LITE
Bientôt les pieds brûlants frémissent en cadence : Sous les laimbris de cèdre une élégante danse
Fait ondoyer bientôt ses orbes gracieux.
Un éclair de plaisir inonde tous les veux ;
Un sourire charmant sur les lèvres se jone ;
Un brillant inearnat colore chaque joue ;
On chuchotte, en riant, des mots pleins de douceur ; La main presse la main et le cœur parle au cœur !
La danse, sans repos, déroulait sa spirale.
L'un près de l’autre assis, tout au bout de la salle, Basile et le pasteur parlaient, les veux baissés,
De leur ami Benoît qui les avait laissés :
Tandis au’Evangéline, en proie aux réveries, Promenait ses regards sur le sein des prairies, Bien de tristes pensers et de chastes désirs S'éveillaient dans son âme au bruit de ces plaisirs ! Les propos éveillés, là danse et la musique
La rendaient plus pensive et plus mélancolique. Elle croyait alors entendre encor les voix
De l'océan plaintif ou des immenses bois,
Elle sortit pour fuir une joie iriportune.
Le vent ne soufflait point ; l'oiseau dormait; la lune Semblait s'être arrêtée au bord de la forêt,
Pour donner à l'écorce un lumineux reflet,
A travers les rameanx, sur la calme rivière, Tombait, de place en place, un réseau de Inmière, Comiie tombe un penser d'espérance et d'amour Dans l’âme qui se trouble et qui se ferme au jour.
Et la fleur autour d'elle, ouvrant son brillant vase, Sa corolle d'argent, sa coupe de topaze,
Et la fleur promenait, humblement et sans bruit, Un suave parfum sur l'aile de la nuit :
Et c'était sa prière et son hommage au Maître Qui veille sur ses jours après Pavoir fait naître. Mais l'âme de la vierge envovait vers les cieux Un arôme plus pur et plus délicieux ;
Comme la fur pourtant elle était exposée
A l'ombre de hinuit, à l'amère rosée.
Et quand elle franchit li porte du jardin,
Sous les chênes, ou bord de la plaine, soudain, Lalune qui noyait les bois, l'onde et le sable, Parat d'une Jangueur douce, indéfinissable, luonder ses esprits. Alors tout se taisait ;
Sur la vaste prairie, au loin, tout reposait,
Hors les mouches-à-feu, vivantes étincelles,
Qui tournoyalent dans Pair sur leurs rapides ailes Et trahissaient leur vol par un sillon de feu. Au-dessus de son front, dans le fond du ciel bleu, Seintillaient vivement les étoiles paisibles, Pensers du Tout-Puissant à tous rendus visibles. L'homme n'admire plus ces merveilles de Dien ; Seulement, il a peur quand il voit au milieu
De ce temple étonnant qui s'appelle le Monde, Passer une comète étrange et vagabonde, Comme une main de flumme écrivant un arrêt,
L'âme d'Evangéline, en sa tristesse, errait Daus les champs iufinis où rayonne l'étoile, Comme au milieu des mers une barque sans voile.
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82 fVANGÉLINE
La vierge s'écrin : Gabriel! Gabriel!
6 Où fuis-tu ? Vers quels lieux te conduit le ciel? N’entends-tu pas, ami, ma voix qui se lamente? “Ne devines-tu point que tu fuis ton amante?
“Je te cherche partout, nulle part ne te vois! J'écoute tous les sons et n'entends point ta voix! ‘Oh! que de fois ton pied, loin du bruit de la foule, ‘© A passé ce chemin qu'aujourd'hui mon pied foule! 6 A l'ombre de ce chêne, oh! que de fois, le soir, Fatigué du travail, 2e vins-tu pas t’asseoir, Pendant que loin de toi, sur la mousse endormie, ‘6 En rêve te voyait ta malheureuse amie!
