‹ Petits poèmes en proseChapitre 63 sur 70 · MADEMOISELLE BISTOURI · texte numérisé non relu

MADEMOISELLE BISTOURI

cœur? — \oici maintenanl VV. un fameux médecin anglais; je l'ai attrapé à sou voyage à Paris. Il a l'air d'une demoiselle, n'est-ce pas?"

Et comme je louchais à un paquet ficelé, posé aussi sur le guéridon : rc Attends un peu, ditelle; — ça, c'est les internes, et ce paquet-ci, c'est les externes. s

Et elle déploya en éventail une masse d'images photographiques, représentant des physionomies beaucoup plus jeunes.

rr Quand nous nous reverrons, tu me donneras Ion portrait, n'est-ce pas, chéri?

— Mais, lui dis-je, suivant à mon tour, moi aussi, mon idée (i\e, — pourquoi me crois-tu médecin?

— C'est que tu es si gentil et si hon pour les femmes !

— Singulière logique! me dis-je à moimême.

— Oh! je ne m'y trompe guère; j'en ai connu un bon nombre. J'aime tant ces messieurs, que.

bien que je ne sois pas malade, je vais quelquefois les voir, rien que pour les voir. Il y en a qui me disent froidement : rr Vous n'êtes pas malade «du tout!" Mais il y en a d'autres qui me comprennent, parce que je leur fais des mines.

— Et quand ils ne te comprennent pas. . .?

— Dame! comme je les ai dérangés inutilement, je laisse dix francs sur la cheminée. — C'est si bon et si doux, ces hommes-là! — J'ai découvert à la Pitié un petit interne, qui est joli comme un ange, et qui est poli! et qui travaille, le pauvre garçon! Ses camarades m'ont dit qu'il navait pas le sou , parce que ses parents sont des pauvres qui ne peuvent rien lui envoyer. Gela m'a donné confiance. Après tout, je suis assez belle femme, quoique pas trop jeune. Je lui ai dit : rr Viens me voir, viens me voir souvent. ^Et avec moi, ne te gêne pas; je n'ai pas besoin r d'argent. » Mais tu comprends que je lui ai fait entendre ça par une foule de façons; je ne lui ai pas dit tout crûment; j'avais si peur de l'humi-

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