XV.I
Ce qu'elle désirait, c'était surtout une âme. Sans doute, un beau visage était doux à ses yeux ; Mais plus qu'un fourreau d'or elle prisait la lame. Par bonheur, elle avait l'esprit peu curieux : Elle ne cherchait pas. — C'est étrange ! une femme ! Une Turque surtout ! dira-t-on ; et vraiment Je ne puis me -fâcher de cet étonnement.
Mais peut-on s'étonner encor de quelque chose? Tout n'arrive-t-il point ici-bas de nos jours? Pourquoi donc Aïna, belle comme une rose^ Réservant le trésor de ses pures amours , N'attendrait-elle pas, dans une chaste pose, Qu'un Bulbul descendît du ciel à son côté Pour chanter ses parfums, sa grâce et sa beauté ?
Pourtant, je dois le dire, elle était mariée. Ghalib , le vieux pacha qui règne à TArsenal , Pour oroer son harem à son sort Ta liée.
Cet hymen, au surplus, n'était pas un grand mal. Car dès le premier jour il l'avait oubliée.
Ainsi dans son éclat sa naissante beauté Gomme une pêche en fleur gardait son velouté.
Aïna rêvait donc. Mais à quoi rêvait-elle 7
Ah ! qui peut prendre au vol des rêves de seize ans ?
Quel poète dira ce que Tàme immortelle
Peut éprouver d'extase à Taube de ses sens?
jeunesse du cœur ! vous êtes la plus belle
Des Cluses dMcl-bas, et nulle des neuf Sœurs
De vos songes dorés ne rondra les douceurs !
Le soleil se couchait derrière les collines,
En jetant à la terre un long regard d'amour.
La brise, en se jouant sur les vagues mutines,
Y semait les parfums des jardins d'alentour.
Aïna, le cœur plein d'émotions divines,
Gomme un luth frémissant que Ton vient d'accorder.
D'harmonie et d'amour se sentait déborder.
Longtemps, comme obsédé de visions secrètes.
Son regard se perdit à l'horizon lointain.
L'horizon, ce pays des âmes inquiètes l
Dieu seul sait ce qu'y vit la pauvre enfant I — Soudain
Elle fit un soupir, et deux larmes muettes
Glissèrent lentement de ses yeux adorés
Sur son voile de gaze aux mille plis serrés.