Que de fois sur ces prés ton anxieux regard
6 Erra comme le mien, vers le soir, au hasard !
6 Gabriel ! Gabriel ! ol ! quand te reverrai-je ? “Quand done, mon bien-aimé, quand te retrouverai-je ? ”
Alors elle entendit gazouiller, tout auprès, Un jeune engoulevent juché sur un cyprès.
Son refrain, aussi doux que le chant de la flûte, Ondula, sous les bois, comme l'onde qui lutte Contre les chauds baisers des brises du matin, Et, d’échos en échos, mourut dans le lointain.
L'aube du jour suivant fut tout à fait riante : Les pla 3 se berçaient sur leur tige pliante,
La rosée émaillait le gizon de ses pleurs,
Et, das l'air attiédi, les orgueilleuses Heurs Répandaient les parfums de leur eonpe d’albâtre.
Le prêtre, sur le seuil de la maison du pâtre,
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Dit à ceux qui partaient : Mes bons amis, adieu ! ‘Je vais, priant pour vous, vous attendre en ce lieu. ‘“ Ramenez-nous bientôt le prodigue frivole,
‘* Bientôt ramenez-nous aussi la vivrge folle
‘ Qui dormait sous les bois quan Pépoux est venu.”
Evangéline, alors, dit d’un air ingénu :
‘# Adieu, mon père, à vous, à ce charmant asile !” Puis elle descendit, avec le vieux Basile,
Au bord de la rivière où plusieurs canotiers
Les attendaient assis au pied des cocotiers.
Ils partirent. L'espoir encourageait leur âme,
Le matin rayonnait au fond de chaque lame.
Docile aux avirons, le rapide canot
S'éloigna du rivage et disparut bientôt.
Ils poursuivaient en vain, dans leur course obstinée, Celui que devant eux, hélas ! la destinée
Chassait comme une feuille au milieu des déserts, Ou comme le duvet de l'oiseau dans les airs!
Cependant un jour fait ; un autre, un autre encore ! Au coucher du dernier pas plus qu’à son aurore
fs n'ont pu découvrir la trace du fuyard.
Ils ont interrogé longtemps, de tonte part,
Les fleuves, les forêts, les lacs et leurs rivages :
Et, pour franchir ainsi ces régions sauvages,
La vierge défuillante ét les vaillants rameurs
N'ont eu pour se guider que de vagues rumeurs.
Et la nacelle, comme une aile ouverte, vole.
Ils arrivent enfin dans la ville espagnole
Où Gabriel devait acheter des mulets.
Le jour dorait le ciel de ses derniers reflets,
Lis descendent, lassés, dans la première auberge. Loquace et babillurd, Fhôte qui les héberge
Leur raconte aussitôt, comme un fait bien certain, Qu'un jeune homme du sad, un jeune homme châtain, Front noble et soucieux, regard plein de finesse,
Ur jeune homme appelé Gabriel Lajeunesse,
Etait parti lu veille avec ses compagnons
Pour courir la prairie et chasser les bisons.
Bien loin à l’occident sont d'immenses campagnes, Désertes régions où de hautes montagnes Elèvent vers :& ciel leurs sommets recouverts, Sous le souffle glacé des éternels hivers,
D'une neige éclatante et d’une glace épaisse. De place en place, un roc se déchire et s'affaisse Pour ouvrir une gorge, un ravin périllenx
Où passent, en criant sur leurs âpres essieux, Les pesants chariots de quelque caravane.
Au couchant, l'Orégon roule une eau diaphane ; De cascade en cascade, au loin, vers le levant, Ou voit le Nebraska verser son flot mouvant;
Sous le ciel du midi maintes autres rivières, Charriant, sans repos, les sables et les pierres Des sierras que fouette un souffle des déserts, Coulent vers l’océan avec des bruits divers Comme les chants d’un orgue ou les sons d’une lyre Qu’une main fait vibrer dans un pieux délire.
Et puis, entre les flots de ces nembreux torrents Qui dirigent leurs cours vers des cieux différents, Se déroulent sans fin la zône des prairies,
Océan de gazon, mers où plaines fleuries
Qui courbent sous le vent et bercent an soleil
La rose, le foin vert et l’amorphas vermeil.
