûte si peu! disaitelle, parodiant un mot dit en toute autre circonstance.

X... n'était point un de ces demi-dieux qui se contentent des modestes offrandes déposées mystérieusement au pied de leurs autels; le demi-dieu aimait avoir ses fidèles, à les recevoir lui-même, eux et leurs dons ; il lui fallait des égards, de la déférence, des visites. Mademoiselle B..., qui connaissait son faible , ne lui ménageait pas les petits soins, les petits hommages in propriâ personâ. Devait-elle

créer un rôle nouveau, elle redoublait de prévenances et de visites; elle s'inquiétait de son cher X..., de sa 'santé, de ses habitudes, de ses goûts, trop heureuse de pouvoir aller au-devant de ses moindres désirs. Je ne sais même si l'on ne se tutoyait pas un peu. X..., par goût, vivait comme un anachorète; il n'aimait pas la table, dînait peu, déjeunait à peine : un œuf, mais bien frais, voilà tout ! Mademoiselle B. .. découvrit ce détail de ménage quelques jours avant une représentation solennelle.

Quelle bonne fortune ! Elle possédait près de Paris une petite maison de campagne, des poules qui pondaient les meilleurs œufs de France et de Navarre ; elle fit expédier à son ami une bourriche de ces excellents œufs (prononcez eu A) ; le panier arriva le matin même de la représentation.

Le lendemain, mademoiselle B..., dans les **% était traînée aux gémonies! elle était exécutée de main de maître , et le maître promettait la suite au prochain numéro.

0 douleur ! ô désespoir 1 quel était donc le mot de cette épouvantable énigme? les eu seraient-ils arrivés trop tard, ou bien à l'état d'omelette? Mademoiselle B... vole chez son inexplicable ami.

— Ah ! c'est vous, lui dit-il en l'apercevant. Vous ! il ne la tutoyait plus !

— Oui, c'est moi, moi qui ne comprends rien à ton article de ce matin. N'as-/w pas reçu un panier, mon panier?

— Je l'ai reçu.

— Eh bien?

\ . Dictionnaire de Napoléon Landais.

— Eh bien, je n'aime plus les eu.

— Les eu de Paris! mais les miens! Les as-tu goûtés, au moins, les miens?

— Ma foi, non! votre panier est encore là, dans la cuisine , on n'y a pas touché, on ne l'a pas même déballé.

— On ne l'a pas déballé! je comprends tout! Françoise, apportez le panier.

Le panier fut apporté, vidé; il y avait au fond douze coquetiers en vermeil.

Qui fut embarrassé? ce ne fut pas X.... Le lendemain, le journal contenait la suite de l'article annoncé sur mademoiselle B...; elle commençait ainsi :

« Dans l'intérêt de la vérité, nous avons rappelé hier tout ce que les ennemis de mademoiselle B... croient avoir le droit de reprocher à son talent ; aujourd'hui, nous leur répondrons triomphalement... »

Et allez la grosse caisse !

C..., lui aussi, quand il débuta, professait une sainte terreur pour les ***. Comme tout le monde, dans ce tempslà, il alla faire ses soumissions au petit journal et prendre un abonnement.

— Je suis jeune, dit-il à X..., je commence ; si je réussis, comptez sur ma reconnaissance.

C... ne grandit pas du soir au matin. Il mit des mois, des années à percer. X... prit patience, il ne s'engagea pas, il attendit. Son appréciation à l'égard de C... fut sage, raisonnée, bienveillante; mais sa véritable pensée n'était pas dans ses articles de fonds ; il fallait aller la chercher dans cette partie de son journal intitulée : Butin. Le butin, c'était X... tout entier. D'un mot il peignait un homme, un événement. Il excellait dans le mot. Un

jour il'jugca le moment venu, et au butin il inséra ces cinq mots :

G. . . promet ; tiendra-t-il ?

Ce tiendra-t-il? en dit beaucoup plus qu'il ne semble; Je ne sais pas, pour moi, si chacun me ressemble, Mais j'entends là-dessous un million de mots. Il est vrai qu'il dit plus de choses qu'il n'est gros.

