‹ Petits mémoiresChapitre 16 sur 21 · AFFAIRES ÉTRANGÈRES · texte numérisé non relu

AFFAIRES ÉTRANGÈRES

Cabinet particulier

Mon cher ami,

J'ai reçu votre lettre et je Tai lue avec plaisir et satisfaction. Ces nobles paroles que vous avez adressées à Tillustre Président de votre République me prouvent que vous avez bien étudié et bien compris la situation de notre peuple et l'état de notre politique. La République est proclamée, et sa proclamation a suscité des difficultés très • graves. Vous autres, qui avez passé par tant de révolutions et qui avez souffert tant de crises, vous ne vous étonnerez pas de nos difficultés.

La transition d'une forme de gouvernement à une autre est toujours grave chez tous les peuples et en tous temps. Mais ne vous y trompez pas, et que nos amis de France ne s'y trompent pas non plus! la plupart des difficultés que nous rencontrons, nous en avons hérité du régime antérieur. Li guerre carliste n'était-elle pas déjà allumée et engagée? L'affaire des artilleurs n'est-elle pas inhérente à la dernière monarchie? Le manque même de discipline dans l'armée pro-

vient des anciens germes : nous y avons déjà remédié en grande partie. •

Par conséquent, la République a rencontré tous les embarras, conséquences forcées de tout changement de gouvernement. Et croyez-moi, ces obstacles seront vaincus par notre ferme résolution de faire régner Tordre le plus parfait à côté de la liberté. Je sais combien M. Thiers vous prête Toreille. Veuillez donc lui adresser cette observation très simple.

Comment demander de Ténergie à un gouvernement, alors que vous lui enlevez toute autorité ? Gomment voulez-vous qu'il persévère dans ses vues, alors que votre abstention paralyse cette persévérance ? Hélas ! si la nation française nous avait* reconnus officiellement, quelle forceet quel prestige elle nous donnait dans le monde et en Espagne !

Notre République a tous les caractères de la 'légalité. Nous n'avons pas renvoyé le Roi : il est parti de son plein gré et à son heure. Nous n'avons pas envahi les Cortès : le Congrès et le Sénat réunis, sans aucune pression extérieure et presque à l'unanimité, ont proclamé la République. Dites-moi quelle protestation s'^est élevée contre cette proclamation? Aucune. Dites-moi quelle partie de la nation désobéit? Aucune. Vous-même, vous avez vu dans nos jours critiques le calme et la mesure de Madrid. Vous y avez vu régner la .>^ confiance ainsi que l'ordre public que rien n'est

venu altérer. Les instigateurs du récent trouble à Barcelone ont été arrêtés par le peuple lui-même. La paix règne désormais partout.

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