Là, fiers ou courroucés, sur les flots de verdure Des troupeaux de bisons errent à l'aventure ;
Là courent les chevreuils et les souples élans, Les sauvages chevaux avec les loups hurlants ; Là s’allument des feux qui dévorent la terre ;
Là des vents fatigués soufflent avec mystère.
Les sauvages tribus des enfants d'Ismaël Arrosent bien souvent ces lieux dun sang cruel ; Et l’avide vautour, hâtant ses ailes lentes,
En tournoyant dans Pair, suit leurs pistes sanylantes Et semble, esprit vengeur des vieux chefs massacrés, Trouver, pour fair au ciel, d'invisibles degrés.
De place en place on voit s'élever la fumée Au-dessus de la tente où la horde affamée
Fait bouillir, en dansant autour de son brasier, Dans un vase de pierre, un hevreuil tout entier. De place en place, aussi, se mirant dans les ondes Qui sillonnent partout ces retraites fécondes, Fleurit quelque bosquet où l'oiseau va chanter. Et l’ours morose vient, tout en grognant, hanter
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Les cavernes d’un roc, le fond d’une ravine Où sa griffe déterre une amère racine. Ils
Puis au-dessus de tout, limpide, radieux, Le Comme un toit protecteur se déroulent Îes cieux. M: Ui C'é
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Mais toujours Gabriel continuait sa course,
IL avait remonté plus d'un fleuve à sa source ; Et près des monts Ozarks au flanc sévère et nu Avec ses compagnons il était parvenu.
Et depuis bien des jours le vieux pâtre et la vierge Mai Avuaient quitté la ville et la petite auberge Eni Où l’hôtelier leur dit le départ du trappeur. Ma Toujours encouragés par un espoir trompeur, Un Avec des Indiens au visage de cuivre Qui Or, Ou
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Is s'étaient mis en route empressés à le suivre, Parfois ils eroyaient voir, à l'horizon lointain,
, . . . 2,11 S'élever vers le ciel, dans Pair pur du matin, Pui De son camp éloigné la fumée ondulante : qua Le soir, ils ne trouvaient, sous la cendre brûlante, Que des brasiers éteints et des charbons noircis, . . «6 , , . si:
| Quoique bien fatigués et rongés de soucis Q ‘#0 FE ui À Ils ne s’errétaient pas, et, sans perdre courage, Eat if À : Re SUG b Ils poursuivaient plus loin leur pénible voyage, é 4 \ v. ' à Les À Comme «1: quelque fée au pouvoir merveilleux Li 1 re Av \ Avait avec malice étalé, sous leurs yeux, D 4 . eh 4, Ces mirages menteurs, cette ombre enchant-resse D 4 vas Re u | Qu'on eroit saisir toujours, qui s'éloignent sans cesse, be ‘ É 4 Jo 11 1 Lin (il ) ils étui N'as il Comme tous ils étaient un soir au campement, | D : , . } Le : Assis autour du feu, parlant tranquillement, À $ À . ll î :
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Ils virent arriver uue femme sauvage.
Le chagrin se peignait sur son pà e visage ;
Mais on voyait briller, dans son œil abattu,
Une force étonnante, une grande vertu.
C'était nne Shawnée. Elle allait aux montagnes Rejoindre ses parents et ses jeunes compagnes Qu'elle avait dû quitter pour suivre son époux
A lu chasse aux castors, aux ours, aux caribous, Jusqu'aux lieux où l'hiver étend son aile blanche, Mais elle avait vu, là, le féroce Comanche, £nivré de fureur, du tomahawk armé, Massacrer, sous ses yeux, son mari bien aimé,
Un chasseur de Québec, un fier visawe Pâle
Qui brava ses bourreaux jusqu'à son dernier râle. Or, ce récit n’était pas une fiction.