Quant à D..., il n'a jamais cru à X...; il n'a jamais ployé le genou devant lui. X... s'est épuisé en vains efforts pour l'amener à composition. Toute sa verve est venue s'émousser contre le talent et l'amour-propre du ténor. On a parlé d'une prétendue entrevue qui aurait eu lieu entre le ténor et le journaliste, entrevue où le ténor aurait joué un rôle trop spirituel pour être vrai. S'humiliant enfin devant son redoutable ennemi, D... aurait déposé un billet de 1,000 fr. sur la cheminée : — Mille francs! dit X...; c'est bien, mais on pourrait faire mieux. — C'est vrai, répondit D..., on pourrait faire mieux ; et il reprit son billet de mille francs et le remit dans sa poche.

Ne croyez pas un mot de l'anecdote.

Mais l'Opéra?

L'Opéra ! ne troublons pas ses derniers moments. Au mois de janvier 1845, trente-six danseuses viennoises parurent dans le ballet de la Jolie Fille de Gand.Ldi plus âgée de ces danseuses avait douze ans, la plus jeune cinq ans. On fit bonne réception à ce pensionnat dansant, petit bataillon de troupes légères admirablement disciplinées, manœuvrant avec un ensemble, une précision qui faisaient honte aux évolutions désordonnées du corps de ballets. Elles exécutèrent l'Allemande, la Hongroise, le Pas des fleurs, d'un pied aussi cor-

rect qu'intelligent. Ces enfants , vêtues de jupons courts, affublées de rubans, attifées, fardées, enluminées comme des danseuses plus que majeures, s'agitaient, se passionnaient tellement pour plaire au public, pour enlever les applaudissements, qu'on se sentait entraîné à leur prodiguer ces bravos dont elles étaient si avides.

Ce qu'on disait d'elles, ce qu'on faisait dire ne nuisait pas à leurs succès. Madame W'eiss, la directrice, la générale, était aussi leur mère. Elle ne les abandonnait ni jour ni nuit ; au couvent même, la surveillance n'est pas plus active, la morale n'est pas plus sévère, les soins ne sont pas plus maternels. Seulement, au couvent, la danse tient moins de place dans l'éducation. Un médecin allemand et juif était attaché à cette petite colonie juive, car danseuses, directrice et maître de ballets, tout ce monde-là était juif.

Ces détails que l'on faisait circuler excitaient un intérêt général. Les petites juives furent à la mode deux semaines au moins. Grâce à elles , l'Académie royale de musique conquit de nouveaux habitués, des enfants de huit ou dix ans.

Les danseuses viennoises ne firent pas seulement sensation sur les planches de l'Opéra ; elles devinrent le signal, le prétexte d'une mesure administrative, d'une réforme qui restreignit les libertés du théâtre. Le bruit de leur succès avait retenti jusqu'à la cour ; la Muette de Portici allait être représentée aux Tuileries, et l'on comptait sur ce petit monde d'artistes pour compléter, rajeunir le divertissement. Mais tout à coup un scrupule vint à M. Duchâtel : ces petites danseuses n'avaient pas fait leur première communion î Tant de grandes sont dans le même cas , qui pour cela ne sont point exclues du bénéfice de montrer leurs mollets à l'Opéra ! On objecta vainement — et l'argument était assez

concluant— qu'elles étaient juives. L'austérité religieuse de M. Duchâtel maintint son veto, et les danses des petites Viennoises furent mises à l'index. On ne s'en tint pas là: M. Duchâtel lança les foudres de la censure contre tous les enfants admis dans les pièces de théâtre , oubliant que le 1er août 1841 il avait signé, comme ministre de l'intérieur, le cahier des charges de l'Académie royale de musique, qui (art. 35) exigé douze enfants, moitié filles et moitié garçons, pour les chœurs de la danse.

Quelques années après la révolution de juillet, le duc d'Orléans avait aussi désiré une loge à l'Opéra, loge selon ses convenances. La loge était louée, le prince n'insista pas. M. de Boismilon fit savoir à l'administration de l'Opéra que le prince ne voulait déranger personne, qu'il attendrait une vacance. Quelques mois plus tard, lord Seymour quitta sa loge d'avant-scène, et M. le duc d'Orléans profita alors de son antériorité d'inscription.

