LES ZÈBRES
Alphonse Allais et M. Pierre Mille étaient, dans leur jeune temps, attachés aux services parisiens de La Petite Gironde.
Uu jour, le négus Ménélick oflfrit à M. Grévy deux zèbres. Le lendemain, les lecteurs de La Petite Gironde trouvèrent dans leur journal, la note que voici : « M. Grévy a reçu en cadeau de l'empereur Ménélick deux zèbres. Ces animaux sont ainsi nommés à cause de leur rapidité. »
Le directeur parisien, en recevant la feuille, entra dans la plus grande fureur. Il fit appeler les deux coupables, et leur dit qu'à la première facétie de ce genre, il se verrait dans l'obligation de se priver de leurs services. De son air le plus calme, Alphonse
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Allais propose une rectification. « Ah oui ! dit le directeur, il ne manquerait plus que cela : aller dire à nos lecteurs que nous sommes des imbéciles; c'est une chose qui ne se fait pas dans le journalisme. Messieurs ! » Et sur ces mots, il congédia ses reporters trop fantaisistes.
Il faut croire que ce discours n'avait pas convaincu Alphonse Allais ni M. Pierre Mille, car deux jours après on lisait dans La Petite Gironde, un écho ainsi rédigé : « Il y avait dans la dépêche de nos correspondants parisiens sur le cadeau du négus Ménélick, une erreur évidente : les zèbres ne sont pas ainsi nommés à cause de leur rapidité ; ils sont ainsi nommés à cause de leurs zébrures. »