‹ Petits mémoires de la vie littéraireChapitre 23 sur 60 · DEGAS · texte numérisé non relu

DEGAS

M. Degas est, comme Becque, une boîte à sel d'où sortent parfois des étincelles. Il aime faire des mots ; on dit même qu'il les prépare. Quoi qu'il en soit, écoutons-le et sourions !

On sait que Gustave Moreau, enfermé dans ses ^ prétentions et son orgueil, prétendait vivre chez lui parmi ses rêves.

Cependant, vers la fin de sa vie, il entra à l'Institut et fut nommé professeur à l'Ecole des Beaux- Arts. ^ « Un ermite qui sait l'heure des trains », murmura , M. Degas.

C'est lui qui a donné de M. Mirbeau cette définition typique: « Un pompier qui fout le feu.»

A un salon, Degas se plante devant une toile d'un jeune confrère célèbre et à succès. Il regarde longuement, puis s'en va en disant :

« De mon temps, on n'arrivait pas ! »

Voyant un cuirassier passer au galop rue de Rivoli, M. Degas dit à la cantonnade : « Encore un qui fuit Détaille ! »

Un jour, M. Jean-Paul Laurens lui montrait une toile mélodramatique à laquelle il mettait la dernière main : Frédégonde quittant la salle où vient d'être assassiné son amant,

M. Degas, aimable, demande à son confrère :

> « Pourquoi donc Frédégonde quitte-t-elle le lieu du crime ? »

M. Laurens, verbeux, s'embarque aussitôt dans un '^récit mérovingien où défilent les noms de Chilpéric,

Hetwige, Clodomir, Galswinthe...

^ Et M. Degas de riposter : «Non, mon cher, ce n'est pas pour ça qu'elle s'en va. Elle fout le camp parce quelle ne tient pas avec le fond. »

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