L'exemple était bon à suivre. M. le duc de Nemours ne pouvait mieux faire; il voulut la loge de M. Yéron. Il eut tort peut-être ; mais M.Véron eut-il raison de réclamer contre les princes qui prennent d'assaut les loges des simples citoyens? Procédant sous le nom d'un ami, son colocataire, qui eût pu se fâcher à plus juste titre et qui ne se fût peut-être pas fâché, M. Véron fit un procès. Il le perdit. Encore une fois, mieux conseillé, M. le duc de Nemours se fût abstenu. M. Cuvillier-Fleury, le marquis de Cuvillier-Fleury peut revendiquer toute la gloire de ce coup d'État en miniature. Mais M. Yéron ne serait-il pas aujourd'hui moins irritable, moins processif, si d'aventure le même cas se reproduisait ?

Mais POpéra ?

En ce temps-là , Fanny Essler était à Rome.

Mais l'Opéra ! l'Opéra !

En ce temps-là, Thérèse Essler épousait un margrave, un burgrave, ou bien un landgrave.

En ce temps-là, mademoiselle Dabas et M...

Mais, de grâce, l'Opérai parlez-nous de l'Opérai

En ce temps-là, madame Stolz se faisait siffler à Lyon; et après deux représentations orageuses, elle se sauvait et revenait à Paris.

Depuis longtemps elle avait perdu l'habitude des sifflets; elle n'était pas femme, l'incomparable chanteuse! à parodier le mot de Charles XII entendant, à sa première campagne, les balles siffler à ses oreilles : « Quel est donc ce bruit? des sifflets 1 ah ! ce sont des sifflets 1 Eh bien , désormais ce sera ma musique favorite.» Cependant, telle devait être désormais sa musique, favorite ou non. Elle retrouva à Paris les serpents de Lyon 1 Dans Robert Bruce, le public se souleva en masse contre une chanteuse trop puissante ; en une seule soirée il lui paya avec usure l'arriéré d'une mauvaise humeur accumulée pendant huit ans. Madame Stolz s'oublia, s'emporta jusqu'à jeter des paroles de défi à l'orchestre, aux stalles. Cette scène de violence, de rage, de mouchoir déchiré à belles dents, n'est pas encore si loin de nous : elle fut la dernière. Madame Stolz partit ; mais , avant de partir, elle laissa derrière elle un acte de dévouement, de réparation qu'il serait injuste de passer sous silence. Pour avoir cru à un talent que le public n'avait jamais ratifié , M. Pillet avait tout sacrifié, tout perdu. Madame Stolz connaissait les immenses difficultés d'argent qui pesaient sur l'Opéra ; au moment de s'éloigner, elle va trouver l'administrateur général, M. de la Baume, homme intègre et loyal, et lui remet 30,000 fr. destinés à venir mystérieusement en aide à celui qu'elle n'avait pas précisément enrichi. Seule, ma-

dame Stolz pouvait supposer que ses 30,000 fr. garderaient l'anonyme. M. de la Baume tenait en trop haute estime le caractère de M. Pillet pour se prêter à cette comédie, pour ne pas lui dire la vérité. Les 30,000 francs furent délicatement offerts, plus délicatement refusés.

Dans ce siècle d'argent, ne pas demander, c'est déjà beau; offrir, c'est encore plus beau; mais refuser, refuser quand on a besoin, c'est cent fois, mille fois plus beau ; car enfin celui qui offre a la chance d'être refusé, de rencontrer un homme comme M. Pillet. M. Pillet refusa ; il était fatigue de la lutte , il ne songea même plus à se défendre ; il abandonna la partie, sans discuter, sans marchander les conditions qu'on lui faisait. Au mois de juin 1847, il se retira; il lui restait encore une année de privilège. Ses successeurs, M. Duponchel et M. Roqueplan, prirent à leur charge le passif, qui était de 513,000 francs. A ces conditions, ils obtinrent pour dix ans la concession de l'exploitation de l'Opéra.

Et M. Pillet !

Comme il dut être heureux, le jour où, libre, sans soucis, mais sans un centime , il se réveilla délivré de cet infernal Opéra où il avait englouti , sans fruit et sans repos , ses plus belles années. Il lui fallait recommencer la vie, bâtir sur un nouveau sable peut-être; mais qu'importe! n'ailait— il pas se reposer de cette fatigue qui avait duré huit ans? n'était-il pas déjà revenu à son ancien caractère doux et facile qu'avaient aigri les attaques et les passions ? n'était-il pas redevenu lui-même? Les revers de fortune ont quelquefois du bon, n'est-il pas vrai, monsieur Pillet? quand, la main sur la conscience, on peut dire, en trouvant de l'écho : « Tout est perdu, fors l'honneur! »

Page 1