Ou consola la femme en son affliction,
Puis on la fit asseoir à la modeste table
Quand la braise eut doré le chevreuil délectable,
Lassés du poids du jour et du poids des ennuis, Quand le repas fut fait, que le voile des nnits
Eut ouvert, sous le ciel, ses grands replis humides, Les fils de l’Acadie et leurs filèles guides Livrèrent au renos lenrs membres fatignés, Pendant que les rayons capricieux et gais
Du brasier qui Himbait au sein de la prairie Jouaient sur leur front blême et leur joue amaigrie, L’indienne s'en vint, l'âme pleine de deuil, S'asseoir sur le gazon et tout auprès du seuil
De là tente où dormait la jeune Evangéline.
Elle voulait eucorc redire à l’orpheline,
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Le récit douloureux de ses derniers malheurs. Elle lui répéta, les yeux noyés de pleurs,
Avec ce doux parle, ce ton mélancolique
Qui distinguent partout l'enfant de l'Amérique, Sa première espérance ct ses félicités,
Son amour, son hymen et ses adversités ! Comme elle avait de joie et de peur d'être mère, Et plaignait son enfant de n'avoir point de père ! Evaugéline, émue à ces tristes discours,
Donna, pendant longtemps, à ses pleurs libre cours. Elle voyait près d'elle une autre infortunée,
À d'éternels chagrins comme elle destinée ;
Un cœur brûlant d'amour, déçu, blessé, flétri,
Et privé pour jamais de son objet chéri.
Les liens du malheur unirent ces deux femmes, Et d’intimes rapports enchaînèrent leurs âmes. La vierge d'Acadie à la femme des bois
Dit aussi ses douleurs et depuis quels longs mois, Bien loin de sa patrie, elle était exilée.
Et la femme des bois, la figure voilée,
L’écoutait en silence, assise à quelques pas.
Ses yeux étaient de flimme ; elle ne pleurait pas.
Quand la vierge eut fini de dire son histoire L'indienne pencha la tête. On eut pu croire Qu'une terreur nouvelle obséduit son esprit :
Mais un moment après, tressaillante, elle prit
Dans ses deux frêles mains les mains d'Evangéline, Puis, assise à ses pieds dans l'ombre et la bruine, Elle lui répéta l’histoire de Mowis,
Fiancé de la neige et brillant comme un lis,
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Qui, s'étant fait chérir d'une vierge encor pure, June nuit partage sa couche de verdure,
Et du discret wigwam sortit soudainement
Quand le rayon du jour dora le firmament ;
Qui pâlit, se fana, se fondit comme une ombre, Aux baisers du soleil qui chassait la nuit sombre. Son amante abusée, en proie à ses regrets,
Le suivit, en pleurant, jusqu’au bord des forêts,
Tendant vers lui ses bras pour retarder sx fuite,
Et sans se reposer elle redit ensuite,
Avec le même accent si doux et si nouveau,
Comment, pendant la suit, la belle Lilinau, limprudente, et parfois lézère en sa conduite, Par nn méchant fantôme avait été séduite.
Ce fantôme venait, vers le déclin du jour,
Se cacher dans les pins qui voilaient son séjour,
Et, lorsqu'elle passait le seuil de sa cabane,
Un carquois à la main, le front ceint de liane,
De sa noire retraite il sortait pour la voir.
Il soupirait d'amour comme le vent du soir
Et murmurait tout bas de bien tendres paroles,
Lilinau, se fiant à ces propos frivoles,
Rechercha sa présence et lPaima tendrement.
Chaque soir il venait vers elle constamment.
En caressant, un jour, ses verdoyantes plumes Elle suivit son vol à travers bois et brumes,
On ne la revit plus. Sa tribu la chercha ;
\ais personne jamais, sans doute, n'approcha
Du gîte où l'enchanteur la retenait captive.
l'oujours Evaugéline écoutait, attentive,
Les contes merveilleux de l1 femme des bois,
Elle était dans l'ivresse, et cette douce voix